Jean Belliard, maître du texte en musique

Voilà plus de 22 ans que j’ai le bonheur de travailler avec cet artiste incomparable qu’est Jean Belliard, et certaines activités récentes nous concernant justifient ce billet.

J’ai eu le plaisir, cette année, de pouvoir participer, avec ma fille aînée, à l’un des 2 concerts de reprise de l’académie de musique sacrée de la Renaissance d’Etampes, qui avait lieu à Marolles en Hurepoix, avec encore une fois, depuis plus de 20 ans maintenant, un programme somptueux. Jean m’a transmis, après Guy Miaille, le goût de la musique sacrée de la Renaissance. Et je pourrais passer le reste de ma vie à ne plus chanter que cela ! Josquin Desprez, Tomas Luis da Victoria pour n’en citer que 2, sont des maîtres d’une importance aussi majeure que Jean-Sébastien Bach ou Wolfgang Amadeus Mozart, ni plus ni moins. Et l’approfondissement de ce répertoire peut bien être l’oeuvre d’une vie de musicien amateur.

La spécificité de la transmission musicale de Jean est autour du rapport au texte. Il insiste toujours, et avec raison, sur cette partie capitale d’un motet, ou d’une messe, qu’en constitue son texte (bien souvent en latin), et sur la manière dont le compositeur le traite, et donc enfin sur notre travail d’interprète pour rendre un peu de tout cela. De nouveau, une vie d’amateur n’y suffit pas ;-)

Ceux qui l’ont entendu chanter savent combien sa voix reste gravée dans la mémoire, et demeurent frappés par sa clarté de timbre vraiment unique, associée à une diction qui permet à l’auditeur de profiter pleinement de ce rapport texte/musique.

Et c’est lors de ce dernier concert, que Jean m’a fait l’honneur de me donner un CD de poèmes qu’il a lui même mis en musique, et qui montre rien que par son choix, son amour de la langue et du mot. On y retrouve le timbre clair de Jean et ses aigus lumineux qui savent éclairer une phrase, un mot. Au passage le plus choisi, sa voix s’envole et orne de notes le texte, comme il le fait si souvent pour nous, en guise d’exemple, autour des mélismes grégoriens.

En particulier, écoutez et appréciez “l’éloge du regard” sur un texte de Beaumarchais, ou les “stances à la Marquise” de Pierre de Corneille. Ou comment le classicisme de la diction colle au plus près à la forme du texte. Jean lui-même ou Guy Robert, son complice de l’Ensemble Guillaume de Machaut, réalisent un accompagnement discret, dans un style de ménestrel moderne, qui soutient et inspire, sans jamais que le texte, si important n’en souffre.

Dommage que la prise de son de certaines pièces soit plus lointaine. Et encore plus dommage qu’aucune maison de disque (exceptée Timpani pour le Socrate de Satie) n’ait confié à Jean plus d’enregistrements à faire. Nous aurions aujourd’hui un corpus bien plus complet que la petite douzaine de disques existants. De plus, son professionnalisme et sa vision en font un artiste économe en prises pour un éditeur: tout est toujours préparé, et il est prêt dès que les lèvres s’ouvrent, sans besoin de refaire quoi que ce soit. Et quel son !

Car la culture de Jean et son répertoire sont extrêmement étendus et il est fâcheux que nous n’ayons pas la Messe de Machaut ou le Requiem ou de Gilles de Campra par lui. Son timbre est, pour moi qui ai eu la chance de chanter cette dernière oeuvre avec lui, idéal pour ce répertoire français du grand siècle. Heureusement, restent ses leçons de ténèbres de Couperin avec Hervé Lamy.

Alors pour tout ce que vous m’avez donné Jean, j’ai décidé qu’il était temps que Wikipedia dispose d’une notice sur vous, et je l’ai créée aujourd’hui. Encore incomplète, notamment sur la biographie (le passé vous intéresse tellement moins que l’avenir !), j’espère qu’elle permettra à de nombreux mélomanes de vous découvrir.

Merci pour votre cadeau si personnel, merci de votre partage musical tout au long de ces années, votre amitié, et au plaisir de vous retrouver bientôt pour une nouvelle académie, en Juillet 2011, sans doute consacrée (n’est-ce pas Ségolène !) au 400 ans de la mort de notre compositeur fétiche: Tomas Luis de Victoria.

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4 Responses to “Jean Belliard, maître du texte en musique”

  1. Bdale Garbee has been HP’s best Open Source Ambassador « Bruno Cornec’s Blog Says:

    [...] I also have my heroes such as Gustav Leonhardt, Jordi Savall and her wife Montserrat Figueras, Jean Belliard or Frans Brüggen). I’m sure our paths will cross again very soon, and I hope our frienship [...]

  2. Solutions Linux 2013 is over: smaller exhibition, crowded conferences | Bruno Cornec's Blog Says:

    […] in the RER to attend, for once I could, the reheasal of the Mozart Requiem in Etampes directed by Jean Belliard ! You should attend their concert the 15th of June there. That was multiple great pleasures: First […]

  3. I’m slow to answer this week, well… | Bruno Cornec's Blog Says:

    […] week I dedicate every year since 24 years now to the pleasure to meet back with my master in music, Jean Belliard. We (84 singers this year) gather during the week in Etampes, France, where we work 5 hours per day […]

  4. Interesting end of week | Bruno Cornec's Blog Says:

    […] on Saturday to Paris to attend a concert made by my daughter Ségolène singing early music with Jean Belliard in Etampes (Eglise St […]

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