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Rameau rime avec Minko !

2014/10/04

J’ai découvert Jean-Philippe Rameau, dont on fête cette année le 250è anniversaire de la mort, par ses splendides oeuvres pour clavecin, au milieu des années 70 et notamment sous les doigts de Scott Ross chez STIL un peu après. Aussi, lorsque j’ai commencé à m’intéresser à l’opéra, bien plus tard, c’est avec Marc Minkowski et son fabuleux Platée que j’ai fait mes gammes en 1988.

La possibilité de le voir à l’opéra Garnier avec ma femme lors de la deuxième reprise en 1999 nous a laissé un souvenir marquant d’un spectacle total, alliant la perfection de l’expression du texte, à une mise en valeur de l’orchestration du maître dijonnais par les musiciens dirigés par Marc Minkowski, des chanteurs hors norme comme la Folie de Mireille Delunch ou la mise en scène inventive et novatrice, mais parfaitement en phase avec la volonté originelle de l’auteur de Laurent Pelly.

C’est du reste un spectacle dont j’ai acheté le DVD dès sa sortie en 2002 et qui a tout de suite passionné mes enfants, sensibilisés à la musique savante mais pas particulièrement fans d’opéra pour autant. Pourtant cette vision les a tout de suite attiré et conquis. Quelle meilleure preuve de la qualité de ce spectacle ? Eh bien peut-être le fait qu’ils étaient tous volontaires pour aller le voir sur scène au Palais Garnier lors de la reprise de 2009 et qu’ils en sont sortis emballés de l’avoir vu “en vrai”.

De mon côté, je l’avais revu en arrivant sur Grenoble en version concert (plaisant, mais bien loin du plaisir procuré par la mise en scène !). Sinon j’ai bien sûr chéri les autres Rameau que Marc Minkowski a enregistrés (Hippolyte Et Aricie, Dardanus), sans daidaigner les Indes Galantes, Zoroastre ou Castor et Pollux de William Christie ou les Boréades de John Eliot Gardiner.

Justement ces Boréades un peu maudites, non représentées du vivant du compositeur, recrées en 1982 par John Eliot Gardiner justement (avec un livret n’ayant pas été fourni avec les CDs, pour des problèmes d’accord sur les droits possédés par la maison … STIL) étaient reprises ce soir par Marc Minkowski à la MC2 de Grenoble mais en version de concert.

Même si le maître des Musiciens du Louvre Grenoble nous dit y trouver son compte dans une interview, et même si le mettre en scène est sans doute délicat, il reste que la scène manque et que l’on sent bien que certains chanteurs ce soir se seraient volontiers adonné à plus de jeu de scène. Mais l’auditorium, magnifique acoustique, est un peu petit pour le permettre facilement. Ce sera le seul bémol de cette soirée somptueuse.

Car vraiment, ce soir, Rameau rimait avec Minko !! Entourés de jeunes chanteurs, la maestro a fait feu de tout bois certes comme souvent, mais avec ce plus qui le rend irremplaçable dans Rameau. Sa manière de mettre en valeur les bassons (4 ce soir, tout comme les traverso), son instrument de prédilection et capital dans la musique de l’auteur des Boréades, est unique. Mention spéciale aussi auxdits traverso qui ont évoqué les vents de Borée avec tantôt fureur, virtuosité et tendresse. Feu de tout bois disais-je ;-)

Mais là où j’ai été le plus conquis, c’est par la troupe de chanteurs rassemblée. Peu de noms connus, mis à part Julie Fuchs. Mais ils ne le resteront pas longtemps, cela c’est sûr ! Quelles voix jeunes, timbrées, quel engagement et surtout quelle diction ! Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris un tel plaisir à écouter du français être déclamé et chanté comme ce soir. Mon coup de coeur est certainement pour Manuel Núñez-Camelino (Calisis) qu’il faudra vite voir sur scène, car on sentait chez lui cette envie de jouer, en plus de son timbre qui passe en toute circonstance avec puissance quand il le faut et un fruité de haute contre à la française rare. A suivre assurément. Son “frère” en scène Jean-Gabriel Saint-Martin (Borilée) n’est pas en reste et lui donne la meilleure des répliques possible, jouant lui aussi de son timbre riche. Un couple passant de la séduction à la noire vengeance avec aisance, d’une intelligibilité exemplaire et d’un engagement total. Vraiment Bravo.

