Archive for the ‘Musique’ Category

l’Harmonie d’un poème

2012/10/23

Vendredi dernier, nous avons eu la chance d’assiter au splendide concert du Poème Harmonique à l’Hexagone de Meylan. Sans doute d’ores et déjà un des meilleurs concerts de cette année. Bon je suis partial. Mais même !!

Je suis cet ensemble depuis son premier disque (Castaldi) chez Alpha (premier disque de cette maison). Et cela avait été un choc déjà pour la finition, la recherche du beau qui émanait de l’ensemble, tout en s’attachant à faire vivre le texte et la musique de façon engagée mais sans excès. Le bon goût personnifié en quelque sorte.

Depuis, nous avions pu les voir en concerts dans le très beau programme Metamorphosi novi lors du festival de Sablé, dans ce qui les rendit sans doute les plus célèbres, leur extra-ordinaire (le mot est choisi !) et envoutant bourgeois gentilhomme (qui est au Poème Harmonique ce qu’Atys a été aux Arts Florissants) au théâtre de Vitry sur Seine, ou encore à l’Opéra Comique dans Cadmus et Hermione de Lully. Chaque fois, la magie joue, le résultat est spectaculaire et inouï en fait.

Alors quand j’ai lu le programme de Vendredi dernier, j’ai tout de suite su que cela allait être fabuleux ! Des pièces à basse obstinée avec variations (Canaries, jacaras), du Merula, du Monteverdi: juste leur période de prédilection, mais dans un répertoire qu’ils n’ont pas encore enregistré. J’ai tout de suite pensé à Jordi Savall qui avec son ensemble Hesperion XX m’a permis de découvrir toutes ses oeuvres. J’ai trouvé que même indirectement, l’hommage pour Montserrat Figueras était beau, puisqu’elle même s’était illustrée dans ces pièces de Merula (un de mes trop nombreux disques d’île déserte !). Et dans ma bouche les rapprocher d’Hesperion XX et du maître Catalan est sans doute le plus beau compliment que je puisse leur faire. Mais Vendredi ils le méritaient !!

J’ai eu peur quand on a annoncé que Claire Lefilîatre chanterait malgré un problème de voix. Peur pour elle, car chanter dans ces conditions est toujours dangereux. Puis égoïstement, peur pour nous, de ne pas accéder au plaisir promis. Que nenni ! Je me demande même dans quelle mesure cela n’a pas ajouté au plaisir, en créant une tension plus importante, une meilleure écoute de l’assistance. Et je pense que peu dans la salle ont entendu quoi que ce soit. A peine un voile par moment (mais n’était-ce pas voulu finalement pour rendre la tristesse d’un vers). A peine un accroc dans un passage, mais cela ne devait-il pas refléter la faiblesse humaine ?

Dde toute façon l’engagement total, plein de maîtrise dont elle a fait preuve dès les très exigeants Rossi et Monteverdi introductifs m’ont complètement conquis (une fois de plus). Si on doit expliquer la rhétorique de cette époque à quelqu’un, il suffit de lui faire écouter cette chanteuse. Et dans le répertoire espagnol final (Hidalgo, Martin y Coll), elle avait des accents que je ne pensais possible que chez Montserrat Figueras. Elle a du sourire en entendant cela.

Mais une chanteuse, si excellente soit-elle, cela ne suffit pas à réussir un concert. Il fallait aussi un percussionniste démonstratif et inventif comme Joël Grave, que nous avons découvert ce soir là. Les enfants ont particulièrement aimé son implication et l’ampleur de ses gestes pour rythmer les danses. Une basse de viole efficace et chantante de Lucas Peres (mais qui ne me fait jamais oublier la plénitude du son de Savall, que je n’ai encore jamais retrouvé ailleurs, même chez Juan Manuel Quintana).

