l’Harmonie d’un poème

Vendredi dernier, nous avons eu la chance d’assiter au splendide concert du Poème Harmonique à l’Hexagone de Meylan. Sans doute d’ores et déjà un des meilleurs concerts de cette année. Bon je suis partial. Mais même !!

Je suis cet ensemble depuis son premier disque (Castaldi) chez Alpha (premier disque de cette maison). Et cela avait été un choc déjà pour la finition, la recherche du beau qui émanait de l’ensemble, tout en s’attachant à faire vivre le texte et la musique de façon engagée mais sans excès. Le bon goût personnifié en quelque sorte.

Depuis, nous avions pu les voir en concerts dans le très beau programme Metamorphosi novi lors du festival de Sablé, dans ce qui les rendit sans doute les plus célèbres, leur extra-ordinaire (le mot est choisi !) et envoutant bourgeois gentilhomme (qui est au Poème Harmonique ce qu’Atys a été aux Arts Florissants) au théâtre de Vitry sur Seine, ou encore à l’Opéra Comique dans Cadmus et Hermione de Lully. Chaque fois, la magie joue, le résultat est spectaculaire et inouï en fait.

Alors quand j’ai lu le programme de Vendredi dernier, j’ai tout de suite su que cela allait être fabuleux ! Des pièces à basse obstinée avec variations (Canaries, jacaras), du Merula, du Monteverdi: juste leur période de prédilection, mais dans un répertoire qu’ils n’ont pas encore enregistré. J’ai tout de suite pensé à Jordi Savall qui avec son ensemble Hesperion XX m’a permis de découvrir toutes ses oeuvres. J’ai trouvé que même indirectement, l’hommage pour Montserrat Figueras était beau, puisqu’elle même s’était illustrée dans ces pièces de Merula (un de mes trop nombreux disques d’île déserte !). Et dans ma bouche les rapprocher d’Hesperion XX et du maître Catalan est sans doute le plus beau compliment que je puisse leur faire. Mais Vendredi ils le méritaient !!

J’ai eu peur quand on a annoncé que Claire Lefilîatre chanterait malgré un problème de voix. Peur pour elle, car chanter dans ces conditions est toujours dangereux. Puis égoïstement, peur pour nous, de ne pas accéder au plaisir promis. Que nenni ! Je me demande même dans quelle mesure cela n’a pas ajouté au plaisir, en créant une tension plus importante, une meilleure écoute de l’assistance. Et je pense que peu dans la salle ont entendu quoi que ce soit. A peine un voile par moment (mais n’était-ce pas voulu finalement pour rendre la tristesse d’un vers). A peine un accroc dans un passage, mais cela ne devait-il pas refléter la faiblesse humaine ?

Dde toute façon l’engagement total, plein de maîtrise dont elle a fait preuve dès les très exigeants Rossi et Monteverdi introductifs m’ont complètement conquis (une fois de plus). Si on doit expliquer la rhétorique de cette époque à quelqu’un, il suffit de lui faire écouter cette chanteuse. Et dans le répertoire espagnol final (Hidalgo, Martin y Coll), elle avait des accents que je ne pensais possible que chez Montserrat Figueras. Elle a du sourire en entendant cela.

Mais une chanteuse, si excellente soit-elle, cela ne suffit pas à réussir un concert. Il fallait aussi un percussionniste démonstratif et inventif comme Joël Grave, que nous avons découvert ce soir là. Les enfants ont particulièrement aimé son implication et l’ampleur de ses gestes pour rythmer les danses. Une basse de viole efficace et chantante de Lucas Peres (mais qui ne me fait jamais oublier la plénitude du son de Savall, que je n’ai encore jamais retrouvé ailleurs, même chez Juan Manuel Quintana).

Et puis pour une fois, Vincent Dumestre n’était pas en retrait dans le seul travail de la basse continue ! Et du coup, quel plaisir de l’entendre dans la toccata arpeggiata de Kapsberger, si belle, mystérieuse, envoûtante vraiment de sonorités chatoyantes. J’espère qu’il la gravera, car je voudrais pouvoir la ranger au côté celle de Rolf Lislevand dans ma discothèque comme preuve de la beauté de ce XVIIè siècle si varié.

Aussi n’est-on pas surpris, lorsque l’on peut parler avec lui après le concert (merci pour être disponible après une telle production, comme j’avais déjà pu en bénéficier à Paris) de trouver un musicien complet, un homme profond, ayant une vision très accomplie et haute de son art, Un vrai maître, si jeune pourtant. Du coup, je suis parti pour les entendre encore souvent, tant au disque qu’au concert, et c’est tant mieux !

Si comme moi, vous trouvez qu’ils ne passent pas assez chez vous, faites-les inviter et faites écouter leurs disques ! En priorité, en plus de ceux cités précédemment, leur Belli, leur marches du palais, lamentations de Cavalieri, Guédron, Fasolo, Fenix de Paris… et tous ceux que j’ai aussi, mais que je ne cite pas ! Je vous avais dit que j’avais une grande île déserte ! C’est rare, mais il n’y a rien a jeter dans leur splendide discographie. Allez-y les yeux et les oreilles ouverts et découvrez combien la musique ancienne est belle, surtout quand elle est si bien interprétée.

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