Mais le reste de la distribution est à l’avenant avec toujours cette attention au texte qui le rend facile à suivre, même en ne jetant qu’un oeil au surtitrage, surtout pour suivre les formules XVIIIè, bien différentes des nôtres au XXIè siècle. Julie Fuchs donc est une Alphise de toute beauté également, véhémente dans l’évocation de l’orage et caressante quand elle chante l’amour d’Abaris, articulation superlative toujours, ce qui est rare chez une soprano. Samuel Boden est Abaris et son timbre en a la noblesse. Concentré sur son chant (et quel chant), il rentre moins dans le jeu et ne regarde pas assez à mon goût Alphise, même à ses côtés. Mais c’est une version de concert, et de toute façon, encore une fois, difficile de produire du jeu dans ce contexte. S’il semble moins puissant potentiellement que Manuel dans la même tessiture de haute contre à la française, il est aussi plus rond, semble plus marqué par le sort qui s’acharne sur lui et émeut parfaitement dans ses plaintes si prenantes.

Et les seconds rôles sont à l’avenant. Ils viennent semble-t-il en majorité de l’académie européenne d’Aix en Provence et on ne peut que la féliciter de nous confier des artistes d’un tel niveau et aussi d’un tel potentiel.

Nous sommes sortis ravis de la soirée, et moi espérant que les annonces de reprise de Platée ou que la promesse des Indes Galantes par Marc Minkowski arrivera bientôt car j’ai hâte de le retrouver si bien entouré dans ces chefs d’oeuvres absolus de l’histoire de la musique, qui n’ont rien à envier aux grands opéras classiques ou romantiques, fort leur notoriété.

Merci pour ce moment ;-)

In memoriam Frans Brüggen

2014/09/21

Dans l’article que j’avais écrit pour la disparition de Gustav Leonhardt, je disais justement:

“Ce maître artiste a dédié sa vie à la musique, jusqu’à en faire le sacrifice en se produisant jusqu’à la fin. Il m’a fait aimer le clavecin plus que mon propre instrument (la flûte à bec qu’un Frans Brüggen a si bien illustré avec son accompagnement). Il a contribué à graver une intégrale des cantates de Bach qui a fait date et reste, par sa diffusion sur France Musique par Jacques Merlet, une de mes nombreuses initiations à la musique, de celles qui vous marquent pour la vie.” [Jacques Merlet qu est aussi décédé tout récemment et qui fut un passeur fantastique aussi à sa manière]

Alors parlons de Frans Brüggen, disparu récemment lui aussi, à l’heure où notre éducation nationale ne souhaite plus utiliser la flûte à bec comme instrument d’initiation à la musique, pour préférer la voix. Dommage car si peu semblent le regretter, moi c’est par elle que je suis venu à la musique, grâce à un professeur de collège fabuleux, Guy Miaille, éllève d’Henri Carol, et bien sûr au pape de l’instrument, Frans Brüggen.

Ce petit tuyau percé, déjà utilisé par les bergers dans l’antiquité, et sans doute le premier instrument de musique fabriqué dans des temps encore plus reculés, est un vrai instrument qui peut charmer comme peu d’autres peuvent le faire quand il est joué comme le maître hollandais le faisait.

Si l’on écoute partition à la main la Folia de Corelli, on se rend compte de l’ingéniosité de l’ornementation que le maître savait déployer, et renouveler car les autres enregistrements de la même pièce en comportent d’autres, même si celles-ci restent mes préférées tant elle semblent faire partie de la pièce originale.