Et puis pour une fois, Vincent Dumestre n’était pas en retrait dans le seul travail de la basse continue ! Et du coup, quel plaisir de l’entendre dans la toccata arpeggiata de Kapsberger, si belle, mystérieuse, envoûtante vraiment de sonorités chatoyantes. J’espère qu’il la gravera, car je voudrais pouvoir la ranger au côté celle de Rolf Lislevand dans ma discothèque comme preuve de la beauté de ce XVIIè siècle si varié.

Aussi n’est-on pas surpris, lorsque l’on peut parler avec lui après le concert (merci pour être disponible après une telle production, comme j’avais déjà pu en bénéficier à Paris) de trouver un musicien complet, un homme profond, ayant une vision très accomplie et haute de son art, Un vrai maître, si jeune pourtant. Du coup, je suis parti pour les entendre encore souvent, tant au disque qu’au concert, et c’est tant mieux !

Si comme moi, vous trouvez qu’ils ne passent pas assez chez vous, faites-les inviter et faites écouter leurs disques ! En priorité, en plus de ceux cités précédemment, leur Belli, leur marches du palais, lamentations de Cavalieri, Guédron, Fasolo, Fenix de Paris… et tous ceux que j’ai aussi, mais que je ne cite pas ! Je vous avais dit que j’avais une grande île déserte ! C’est rare, mais il n’y a rien a jeter dans leur splendide discographie. Allez-y les yeux et les oreilles ouverts et découvrez combien la musique ancienne est belle, surtout quand elle est si bien interprétée.

Chronique Musicale: Emil Nikolaus von Reznicek

2012/09/03

Voilà un compositeur dont je n’avais jamais entendu parler avant cette année. Une récompense dans Classica, avec un extrait proposé sur le CD joint avait fait dresser mon oreille mahlérienne ! Cela avait la couleur d’une symphonie de Mahler, son humour grinçant, sa richesse orchestrale, son sens du rythme (comme dans le second mouvement de sa première symphonie ou ses marches), l’usage des fanfares également. Bref, c’est comme si je découvrais une nouvelle symphonie entre la première et la cinquième.

J’ai donc acheté 2 CD des symphonies de ce compositeur, publiées chez CPO par le chef Frank Beerman pour mieux découvrir son univers et valider ou infirmer ce postulat. Et à l’écoute, les premières impressions se sont renforcées et confirmées. Si vous pénétrez avec délices dans le monde symphonique de Bruckner et Mahler, Emil Nikolaus von Reznicek vous plaira fort probablement dans les siennes.

Et une nouvelle fois, pourquoi de telles oeuvres ne sont jamais jouées en concert, ni plus souvent enregistrées, alors que l’on croule sous les redites d’intégrales Beethoveniennes ? J’espère que Frank Beerman poursuivra chez CPO l’enregistrement des autres pièces symphoniques de Reznicek (notamment les symphonies 3 et 4), car je suis sûr que cela sera plus utile et profitable aux mélomanes que bien d’autres projets.

Qu’il est agréable de pouvoir encore faire des découvertes en musique !! Cela m’a rappelé le choc de ma découverte de Gustav Mahler en 1982, en écoutant sa première symphonie par Vaclav Neumann et la philharmonie tchèque. C’était si beau, que j’en avais pleuré à la fin ! Je me la suis passée des dizaines de fois, tant je souhaitais en connaître mieux tous les passages, comprendre ce qui me bouleversait tant dans cette musique. Eh bien la découverte des symphonies de Emil Nikolaus von Reznicek me replonge avec délice dans le même état. Je les ai déjà écoutées chacune 2 fois, car il me semble que ce sont de véritables chefs d’oeuvres méconnus, que chacun doit explorer et murir, tant leur contenu est riche et dense, parsemé de traits d’humour ou de tristesse, de cuivres claironnants ou de violon solo si sensible.

Les notices le positionnent face à Richard Strauss, contemporain. Mais pour moi (et je suis sûr d’en faire crier plus d’un), cette musique symphonique créée par Emil Nikolaus von Reznicek est plus riche et passionnante que celle de Richard Strauss, dont je n’ai jamais été un grand fan, et même si je connais mal ses opéras, sa symphonie alpestre ne m’a jamais retourné comme celles entendues ici. Je ne dis pas que toutes les notes sont géniales et les mouvements inédits, mais ces euvres valent pour l’arche créée, l’ensemble plus que le détail, l’impression de puissance dégagée et surtout l’émotion communiquée à l’auditeur. La Tanz Symphonie est à cet égard extrèmement représentative de ce succès.

