Archive for the ‘Musique’ Category

Un septennat d’attente

2017/05/14

Lors de la première à Ambronay en 2010, je ne savais pas qui était Falvetti. Je n’étais pas le seul. J’aurai sans doute dû faire confiance à Leonardo Garcia Alarcon déjà présent dans de nombreux disque de l’Ensemble Elyma de Gabriel Garrido. Et puis j’ai écouté le disque paru en 2011 de ce “Il Diluvo Universale” et ce fut un coup de massue : Comment avait-on pu ignorer une telle oeuvre depuis 1682 !!

Elle a pour elle l’énergie, des lignes mélodiques si facile à mémoriser qu’elles s’imprègnent immédiatement dans l’esprit, des effets prenants, une histoire singulière (celle de Noé). Bref tout pour plaire. Surtout, quand un tel chef se l’approprie, en donne une vision engagée, avec des chanteurs complètement en phase avec son approche. C’était décidé, il fallait aller vérifier en concert que cela était bien réel, et ressentir cette musique en direct, éprouver les émotions dans la salle.

Seulement voilà, bien qu’elle fût souvent redonnée à Ambronay, cela ne collait jamais avec nos contraintes, d’autres concerts ou ceux que nous faisions, et je désespérais de pouvoir le voir le temps passant.

Aussi quand j’ai vu en Mai 2016 que l’oeuvre était de nouveau programmée à Lyon pour Mai 2017, j’ai sauté sur l’occasion, réservé les places et bloqué la date. Et bien cette semaine, après 7 ans d’attente, j’ai enfin pu entendre cette pièce à l’Auditorium Maurice Ravel. Certes, ce n’est pas la meilleure acoustique du monde, mais finalement, étant très bien placé en orchestre, on pouvait capter tous les détails (quels archiluths !) et profiter des inflexions des voix de façon très précise. Une mise en espace était faire pour rendre l’histoire plus présente, simple et de bon goût.

La prise de rôle de Roberta Mammeli en Rad a été somptueuse. Le trio avec Magali Arnault Stanczak et Emmanuelle de Negri fait mouche et chavirer la salle. Il faudra le bisser. Du reste le chef nous a gratifié de 4 bis, ce qui n’était que justice (pour nous !) au vu du succès obtenu, que l’on peut vraiment qualifier de triomphe. Les vois de femmes dominent complètement pour moi la distribution. Le Noé de Fernando Guimaraes est noble, mais manque un peu de conviction, ou de puissance pour s’affirmer d’avantage. La Mort de Fabian Schofrin est bien grimée, mais son chant n’est ni agréable (ce que l’on peut comprendre pour un tel personnage) ni prenant. On regrette un Dominique Visse qui serait parfait dans ce genre d’emploi.

Mais vétille ! Les percussions de Keyvan Chemirani apportent un plus indéniable à la musique, sans la trahir, et rendent les danses virevoltante. Bravo au chef pour cette résurrection et surtout de continuer à faire tourner cette production pour que de nombreux autres spectateurs puissent la voir.

Si seulement les organisateurs de la MC2 pouvaient s’inspirer de leurs voisins et convier ce spectacle dans l’auditorium, ce serait une vrai perfection sonore combinée ! A bon entendeur …

Une victoire méritée

2017/05/08

Cela faisait des années qu’il en rêvait: faire partager sa passion à tous ses fans pour un grand oeuvre. Mais cela fut compliqué, il fallait réunir beaucoup de soutiens, dans toute l’Europe si possible, avoir les financements nécessaires (par ces temps de disette budgétaire, c’est délicat), avoir le bon plateau, avec les rôles titres qui pourront s’imposer et faire chavirer et les meilleurs autour de lui pour porter le programme, dont des jeunes pour la mise en scène. Que de persévérance il lui a fallu pour réussir ! Que de travail en amont, comme l’a confirmée la réunion publique à laquelle nous avons pu assister avant le grand moment. Il faut dire qu’on attendait cela depuis si longtemps. En fait depuis l’ancien régime, rien de tel ne s’était produit.

Mais ce samedi, j’ai pu vérifier que tout était vraiment en place et serait parfait pour le jour ultime, ce dimanche.