Son travail de coup de langue (double et triple) lui permettait d’avoir une très grande vélocité, que ses doigts agiles pouvaient suivre (à mon grand dam quand j’essayais de jouer par dessus lui !). Il a vraiment réintroduit l’usage de l’instrument, défriché le répertoire, français également avec Hotteterre, et évidemment allemand avec Telemann – quelles sonates du Getreuer Musik Meister ou encore le double concerto pour flûte ) bec et traverso avec Frans Vester et bien sûr Bach, tant dans la partita BWV 1013, pièce que j’ai passé des heures à travailler pour tenter de faire aussi bien que lui – on peut rêver non ! – ou les brandbourgeois par exemple. Quant à son Opus 10 de Vivaldi avec les prémices de l’orchestre du XVIIIè siècle, il reste pour moi un disque inégalable de fruité, d’énergie et timbres.

Autant que mon professeur Guy Miaille, Frans Brüggen a été un maître qui m’a enseigné l’amour de cet instrument, m’a donné la volonté de travailler pour tenter d’obtenir cette pureté de son qui me fait toujours rêver et cette agilité qui permet de franchir les obstacles techniques pour se concentrer sur la musicalité, le sens et la beauté de la phrase. Un maître qui ne se lassait jamais de me remontrer la bonne manière de faire, il me suffisait de me lever et d’aller replacer le diamant de la platine au début de la face du disque 33 tours pour en profiter de nouveau !!

Entre lui et David Munrow pour les instruments périphériques (cromorne, hautbois du poictou, cornamuse) j’ai eu les meilleurs maîtres en complément et cela m’a permis de découvrir un immense répertoire d’une grande beauté qui continue de m’accompagner. Pourvu que Teldec ressorte certains des disques du virtuose néerlandais qui n’ont pas été réédités ainsi que ceux qui l’étaient déjà, et propose une grande intégrale et montre ainsi à tous les enfants martyrisés par des cours de flûte mal assumés, combien cet instrument est musique, combien il peut susciter d’émotion et amener à la découverte de compositeurs (Marcello, Barsanti, Sammartini) et d’oeuvres (Sonates de Haendel, Fantaisies de Telemann, La pavanne Lachrimae de Van Eyck, La cantate BWV 106 de Bach “Actus Tragicus”) au combien prenantes.

Même si il avait choisi de poursuivre son attachement à la musique par la direction d’orchestre par la suite (quelles suites de Rameau il laisse au disque) Frans Brüggen reste pour moi le modèle absolu de cet instrument mal aimé pour de mauvaises raisons qu’est la flûte à bec, dont il joue maintenant dans les sphères célestes. Un grand merci me vient aux lèvres en pensant à ce fabuleux leg discographique qu’il nous a donné. Aujourd’hui les flûtistes que vous entendez jouer ont souvent été de ses élèves, ou les élèves de ses élèves. Après deux siècles d’interruption, la lignée des flûtistes à bec est de nouveau bien vivante, grâce à lui.

Découvrez la musique sacrée de la Renaissance…

2014/08/31

… dans les meilleures conditions possibles:

Affiche concert

  • Le concert proposé est gratuit mais de grande valeur.
  • Les oeuvres données sont des chefs d’oeuvre absolus de la musique sacrée de la Renaissance. La profondeur du Requiem de Victoria n’a rien à envier à celui de Mozart, Verdi, Fauré, quoique dans une approche esthétique différente bien entendu.
  • Le lieu, l’église de St Sulpice de Favière, petite soeur en Essonne de la Sainte Chapelle de Paris, ne pourra que contribuer à renforcer l’atmosphère orante suggérée par la musique.
  • La direction d’un musicien généreux et inspiré, Jean Belliard, qui saura vous faire passer les frissons que cette musique ne peut manquer de générer chez l’auditeur, au travers des âges.
  • Enfin la possibilité unique (pour le moment) de me voir chanter avec mes deux filles, mais hélas sans ma femme qui ne sera pas du voyage cette fois.

Venez nombreux et faites passer l’info !