Chronique Musicale: Les Noëls d’Henri Carol

2012/08/13

Pourquoi acheter un disque d’un compositeur si peu connu ? et vous inciter à la fin de cette chronique à le faire également ? Il y a derrière une histoire ancienne. J’ai connu le nom d’Henri Carol par l’intermédiaire de Guy Miaille, mon professeur de musique de collège, et surtout mon initiateur à la musique savante au travers de l’ensemble vocal et instrumental des Escholiers de Ste Geneviève, et de toutes les leçons qu’il m’a données gracieusement tant en flûte à bec au collège et lycée, que dans la préparation au Bac durant laquelle il nous fit découvrir tant de compositeurs et d’oeuvres. Guy est un passioné de musique qui transmettait sa passion à ses élèves. Et donc tout naturelement, j’ai aimé la musique Médiévale et Renaissance, car il nous la faisait découvrir de façon si intense et vivante, que l’on ne pouvait que suivre.

Son propre maître en musique avait justement été l’abbé Henri Carol, à Montpellier. Et Guy avait été fortement marqué par cette initiation, et je pense qu’il devait lui même la retransmettre à son tour envers ses propres élèves, sans oublier de le mentionner comme un pédagogue et musicien. Mais je n’avais eu qu’un faible aperçu de ces oeuvres, uniquement dans des arrangements que Guy nous avaient fait chanter. Aussi après sa parution en 2000, j’avais déjà acheté un disque de pièces d’orgue d’Henri Carol par Gabriel Marghieri chez Solstice pour découvrir le compositeur vanté par Guy et j’avais effectivement trouvé un grand plaisir à l’écoute de ses compositions, qui me rappelaient celle de Guy Miaille lui-même, et toute la tradition française inspirée par la musique modale. Et aussi il représentait une voie (voix !) issue de la tradition organistique française qui prend sa source chez de Grigny jusqu’à Jehan Alain dont Guy m’avait fait découvrir les pièces dès 1980.

Aussi en voyant ce disque de Noëls entièrement dédié à Henri Carol, je me suis précipité pour l’acheter. Et j’ai eu ainsi le bonheur de voir que tout le texte de présentation était de Guy Miaille !! Avec une introduction de J.P. Combet, le monsieur derrière le label Alpha ! Double parrainage qui ne pouvait qu’annoncer un disque réussi. Olivier Vernet a (comme souvent du reste) parfaitement compris l’univers joyeux et lyrique d’Henri Carol, que la plume de Guy décrit à sa façon si communicative. Du reste, sa plaquette m’a replongé dans les années 1980, quand il présentait les oeuvres que les Escholiers jouaient en concert, ou quand il s’enthousiasmait en nous présentant la passacaille et fugue de Bach pour orgue, ou en registrant pour nos cromornes une danse de Susato.

Si longtemps après m’avoir formé le goût en musique, exploration que je continue toujours aujourd’hui en découvrant encore des oeuvres (prochaine chronique à venir !), nous nous sommes retrouvés par l’entremise de ce CD à nouveau !

Alors pour ceux qui comme moi pensent que la musique s’est fourvoyée en chemin avec Boulez, l’écolé sériele, dodécaphonique, spectrale et autre jeu sonore sans âme la plupart du temps, qu’ils suivent le chemin de luminosité, de brillance, d’humour, de joie simple et communicative que l’abbé Carol a su mettre dans ces Noëls pour orgue, et que Guy décrit de telle façon que je m’en léchais les babines, avant de commencer l’écoute, rien qu’à la lecture du livret (il est impératif de le lire pour une fois !!). Cette voie musicale, qu’empruntèrent aussi à leur manière les Alain, Françaix, Auric, Ibert, Sauguet, Duruflé (pour ne pas citer les plus connus comme Poulenc) et qu’illustrent aujourd’hui des Escaich par exemple pour rester autour de l’orgue, est encore trop méconnue, et pourrait contribuer à réconcilier l’homme du XXIè siècle avec la musique savante.

