Droit d’auteur, l’avis d’un auteur parmi d’autres

Suite à la lecture de l’article de François Élie, Bernard Lang et Franck Macrez sur la gestion des droits d’auteur sur les oeuvres orphelines, j’ai décidé de signer la pétition contre la loi qui renforce une fois de plus le droit des éditeurs (et on des auteurs) au détriment du public, et même des auteurs.

En tant qu’auteur de logiciel libre, musicien amateur, auteur d’articles de blog ou quoi que ce soit d’autre issu de mon esprit et représentant ainsi ma propriété intellectuelle, je trouve navrant le tour que prennent les événements. Après tout, pourquoi les créations d’un auteur devraient-elles être protégées au delà de sa mort ? On peut comprendre que l’on souhaite léguer des biens matériels aux siens, pour les protéger en partie des aléas de la vie, mais il faut aussi les laisser l’affronter et créer leur propre sillon.

En cela, s’ils peuvent en partie souhaiter défendre le droit d’auteur de leurs ascendants, pour qu’il n’y soit pas fait outrage, je ne vois pas pour quelle raison ils devraient bénéficier des droits financiers s’y rattachant de façon aussi excessive. Les bénéfices de la réputation de l’auteur initial sont bien suffisants non ? Et s’ils veulent en tirer profit, ils ont eux-même à faire preuve de leur talent pour reprendre le flambeau et mener leur barque.

Qu’en tant qu’auteur, on me protège du plagiat honteux, oui. Mais pas du pastiche ou de l’hommage non ! (La 8è symphonie de Chostakovitch pour le premier ou Les variations de Rachmaninov sur un thème de Corelli pour le second sont un des multiples exemples que la musique nous donne en ces domaines). Et à sa mort, que ses oeuvres puissent éternellement (tant que l’on sera en mesure de les conserver du moins) bénéficier au plus grand nombre me semble logique. C’est le principe même d’artiste qui invite au partage de l’émotion artistique par le plus grand nombre.

De quoi vit un musicien classique de nos jours. Pas Jordi Savall, ou Maurizio Pollini. Le musicien de rang, celui qui joue dans un quatuor, un orchestre baroque. De ses activités de musique vivante: concerts, animations, enseignement. Le disque en général ne leur rapporte guère (si ce n’est au forfait), et seul une poignée pourrait imaginer en vivre. Du reste, le disque a été originellement conçu pour conserver une trace d’interprètes majeurs pour qui cela valait la peine de d’investir (genre Caruso ! pas la soupe actuellement mise en boite). Ceci est aussi une des raisons de la désaffection pour ce medium, les éditeurs ne jouant plus leur rôle de sélection, mais enregistrant non pour conserver mais pour faire de l’argent (il y a aussi des exceptions en classique, comme le label de Jordi Savall, Alia Vox, qui fait oeuvre de mémoire, ou nombre de petits labels courageux comme les Hyperion, Harmonia Mundi, Alpha, Zig Zag, … qui le font aussi).

Le fait que je ne souhaite pas interpréter de la musique contemporaine tient certes de mon goût pour la musique ancienne, mais aussi par la complexité légale mise en place pour protéger les éditeurs (et prétendument les auteurs) et qui aboutit à l’impossibilité pour les interprètes de jouer les oeuvres de leur temps (et pas qu’en raison de leur complexité, car il reste du répertoire accessible).

Il est temps que les auteurs, les interprètes fassent preuve, de par leur vote pour des gens qui ne soient pas tous avocats de formation (et ne veulent tout résoudre que par une nouvelle loi), de leur souci de léguer d’eux la même image de générosité dont ils témoignent dans leur jeu musical. Qu’ils se prononcent en majorité pour la mise dans le domaine public de leurs oeuvres après leur mort. Que l’on change ces lois iniques pour favoriser l’échange culturel, comme les auteurs de logiciels libres ont su le faire dans leur domaine, quitte à adopter de nouvelles licences de diffusion. Leur talent est aujourd’hui leur gagne pain.

Quant on voit comment les “ayant-droits” de Charles Trénet se battent pour son héritage, ils sont bien loin de la joie de vivre transmise par le fou chantant, mais très proches de sa chanson l’héritage infernal. Ah l’héritage des droits d’auteur, vaste fumisterie en fait !! Idem avec le changement des dates de péremption des droits d’auteur pour continuer à couvrir le Boléro de Ravel, vache à lait de la Sacem (souhaitons bon courage à l’anti-sacem au passage).

Souhaitons que dans tous les sujets abordés lors de ces campagnes présidentielle et législative, les points précedemment évoqués fassent l’objet d’un large débat et que d’autre vision de notre société puissent émerger pour le partage de la culture, comme pour celui de la connaissance.

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