In memoriam Montserrat Figueras

C’est par un article de la Vie que ma femme m’a appris la nouvelle: Montserrat Figueras nous a quitté le 23 Novembre dernier.

Mes pensées sont tout de suite allées vers Jordi Savall, son époux et compagnon musical depuis le début de leur carrière commune en 1967. 44 années d’un parcours fabuleux, jalonné de disques tous plus magnifiques les uns que les autres, et de concerts où la beauté était en permanence conviée, avec cette générosité de l’âme qui faisait de chacun de ses moments partagés une fête absolue des sens.

J’ai découvert les deux artistes avec leur disque consacré au Llivre Vermell … de Montserrat ! Et depuis ce jour, je n’ai cessé d’être en admiration devant la voix de Montserrat Figueras et le son de la viole de Jordi Savall. J’ai acheté je crois la totalité de leur discographie au fur et à mesure de leurs parutions. Faible mais sincère moyen de soutenir leurs activités, surtout depuis la création de leur label Alia Vox.

Et puis, bien évidemment, j’ai assisté à des concerts, les Prohéties/Chants de la Sybille, où la voix de Montserrat ne sera jamais égalée, pour sûr. Mais aussi les cancioneros et villancicos de musiciens espagnols qu’ils affectionnent tant et ont fait découvrir à tant d’auditeur et immortalisé au disque également. Allez entendre Ay Luna par Montserrat pour comprendre combien cette voix colle de façon incomparable à la musicalité du texte et des mots. Mais elle état aussi fantastique dans son disque consacré à Merula où l’association de son timbre avec celui du cornet de Jean-Pierre Canihac donne le frisson. Et ces concerts à Beaune, où tous les répertoires furent abordés, de Flecha à Charpentier, de Monteverdi à Victoria. D’inoubliables parcelles d’Art absolu.

J’ai même eu la chance en 1995 de participer à un de leurs stages, en Espagne, et leur simplicité, leur bonté, autant que leurs qualités musicales, ont fait de cette semaine passée près d’eux un souvenir impérissable pour moi, qui n’a pu que me faire regretter d’être informaticien et ne pas pouvoir partager la complicité musicale de tels artistes plus souvent.

Alors ce soir, pour conjurer le spleen qui guette, j’écoute Jérusalem, que je n’avais pas encore mis sur ma platine, pour me réchauffer une fois encore au son si suave et doux de la voix de Montserrat Figueras, entre autres. Il est triste de savoir que plus jamais je ne pourrai l’entendre en concert, là où l’émotion véhiculée est à son comble, ni lui parler à la fin du concert pour encore la féliciter du bonheur qu’elle nous avait apporté comme j’ai eu la chance de le faire.

Mais c’est ici que le disque joue son vrai rôle: pas celui de promotion, Montserrat Figueras, pas plus que Jordi Savall n’en ont besoin. Mais celui de conserver pour le futur une trace de l’art inégalable des meilleurs d’entre les musiciens. Ce pour quoi il a toujours été conçu. Et ce qu’ils avaient très bien compris en formant leur propre maison, pour être libre au maximum de leurs choix, et produire des objets de mémoire et de culture. Bien plus que des disques. Des images de souvenirs partagés et vécus que nous transmettront nous mêmes à nos enfants en leur rappelant le rôle primordial que ce couple a eu dans la renaissance d’un très large pan du patrimoine sonore de plusieurs peuples du pourtour de la Méditerranée.

Puisse la musique continuer à accompagner Jordi, Arianna et Ferran, leurs enfants, et adoucir la peine qu’ils éprouvent. Qu’ils continuent leur chemin en portant l’esprit d’amour qui animait Montserrat Figueras et en sachant que de très nombreux mélomanes sont près d’eux dans cette épreuve . Comme moi, ils écoutent sa voix et l’admireront pour l’éternité.

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2 Responses to “In memoriam Montserrat Figueras”

  1. Gilles Lardenoy Says:

    Merci à vous pour ce très bel hommage : nous sommes nombreux je crois à avoir ressenti très cruellement la triste nouvelle ! Pour ma part c’est lors d’un concert à Chambord que j’ai découvert Héspérion XX en juillet 1991. Epoque des villancicos, de juan del Elzina : coup de foudre immédiat et – chance rare – alors que je travaillais l’année suivante à l’abbaye de la Sauve-Majeure, j’eus la surprise de découvrir que cet ensemble musical y était invité pour le mois de juin…Responsable du monument j’étais chargé d’accueillir les musiciens qui arrivaient de Cologne…Soirée de juin quasi magique…Entendre effectivement Ay luna sous la voûte céleste,avec en toile de fond, les ruines sublimes de l’abbaye métamorphosées par le mystère de la musique reste une émotion rare, un moment de pure poésie, instants restés intacts malgré les années écoulées…

    A Dieu, chère Montserrat, merci encore pour votre sourire, votre gentillesse exquise, votre grande noblesse d’âme : vous fûtes la vraie sybille de ces temps de plomb et de ténèbres, votre voix nous ouvrait les cieux : soyez en mille fois remerciée !!!

    Gilles

  2. In memoriam Gustav Leonhardt « Bruno Cornec’s Blog Says:

    [...] déteste transformer ce blog en rubrique nécrologique. Mais après Montserrat Figueras et Alain Recordier, j’ai appris par un article du Monde de Renaud Machart la disparition du [...]

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