Beaucoup de souvenirs ranimés pour moi autour d’un simple CD. Ceux des premières découvertes musicales, celles qui marquent à vie ! Et le souvenir des grands moments de rire (et des fois de colère) et surtout de musique partagée au sein des Escholiers. Et cela me donnera l’occasion d’en acheter un autre et de poursuivre la découverte !

Un CD que beaucoup devraient acheter pour retrouver la joie simple de Noël illustrée de si belle manière, en ornant et variant des Noëls anciens (comme Guy Mialle lui-même en avait arrangés pour son groupe). Plus nombreux seront les acheteurs, plus nous aurons de chance, nous autres mélomanes, de voir ces musiques trop longtemps maintenues sous le boisseau, ressurgir pour réjouir nos oreilles de leurs rythmes et sonorités recherchées, mais sans déconstruction ni de l’un, ni de l’autre. Elles ont été trop longtemps occultées. Leur heure est venue. Merci Guy d’avoir oeuvré encore une fois à la transmission de notre patrimoine. Je vous en suis une fois de plus reconnaissant !

Last 2 weeks too hot…

2012/07/07

Had lots to do during the last weeks. New MondoRescue Version, new project-builder.org version, Solutions Linux event in Paris, new HP internal projects, and on the private side rehearsal + concert and vocal ensemble conducting, finding a room for my daughter next year in Paris for her studies was a bit too much, with not enough sleep.

Was completely tired last thursday, with 39°+, and slept most of Friday as a consequence. Saturday, I still had not completeley recover, Not a real serious burn out, but made me think I was probably in need of rebalancing a bit stuff to avoid a serious one. And it took me nearly a week to recover, even if I dstill don’t feel exactly as before.

So I’ve just restarted this week to work on some mindi patches, and even if I planned to release a new version of mindi during the week-end it will now be during this !

I’ll be on vacation next week, for my yearly renaissance music week near Paris. So if you want to meet, for once, it will be at one of the concert we will perform the 13th, 14th or 15th of July as explained in the link ! Hopefully that change of activity will let me rest a bit a come back stronger :-)

In memoriam Gustav Leonhardt

2012/01/20

Je déteste transformer ce blog en rubrique nécrologique. Mais après Montserrat Figueras et Alain Recordier, j’ai appris par un article du Monde de Renaud Machart la disparition du maître Gustav Leonhardt.

Alors même si cela ne fera encore pas les gros titres du 20h, il faut affirmer qu’il a été celui par qui la révolution de la musique ancienne est arrivée, au même titre que Nikolaus Harnoncourt, David Munrow, ou Thomas Binkley et Jordi Savall, chacun dans leur domaine de prédilection respectif. Pour Gustav Leonhardt, ce fut le clavecin qui fut enfin considéré comme un instrument majeur grâce à lui et non pas comme un ersatz de pianoforte mal dégrossi. Et cela parce qu’il a su faire chanter la musique sur cet instrument comme personne avant lui. Et heureusement, comme beaucoup après qui lui ont emboité le pas.

Je me souviens encore des concerts que j’allais voir de lui sur Paris, ou je me retrouvais dans la même rame de métro qu’un Pierre Hantaï qui venait le voir aussi ! Gustav Leonhardt mérite le titre de maître que je lui donne plus haut, car justement, il a joué un rôle de passeur, tant dans l’enseignement, que dans la redécouverte de pans oubliés de répertoire (j’écoute en ce moment même son second disque consacré à Johann Jakob Froberger qu’il m’a fait découvrir comme à des milliers de mélomanes dès son premier enregistrement 1962 (!) pour Harmonia Mundi) ainsi que par la publication d’un ouvrage consacré à l’art de la fugue de Johann Sebastian Bach.