3 Concerts pour finir la semaine de mon autre travail

2014/07/11

Comme chaque année depuis 24 ans, cette semaine était consacrée à chanter le répertoire à la fois le plus émouvant et le plus savant de la musique vocale occidentale : la polyphonie sacrée de la renaissance. Au programme cette année, de nouveau le Requiem de Victoria, que j’ai déjà eu le plaisir de chanter avec Jean Belliard quatre fois lors de ces 24 ans de plaisir musical partagé. Ce chef d’oeuvre absolu de la musique à 6 voix enchasse le grégorien de la messe des morts au sein d’une polyphonie d’une sensibilité expressive absolument magnifique. Il faut notamment connaitre le motet Versa est in luctum bouleversant de déchirement (les fa# à la voix de ténor). Et il est simple pour vous de le découvrir ! Venez écouter ce samedi 12 juillet à l’église St Martin d’Etampes (91) ou à la cathédrale de Chartres (28) ce dimanche 13 juillet, la 25ème académie de musique sacrée de la Renaissance d’Etampes inspirée par cet artiste hors norme qu’est Jean Belliard qui a encore revisité l’oeuvre pour vous procurer la meilleure interprétation du texte liturgique.

Evènement à ne pas manquer !

Comme la musique adoucit les moeurs…

2014/01/27

…Si le coeur vous en dit, si vous avez un peu de temps aussi, venez écouter l’ensemble Variations (Dir: Bruno Cornec) accompagné par le Jardin Musical (Dir: Christine Antoine) dans ce concert de musique sacrée autour du Requiem d’André Campra, qui nous l’espérons vous touchera par sa beauté et l’espoir qu’il porte. Après celui de Victoria, et avant celui de Mozart, c’est un grand chef d’oeuvre du siècle de Louis XIV que vous pourrez ainsi apprécier.

Tous les détails sont sur l’affiche:
Concert Variations

Les douze chanteurs et les six instrumentistes chanteront en complément de programme le Reniement de St Pierre de Marc-Antoine Charpentier, petit Oratorio de la passion et le programme sera agrémenté de pièces instrumentales du même compositeur, le tout sur dans un style historiquement informé.

Nous avons voulu garder un prix modique (12 EUR plein, 6 EUR réduit) pour nous permettre de rémunérer les instrumentistes professionnels qui nous accompagnent et vous permettre malgré tout de découvrir ou de venir réécouter ce magnifique répertoire de musique française baroque.

En espérant vous y rencontrer…

Concert “Cantique à Notre-Dame” par le Quatuor Abélard

2013/09/23
Affiche du concert

Affiche du concert

Un programme rare d’oeuvres du 15è au 18è siècle, du bouleversant “O Magnum mysterium” de T. L. da Victoria si mystique au Magnificat de D. Scarlatti aux délicates intonations baroques.

Un programme centré sur l’importance du texte mis en musique, et rehaussé par des poèmes sacrés du Cardinal Jacques du Perron.
Les poèmes seront déclamés par Jean Belliard qui dirige le quatuor Abélard dans ce programme. Ce grand professionnel de la musique a toujours mis un point d’honneur à travailler au plus haut niveau possible tant avec des professionnels qu’avec des amateurs comme ceux réunis ici. J’ai eu l’honneur de travailler avec lui plus de 25 ans et je ne peux que vous inciter à aller à sa rencontre, il parle de la musique comme nul autre.

Leurs concerts ont été appréciés pour leurs grandes qualités musicales et l’entente parfaite de leurs membres. Ce sera leur seul concert sur la région et en plus, ma fille y chante comme “insolente” soprano ;-)

ArticlePresseABELARD-YEVRE120512REPcentre

Rendez-vous à l’Eglise de Bernin – Samedi 5 Octobre 2013 à 20h30.

Et l’entrée est libre !! Vous n’avez plus aucune raison de ne pas venir
écouter ces oeuvres qui vous émouvront au travers des âges.

En espérant vous y rencontrer…

Happy birthday Mageia !!

2013/09/18

The 18th of September 2010, Mageia as announced as a new project. So today is a special day, as its the 3rd birthday of my distribution of choice.

More over, it was for me a special day as I was presenting this distribution during LinuxCon US.

