Rameau rime avec Minko !

J’ai découvert Jean-Philippe Rameau, dont on fête cette année le 250è anniversaire de la mort, par ses splendides oeuvres pour clavecin, au milieu des années 70 et notamment sous les doigts de Scott Ross chez STIL un peu après. Aussi, lorsque j’ai commencé à m’intéresser à l’opéra, bien plus tard, c’est avec Marc Minkowski et son fabuleux Platée que j’ai fait mes gammes en 1988.

La possibilité de le voir à l’opéra Garnier avec ma femme lors de la deuxième reprise en 1999 nous a laissé un souvenir marquant d’un spectacle total, alliant la perfection de l’expression du texte, à une mise en valeur de l’orchestration du maître dijonnais par les musiciens dirigés par Marc Minkowski, des chanteurs hors norme comme la Folie de Mireille Delunch ou la mise en scène inventive et novatrice, mais parfaitement en phase avec la volonté originelle de l’auteur de Laurent Pelly.

C’est du reste un spectacle dont j’ai acheté le DVD dès sa sortie en 2002 et qui a tout de suite passionné mes enfants, sensibilisés à la musique savante mais pas particulièrement fans d’opéra pour autant. Pourtant cette vision les a tout de suite attiré et conquis. Quelle meilleure preuve de la qualité de ce spectacle ? Eh bien peut-être le fait qu’ils étaient tous volontaires pour aller le voir sur scène au Palais Garnier lors de la reprise de 2009 et qu’ils en sont sortis emballés de l’avoir vu “en vrai”.

De mon côté, je l’avais revu en arrivant sur Grenoble en version concert (plaisant, mais bien loin du plaisir procuré par la mise en scène !). Sinon j’ai bien sûr chéri les autres Rameau que Marc Minkowski a enregistrés (Hippolyte Et Aricie, Dardanus), sans daidaigner les Indes Galantes, Zoroastre ou Castor et Pollux de William Christie ou les Boréades de John Eliot Gardiner.

Justement ces Boréades un peu maudites, non représentées du vivant du compositeur, recrées en 1982 par John Eliot Gardiner justement (avec un livret n’ayant pas été fourni avec les CDs, pour des problèmes d’accord sur les droits possédés par la maison … STIL) étaient reprises ce soir par Marc Minkowski à la MC2 de Grenoble mais en version de concert.

Même si le maître des Musiciens du Louvre Grenoble nous dit y trouver son compte dans une interview, et même si le mettre en scène est sans doute délicat, il reste que la scène manque et que l’on sent bien que certains chanteurs ce soir se seraient volontiers adonné à plus de jeu de scène. Mais l’auditorium, magnifique acoustique, est un peu petit pour le permettre facilement. Ce sera le seul bémol de cette soirée somptueuse.

Car vraiment, ce soir, Rameau rimait avec Minko !! Entourés de jeunes chanteurs, la maestro a fait feu de tout bois certes comme souvent, mais avec ce plus qui le rend irremplaçable dans Rameau. Sa manière de mettre en valeur les bassons (4 ce soir, tout comme les traverso), son instrument de prédilection et capital dans la musique de l’auteur des Boréades, est unique. Mention spéciale aussi auxdits traverso qui ont évoqué les vents de Borée avec tantôt fureur, virtuosité et tendresse. Feu de tout bois disais-je😉

Mais là où j’ai été le plus conquis, c’est par la troupe de chanteurs rassemblée. Peu de noms connus, mis à part Julie Fuchs. Mais ils ne le resteront pas longtemps, cela c’est sûr ! Quelles voix jeunes, timbrées, quel engagement et surtout quelle diction ! Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris un tel plaisir à écouter du français être déclamé et chanté comme ce soir. Mon coup de coeur est certainement pour Manuel Núñez-Camelino (Calisis) qu’il faudra vite voir sur scène, car on sentait chez lui cette envie de jouer, en plus de son timbre qui passe en toute circonstance avec puissance quand il le faut et un fruité de haute contre à la française rare. A suivre assurément. Son “frère” en scène Jean-Gabriel Saint-Martin (Borilée) n’est pas en reste et lui donne la meilleure des répliques possible, jouant lui aussi de son timbre riche. Un couple passant de la séduction à la noire vengeance avec aisance, d’une intelligibilité exemplaire et d’un engagement total. Vraiment Bravo.

Mais le reste de la distribution est à l’avenant avec toujours cette attention au texte qui le rend facile à suivre, même en ne jetant qu’un oeil au surtitrage, surtout pour suivre les formules XVIIIè, bien différentes des nôtres au XXIè siècle. Julie Fuchs donc est une Alphise de toute beauté également, véhémente dans l’évocation de l’orage et caressante quand elle chante l’amour d’Abaris, articulation superlative toujours, ce qui est rare chez une soprano. Samuel Boden est Abaris et son timbre en a la noblesse. Concentré sur son chant (et quel chant), il rentre moins dans le jeu et ne regarde pas assez à mon goût Alphise, même à ses côtés. Mais c’est une version de concert, et de toute façon, encore une fois, difficile de produire du jeu dans ce contexte. S’il semble moins puissant potentiellement que Manuel dans la même tessiture de haute contre à la française, il est aussi plus rond, semble plus marqué par le sort qui s’acharne sur lui et émeut parfaitement dans ses plaintes si prenantes.

Et les seconds rôles sont à l’avenant. Ils viennent semble-t-il en majorité de l’académie européenne d’Aix en Provence et on ne peut que la féliciter de nous confier des artistes d’un tel niveau et aussi d’un tel potentiel.

Nous sommes sortis ravis de la soirée, et moi espérant que les annonces de reprise de Platée ou que la promesse des Indes Galantes par Marc Minkowski arrivera bientôt car j’ai hâte de le retrouver si bien entouré dans ces chefs d’oeuvres absolus de l’histoire de la musique, qui n’ont rien à envier aux grands opéras classiques ou romantiques, fort leur notoriété.

Merci pour ce moment😉

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