Puisque l’on parle de Bach, c’est évidemment ce compositeur qu’il aura le plus illlustré au disque. J’ai encore un frémissement rétrospectif lors de ma découverte de la fantaisie chromatique et fugue sous les doigts du maître hollandais ! Quel adéquation pour moi entre la hauteur de vue du compositeur et de cet interprète. Ma femme se souvient encore des 500 kms aller-retour faits pendant les vacances une année pour aller l’entendre jouer à l’abbaye de St Guilhem le désert où il avait interprèté de façon magistrale diverses pièces de Bach, dont une de ses propres transcriptions de sonates pour violon seul au clavecin.

Ce qui m’a toujours frappé dans ses interprétations, c’est l’extrême lisibilité des voix, dans la musique si riche de Bach, qui rendait l’oeuvre à l’écoute évidente, tout en lui laissant sa richesse et sa complexité visible. Et les mots qui me viennent naturellement en tête quand je pense à ses enregistrements, c’est non pas austérité, dont on l’a souvent affublé, à tort, mais au contraire fulgurence (2è prélude du clavier bien tempéré de Bach), noblesse (son disque Louis Couperin chez Harmonia Mundi), architecture (son concerto italien de Bach), gravité (ce premier disque de Froberger chez Harmonia Mundi), virtuosité (son Scarlatti chez DHM ou son Duphly pour Séon), probité (Suites anglaises de Bach chez Séon).

Je crois que je n’ai jamais autant écouté des disques que ceux de ces partitas de Bach (HM) d’abord en 33T, puis en CD. C’est l’un des sommets de la musique enregistrée (meilleur pour moi que sa seconde version pour Virgin où de nombreuses reprises manquent). Et je ne peux plus écouter toute cette musique autrement qu’au clavecin depuis ma fréquentation assidue des enregistrements qu’il a réalisés (comme ceux du regretté Scott Ross, inoubliable lui aussi dans Domenico Scarlatti, Jean-Philippe Rameau, François Couperin et pour moi tellement complémentaire de la discographie de Gustav Leonhardt). J’ai failli travailler le clavier vers 17 ans, après tant d’heures passé à écouter la musique qu’il avait enregistrée, mais mon emploi du temps ne m’a pas permis de le faire vraiment et je reste hélas seulement un auditeur. Mais je suis toujours capable, comme à Saintes, de passer une demi-heure rien qu’à écouter un claveciniste s’accorder (Trevor Pinnock a vraiment dû se demander ce qui se passait ce jour là :-) )

N’oublions pas non plus ses apports en tant qu’animateur d’ensemble. Quelle messe en si de Bach d’une majesté, d’une ferveur que peu d’autres que lui peuvent se permettre. Et que dire de son Requiem de Biber !! J’ai encore le frisson de la fois où je l’ai entendu en concert, et où il avait demandé à ne pas applaudir à la fin du concert. Le silence qui s’en est suivi, la concentration qui avait été accumulée par le public était simplement d’une densité palpable.

Ce maître artiste a dédié sa vie à la musique, jusqu’à en faire le sacrifice en se produisant jusqu’à la fin. Il m’a fait aimer le clavecin plus que mon propre instrument (la flûte à bec qu’un Franz Brüggen a si bien illustré avec son accompagnement). Il a contribué à graver une intégrale des cantates de Bach qui a fait date et reste, par sa diffusion sur France Musique par Jacques Merlet, une de mes nombreuses initiations à la musique, de celles qui vous marquent pour la vie. Et il laisse un corpus d’enregistrements pour le clavecin et l’orgue qui est toujours la base d’un discothèque idéale.

Alors, à l’heure où votre descente et arrêt brutal sur le clavier qui illustre la chute de Mr Blancrocher résonne à mes oreilles en fin de disque, un grand merci pour tout ce que vous avez apporté, Monsieur Leonhardt, à la musique et puisse le son de vos enregistrements longtemps susciter des vocations de mélomanes, d’amateurs et de professionnels. Ils ne pourraient mieux choisir leur modèle.