Completely unrelated, some of you may know that I’m directing a vocal ensemble.

So combining all 3 elements today, I was happy to have a choir of some 15 people attending my talk sing “Happy birthday Mageia” ! (It was private so no rights issue ;-)) A great personal pleasure !!

And no, there is no recording available but that was done with a community state of mind:-) What you can get are the slides which won’t of course contain that unique moment of art but should motivate you to at least try Mageia.

No next rehearsal planned for our /tmp/choir today but I hope the audience enjoyed it as much as I did.

Interesting end of week

2013/09/13

Quite some activities for this end of week and the next one:

  1. I’m publishing on Friday mindi 2.1.7 in order to fix kernel detection issues for the most recent ones (> 3.9).
  2. I’m going by train on Saturday to Paris to attend a concert made by my daughter Ségolène singing early music with Jean Belliard in Etampes (Eglise St Gilles).
  3. I’ll sing myself on Sunday for the last concert of our yearly Académie in St Sulpice de Favière (come and talk about music !!)
  4. I’ll go back to Roissy to tke the plane on Monday morning to arrive in New Orleans for LinuxCon US 2013
  5. I’ll attend LinuxCon on Monday and Tuesday, and deliver a talk on Mageia on Wednesday, then attend the UEFI plug fest till Friday (come and talk about FLOSS !!)
  6. I’ll fly back on Saturday, arrive on Sunday in Paris pass some hours with my daughter again, and then back home in Grenoble to start working again the day after.

The real question now, is that it’s time to sleep, and I need to make the Mageia presentation for next week. Anne Nicolas Velu helped me a lot with material and pointers, now I need to make the 20+ slides I’d like to have to cover the topic in a nice and entertaining way for the audience. Luckily there is a long flight ;-)

No time to get bored as you can see.

I’m slow to answer this week, well…

2013/07/09

That’s normal :-)

I’m on vacation. Or more precisely performing my second other preferred activity: early music ! This is the week I dedicate every year since 24 years now to the pleasure to meet back with my master in music, Jean Belliard. We (84 singers this year) gather during the week in Etampes, France, where we work 5 hours per day to rehearse around hundred pages of Renaissance music and be ready for our concerts at the end of the week. I really love that. Of course, 84 singers is much more than any royal chapel, even when they united the one from François I and Charles Quint (V) to celebrate peace !! But that’s the principle: share music with as many people as possible, make them encounter early music, discover how beautiful this music is, and have a unique idea after that: be there next year to redo it again ;-)

Sorry, most of the links point to french pages, as this is probably mostly of interest to people located near France, even if we have had some year japanese or canadian singers on top of other european countries.

If you’re around at the end of the week, please come to listen to us. It’s free (like in beer this time) ! Just note that the last concert in Sens was cancelled.

I’ll back to MOndoRescue, project-builder.org and the rest next week.

l’Harmonie d’un poème

2012/10/23

Vendredi dernier, nous avons eu la chance d’assiter au splendide concert du Poème Harmonique à l’Hexagone de Meylan. Sans doute d’ores et déjà un des meilleurs concerts de cette année. Bon je suis partial. Mais même !!

Je suis cet ensemble depuis son premier disque (Castaldi) chez Alpha (premier disque de cette maison). Et cela avait été un choc déjà pour la finition, la recherche du beau qui émanait de l’ensemble, tout en s’attachant à faire vivre le texte et la musique de façon engagée mais sans excès. Le bon goût personnifié en quelque sorte.

Depuis, nous avions pu les voir en concerts dans le très beau programme Metamorphosi novi lors du festival de Sablé, dans ce qui les rendit sans doute les plus célèbres, leur extra-ordinaire (le mot est choisi !) et envoutant bourgeois gentilhomme (qui est au Poème Harmonique ce qu’Atys a été aux Arts Florissants) au théâtre de Vitry sur Seine, ou encore à l’Opéra Comique dans Cadmus et Hermione de Lully. Chaque fois, la magie joue, le résultat est spectaculaire et inouï en fait.

