Exceptionnels Correspondances

J’aurai assisté dans ma vie à pas mal de concerts et un certain nombre de fabuleux (G. Leonhardt, F. Brüggen, J. Savall, V. Dumestre, C. M. Giulini, A. Brendel…). Ce soir était un tel jour. L’Ensemble Correspondances se produisait pour la 5è fois à la MC2 avec de nouveau leur répertoire favori du grand siècle. Cette fois-ci, après Charpentier, deux fois, ou quatre fois, ils présentaient leur nouveau travail sur des motets de Richard de Lalande.

Et bien que ce soit leur première présentation de ce nouveau programme, ils étaient déjà à un niveau de perfection total, et surtout d’intensité d’interpétation, qui m’ont arraché des larmes de joie lorsqu’ils ont attaqué le “Pie Jesu” final du Dies Irae du compositeur. Il faut dire que ce fut préparé par un solo de soprano divin, et un trio de voix graves, où Lucile Richardot était encore une fois à couper le souffle et la seule voix de bas-dessus féminine digne, à mes oreilles, de se placer au dessus de voix d’hommes sans déséquilibrer le fragile alliage que représente cette composition si magique (Campra !!). On était déjà dans les limbes, mais le sublime venait donc à la fin, avec une précision (quelles attaques de consonnes, quelle diction, quelle respiration d’ensemble), un degré de finition dans les closures de phrase, une connivence entre les chanteurs (les regards lumineux, les sourires échangés), tout cela nous amenant sur un “dona eis requiem” qui restera très longtemps dans ma mémoire.

Comme à la fin du Requiem de Verdi par Giulini auquel j’ai eu la chance d’assister à Paris, je suis resté quelques minutes assis à la fin du concert avant de retrouver l’usage de la parole, tant l’intensité de ce que ces interprètes nous avaient donné était fort. Et pourtant, seulement 4 jours de répétition, un autre programme dans l’intervalle, et finalement une première où cela aurait pu être difficile, après des transports compliqués pour venir à Grenoble un jour de grève nationale. Mais non, du coup une fraîcheur incroyable, une attention palpable, mais des musiciens portés par un même esprit dans le but de transcender cette musique. Dois-je dire que je ne considérais pas de Lalande comme un de mes musiciens préférés, mais ce soir, je révise ma position, évidemment, seulement quand c’est l’Ensemble Correspondance qui l’interprète !

Mais voilà, cet ensemble vit bien, cela se sent, et cette fois le chef n’a pas accompagné, se consacrant complètement aux instrumentistes et au choeur (les solistes étant laissés très libre). Du coup, les mouvements étaient très indicatifs, comme ceux d’un Kleiber, accompagnant toutes les intensions, la diction (exceptionnelle et avec un merveilleux latin gallican cette fois-ci !) étant soulignée (et nous avons bien reçu les ‘p’, les ‘d’ dans la salle, bravo), l’enthousiasme de Sébastien Daucé était communicatif.

Et ces artistes, comme souvent dans le monde de la musique ancienne, restent très accessibles, après le concert, heureux aussi d’échanger avec nous sur ce travail, et de continuer par des explications, le partage autour de la musique.

Soirée mémorable donc, et ce soir, Grenoble avait le niveau de Paris, Londres et Berlin réunies. Du coup, je vous partage le bisou de Lucile Richardot (je l’avais dit dès 2016 qu’elle avait une énorme carrière devant elle !) et où que vous soyez, allez les écouter, c’est juste fabuleux.

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