In memoriam Alain Recordier

2012/01/13

Décidément, mes rares articles en français sur la musique servent à communiquer autour de tristes nouvelles. J’ai appris par l’association Exultate la disparition d’Alain Recordier, tromboniste et sacqueboutier.

Alain Recordier à la sacqueboute en 2010

Ce fin connaisseur de la musique ancienne avait crée en 1986 l’ensemble Musicque de Joye (du nom d’un recueil publié vers 1550 à Lyon par Jacques Moderne). Il avait aussi été membre de l’ensemble de cuivres Da Camera, du quintette Arban, de l’ensemble Guillaume de Machaut et était trombone solo de l’orchestre d’Orléans.

Il avait participé à de récentes académies de musique sacrée de la Renaissance d’Etampes, dirigées par Jean Belliard

Alain Recordier lors de l'académie de la Renaissance 2007

Comme l’a si fort bien dit le mail que j’ai reçu: “Que de beaux concerts avons nous donnés ensemble ! Sa discrétion et sa grande gentillesse faisaient l’unanimité.”

Alain n’avait pas besoin d’épater la galerie. Il vivait sa musique intensément, donnant un air chaloupé aux canzons de Gabrieli avec énergie et velouté. Sa connaissance transparaissait dans les remarques qu’il sonnait à ses partenaires lors des répétitions avec son accent méditerranéen. Un court exemple pour mettre tout le monde d’accord, et on repartait dans la musique.

J’espère qu’aujourd’hui il joue avec tous ses pairs dans l’orchestre céleste ! Il me restera la mémoire auditive de quelques enregistrements que nous avons faits lors des académies, où je retrouverai la qualité de son son. Et le souvenir d’un musicien humble au service de son art.

(Images personnelles hébergées sur flickr.com)

In memoriam Montserrat Figueras

2011/12/03

C’est par un article de la Vie que ma femme m’a appris la nouvelle: Montserrat Figueras nous a quitté le 23 Novembre dernier.

Mes pensées sont tout de suite allées vers Jordi Savall, son époux et compagnon musical depuis le début de leur carrière commune en 1967. 44 années d’un parcours fabuleux, jalonné de disques tous plus magnifiques les uns que les autres, et de concerts où la beauté était en permanence conviée, avec cette générosité de l’âme qui faisait de chacun de ses moments partagés une fête absolue des sens.

J’ai découvert les deux artistes avec leur disque consacré au Llivre Vermell … de Montserrat ! Et depuis ce jour, je n’ai cessé d’être en admiration devant la voix de Montserrat Figueras et le son de la viole de Jordi Savall. J’ai acheté je crois la totalité de leur discographie au fur et à mesure de leurs parutions. Faible mais sincère moyen de soutenir leurs activités, surtout depuis la création de leur label Alia Vox.

Et puis, bien évidemment, j’ai assisté à des concerts, les Prohéties/Chants de la Sybille, où la voix de Montserrat ne sera jamais égalée, pour sûr. Mais aussi les cancioneros et villancicos de musiciens espagnols qu’ils affectionnent tant et ont fait découvrir à tant d’auditeur et immortalisé au disque également. Allez entendre Ay Luna par Montserrat pour comprendre combien cette voix colle de façon incomparable à la musicalité du texte et des mots. Mais elle état aussi fantastique dans son disque consacré à Merula où l’association de son timbre avec celui du cornet de Jean-Pierre Canihac donne le frisson. Et ces concerts à Beaune, où tous les répertoires furent abordés, de Flecha à Charpentier, de Monteverdi à Victoria. D’inoubliables parcelles d’Art absolu.

J’ai même eu la chance en 1995 de participer à un de leurs stages, en Espagne, et leur simplicité, leur bonté, autant que leurs qualités musicales, ont fait de cette semaine passée près d’eux un souvenir impérissable pour moi, qui n’a pu que me faire regretter d’être informaticien et ne pas pouvoir partager la complicité musicale de tels artistes plus souvent.