Alors quand j’ai lu le programme de Vendredi dernier, j’ai tout de suite su que cela allait être fabuleux ! Des pièces à basse obstinée avec variations (Canaries, jacaras), du Merula, du Monteverdi: juste leur période de prédilection, mais dans un répertoire qu’ils n’ont pas encore enregistré. J’ai tout de suite pensé à Jordi Savall qui avec son ensemble Hesperion XX m’a permis de découvrir toutes ses oeuvres. J’ai trouvé que même indirectement, l’hommage pour Montserrat Figueras était beau, puisqu’elle même s’était illustrée dans ces pièces de Merula (un de mes trop nombreux disques d’île déserte !). Et dans ma bouche les rapprocher d’Hesperion XX et du maître Catalan est sans doute le plus beau compliment que je puisse leur faire. Mais Vendredi ils le méritaient !!

J’ai eu peur quand on a annoncé que Claire Lefilîatre chanterait malgré un problème de voix. Peur pour elle, car chanter dans ces conditions est toujours dangereux. Puis égoïstement, peur pour nous, de ne pas accéder au plaisir promis. Que nenni ! Je me demande même dans quelle mesure cela n’a pas ajouté au plaisir, en créant une tension plus importante, une meilleure écoute de l’assistance. Et je pense que peu dans la salle ont entendu quoi que ce soit. A peine un voile par moment (mais n’était-ce pas voulu finalement pour rendre la tristesse d’un vers). A peine un accroc dans un passage, mais cela ne devait-il pas refléter la faiblesse humaine ?

Dde toute façon l’engagement total, plein de maîtrise dont elle a fait preuve dès les très exigeants Rossi et Monteverdi introductifs m’ont complètement conquis (une fois de plus). Si on doit expliquer la rhétorique de cette époque à quelqu’un, il suffit de lui faire écouter cette chanteuse. Et dans le répertoire espagnol final (Hidalgo, Martin y Coll), elle avait des accents que je ne pensais possible que chez Montserrat Figueras. Elle a du sourire en entendant cela.

Mais une chanteuse, si excellente soit-elle, cela ne suffit pas à réussir un concert. Il fallait aussi un percussionniste démonstratif et inventif comme Joël Grave, que nous avons découvert ce soir là. Les enfants ont particulièrement aimé son implication et l’ampleur de ses gestes pour rythmer les danses. Une basse de viole efficace et chantante de Lucas Peres (mais qui ne me fait jamais oublier la plénitude du son de Savall, que je n’ai encore jamais retrouvé ailleurs, même chez Juan Manuel Quintana).

Et puis pour une fois, Vincent Dumestre n’était pas en retrait dans le seul travail de la basse continue ! Et du coup, quel plaisir de l’entendre dans la toccata arpeggiata de Kapsberger, si belle, mystérieuse, envoûtante vraiment de sonorités chatoyantes. J’espère qu’il la gravera, car je voudrais pouvoir la ranger au côté celle de Rolf Lislevand dans ma discothèque comme preuve de la beauté de ce XVIIè siècle si varié.

Aussi n’est-on pas surpris, lorsque l’on peut parler avec lui après le concert (merci pour être disponible après une telle production, comme j’avais déjà pu en bénéficier à Paris) de trouver un musicien complet, un homme profond, ayant une vision très accomplie et haute de son art, Un vrai maître, si jeune pourtant. Du coup, je suis parti pour les entendre encore souvent, tant au disque qu’au concert, et c’est tant mieux !

Si comme moi, vous trouvez qu’ils ne passent pas assez chez vous, faites-les inviter et faites écouter leurs disques ! En priorité, en plus de ceux cités précédemment, leur Belli, leur marches du palais, lamentations de Cavalieri, Guédron, Fasolo, Fenix de Paris… et tous ceux que j’ai aussi, mais que je ne cite pas ! Je vous avais dit que j’avais une grande île déserte ! C’est rare, mais il n’y a rien a jeter dans leur splendide discographie. Allez-y les yeux et les oreilles ouverts et découvrez combien la musique ancienne est belle, surtout quand elle est si bien interprétée.


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