Alors ce soir, pour conjurer le spleen qui guette, j’écoute Jérusalem, que je n’avais pas encore mis sur ma platine, pour me réchauffer une fois encore au son si suave et doux de la voix de Montserrat Figueras, entre autres. Il est triste de savoir que plus jamais je ne pourrai l’entendre en concert, là où l’émotion véhiculée est à son comble, ni lui parler à la fin du concert pour encore la féliciter du bonheur qu’elle nous avait apporté comme j’ai eu la chance de le faire.

Mais c’est ici que le disque joue son vrai rôle: pas celui de promotion, Montserrat Figueras, pas plus que Jordi Savall n’en ont besoin. Mais celui de conserver pour le futur une trace de l’art inégalable des meilleurs d’entre les musiciens. Ce pour quoi il a toujours été conçu. Et ce qu’ils avaient très bien compris en formant leur propre maison, pour être libre au maximum de leurs choix, et produire des objets de mémoire et de culture. Bien plus que des disques. Des images de souvenirs partagés et vécus que nous transmettront nous mêmes à nos enfants en leur rappelant le rôle primordial que ce couple a eu dans la renaissance d’un très large pan du patrimoine sonore de plusieurs peuples du pourtour de la Méditerranée.

Puisse la musique continuer à accompagner Jordi, Arianna et Ferran, leurs enfants, et adoucir la peine qu’ils éprouvent. Qu’ils continuent leur chemin en portant l’esprit d’amour qui animait Montserrat Figueras et en sachant que de très nombreux mélomanes sont près d’eux dans cette épreuve . Comme moi, ils écoutent sa voix et l’admireront pour l’éternité.

Busy week-end preparing MondoRescue 2.2.9.7 and a concert

2011/06/28

It was very sunny this week-end. But I didn’t had really time to benefit from it. I wanted to publish MondoRescue 2.2.9.7 as I was in need of a fixed version for consulting I do around it this week at a customer site. So my full Saturday was fixing 5/6 various bug reports + mailing list reports that were the most critical IMO and important to have on top of the one already htere since last release in April.

I know there are some remaining points to handle, but you always have, and sometimes you need to draw the line, saying it’s better, even if not perfect and deliver it. I hope users will understand and be still happy with that version.

Then it was time to prepare tonight’s concert Sunday, and also prepare my attempt to improve my carrier path inside HP and hopefully reach the next level, which is in my case not easy at all.
But I can leave happy now: the version is here, and the concert was a success, especially the Salve Regina of Victoria ;-)

CDDBeditor

2011/01/30

I’ve been upset these last monthes by the fact that my usual applications which were allowing me to publish on FreeDB CDs content were not working anymore. I was using kscd from the KDE project, but the latest version with KDE 4.x is just not interesting anymore, with that feature having disappeared.

Same for audex which doesn’t provide it. Grip is Gnome based and doesn’t allow for category edition.

Too bad as it’s an area where a graphical tool is very interesting in general.

So, I decided to write a small tool to help me doing that. So here is CDDBeditor. Not a nice and fancy tool. But it provides to me what I need: CDDB data edition and re-send by mail.

It’s perl based (always a good way to lear), based on the CDDB_get CPAN module for the CDDB features, and also uses Newt, as a way to learn how to use this environment. It could be very seful for future versions of project-builder.org or even MondoRescue.

I use it since August 2009, and to my great surprise, I remarked that I was among the best contributors to Freedb.org with it !! More over, as I’m alone to use it (well I think so at least ;-) ) I now know I created 274 entries in FreeDB last year with it. Still far from all the CD for which I got an entry already entered previously by others in FreeDB,but my small stone to the whole wall.

Jean Belliard, maître du texte en musique

2010/10/11

Voilà plus de 22 ans que j’ai le bonheur de travailler avec cet artiste incomparable qu’est Jean Belliard, et certaines activités récentes nous concernant justifient ce billet.

J’ai eu le plaisir, cette année, de pouvoir participer, avec ma fille aînée, à l’un des 2 concerts de reprise de l’académie de musique sacrée de la Renaissance d’Etampes, qui avait lieu à Marolles en Hurepoix, avec encore une fois, depuis plus de 20 ans maintenant, un programme somptueux. Jean m’a transmis, après Guy Miaille, le goût de la musique sacrée de la Renaissance. Et je pourrais passer le reste de ma vie à ne plus chanter que cela ! Josquin Desprez, Tomas Luis da Victoria pour n’en citer que 2, sont des maîtres d’une importance aussi majeure que Jean-Sébastien Bach ou Wolfgang Amadeus Mozart, ni plus ni moins. Et l’approfondissement de ce répertoire peut bien être l’oeuvre d’une vie de musicien amateur.

La spécificité de la transmission musicale de Jean est autour du rapport au texte. Il insiste toujours, et avec raison, sur cette partie capitale d’un motet, ou d’une messe, qu’en constitue son texte (bien souvent en latin), et sur la manière dont le compositeur le traite, et donc enfin sur notre travail d’interprète pour rendre un peu de tout cela. De nouveau, une vie d’amateur n’y suffit pas ;-)

Ceux qui l’ont entendu chanter savent combien sa voix reste gravée dans la mémoire, et demeurent frappés par sa clarté de timbre vraiment unique, associée à une diction qui permet à l’auditeur de profiter pleinement de ce rapport texte/musique.

Et c’est lors de ce dernier concert, que Jean m’a fait l’honneur de me donner un CD de poèmes qu’il a lui même mis en musique, et qui montre rien que par son choix, son amour de la langue et du mot. On y retrouve le timbre clair de Jean et ses aigus lumineux qui savent éclairer une phrase, un mot. Au passage le plus choisi, sa voix s’envole et orne de notes le texte, comme il le fait si souvent pour nous, en guise d’exemple, autour des mélismes grégoriens.

En particulier, écoutez et appréciez “l’éloge du regard” sur un texte de Beaumarchais, ou les “stances à la Marquise” de Pierre de Corneille. Ou comment le classicisme de la diction colle au plus près à la forme du texte. Jean lui-même ou Guy Robert, son complice de l’Ensemble Guillaume de Machaut, réalisent un accompagnement discret, dans un style de ménestrel moderne, qui soutient et inspire, sans jamais que le texte, si important n’en souffre.

Dommage que la prise de son de certaines pièces soit plus lointaine. Et encore plus dommage qu’aucune maison de disque (exceptée Timpani pour le Socrate de Satie) n’ait confié à Jean plus d’enregistrements à faire. Nous aurions aujourd’hui un corpus bien plus complet que la petite douzaine de disques existants. De plus, son professionnalisme et sa vision en font un artiste économe en prises pour un éditeur: tout est toujours préparé, et il est prêt dès que les lèvres s’ouvrent, sans besoin de refaire quoi que ce soit. Et quel son !

Car la culture de Jean et son répertoire sont extrêmement étendus et il est fâcheux que nous n’ayons pas la Messe de Machaut ou le Requiem ou de Gilles de Campra par lui. Son timbre est, pour moi qui ai eu la chance de chanter cette dernière oeuvre avec lui, idéal pour ce répertoire français du grand siècle. Heureusement, restent ses leçons de ténèbres de Couperin avec Hervé Lamy.

Alors pour tout ce que vous m’avez donné Jean, j’ai décidé qu’il était temps que Wikipedia dispose d’une notice sur vous, et je l’ai créée aujourd’hui. Encore incomplète, notamment sur la biographie (le passé vous intéresse tellement moins que l’avenir !), j’espère qu’elle permettra à de nombreux mélomanes de vous découvrir.

Merci pour votre cadeau si personnel, merci de votre partage musical tout au long de ces années, votre amitié, et au plaisir de vous retrouver bientôt pour une nouvelle académie, en Juillet 2011, sans doute consacrée (n’est-ce pas Ségolène !) au 400 ans de la mort de notre compositeur fétiche: Tomas Luis de Victoria.


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