Alors oui, le grand moment que tous attendaient était enfin là: Jordi Savall nous ramenait Alcione de Marin Marais en France, en la proposant à l’Opéra Comique, séance retransmise aussi sur Mezzo, enregistrée également, ce qui devrait nous assurer non seulement un disque mais surtout un DVD. Et c’est mérité, car depuis 1706, date de sa création et 1771, date de dernière représentation, on ne l’avait pas vue sur scène. Et c’était dommage tant elle représente un pendant à l’Atys de Lully. Depuis qu’il avait découvert Marin Marais en France au début des années 70, Jordi Savall avait, à de nombreuses reprises, tenté d’en redonner le plus bel opéra, après avoir si bien servi les livres de pièces de viole. Mais il lui a fallu attendre 2017 pour y arriver finalement.

Et quel plateau: un Marc Mauillon en Pelée absolument radieux, d’un timbre sonore sans agressivité, touchant dans ses regrets, dosant pianos à merveille et d’une présence remarquable sur scène. Je suis fan ! Mais fan aussi de Cyril Auvity à qui la noblesse de Ceix va très bien, son timbre de haute contre à la française soulignant aussi bien ses effrois que son amour. Lui aussi très bon acteur sur scène nous touche dans ses émois. L’Alcione de Léa Desandre m’est d’abord apparue plus en retrait. Très “potiche” jusqu’à l’acte IV, assez raide dans son jeu (peut-être est-ce voulu par la mise, et même écrit), elle change complètement après l’entracte et mobilise la scène ensuite jusqu’à la fin avec un chant de plus en plus impliqué, des sons filés magnifiques (enfin une soprano dont le vibrato ne supplée pas le besoin de puissance) et un engagement enfin crédible qui rend sa douleur poignante. Certes, encore un peu de raideur dans le jeu, mais l’écoute est si belle, que cela passe au second plan. Les seconds rôles sont fort bons eux aussi, notamment avec une mention spéciale pour Sebastian Monti en Apollon/sommeil avec là aussi un timbre très séduisant. Il jouera vraisemblablement bientôt les premiers rôles à son tour. Avec pour tous un plus fabuleux: une diction exemplaire ! Bravo.

La mise en scène est très centrée sur l’art circassien. Cela passe très bien pour les matelots ou la scène des enfers (effets de groupes rampants superbes), moins à mon goût à d’autres passages où cela surcharge trop la vision et nuit à l’appréciation de la musique (pourtant somptueuse de bout en bout, évidemment, la maestro Savall dirige parmi les meilleurs musiciens de la planète baroque avec un Manfredo Kraemer impérial au premier violon dans ses tenues droites et si justes, ou le traverso poétique de Marc Hantaï, sans oublier mes préférées, les flûtes à bec de Sébastien Marq ou Pierre Hamon, tous habitués du maître catalan).

J’aurai aimé que la balance entre art du cirque et vraie danse soit un peu plus favorable à la seconde, notamment quand on voit la si belle danse d’inspiration baroque effectuée par l’ensemble lors de la célèbre chaconne finale. A noter la participation active des choristes à toute l’action, y compris circassienne, qui donne une grande dynamique au spectacle.

Louise Moaty a finalement plutôt bien réussi cette mise en scène, moderne et symbolique, mais pas artificiellement décalée, un peu trop animée parfois, mais sachant aussi être très poétique, comme la superbe utilisation des drapés pour la scène du temple et de la tempête, sans doute la plus mémorable du spectacle.

Le maestro nous a confirmé que le spectacle tournerait encore, après les dates prévues sur Versailles, Caen ou Barcelone, jusqu’en 2019 ! C’est une très bonne nouvelle qui devrait vous permettre d’aller le voir, si vous n’étiez pas à Paris ce week-end pour pouvoir voter bien sûr.

Et à propos de ceci, il est à noter que ce quinquennat se profile sous les meilleurs auspices du point de vue de la musique savante, avec une utilisation de la neuvième symphonie de Beethoven dès le premier jour. “Pourvou qu’ça doure !” devait dire à son fils à peine plus vieux une mère pleine d’espoir. Et nous aujourd’hui de renchérir, tant pour le soutien à la musique de notre nouveau président, que pour le plaisir toujours renouvelé d’assister au travail époustouflant que réalise Jordi Savall depuis près de 50 ans, notamment pour la défense du répertoire baroque français. La France s’honorerait de lui attribuer le titre de commandeur de la légion d’honneur (puisqu’il l’est déjà pour les Arts et les Lettres, et comme vous pourrez maintenant le vérifier dans Wikipedia qui n’était pas à jour !). Le 14 Juillet est proche 🙂

Spectacle François Ier en Saintonge

2016/10/19

Si le coeur vous en dit, si vous avez un peu de temps aussi en ce week-end de départ en vacances pour certains, venez écouter l’ensemble Variations exceptionnellement en Saintonge, après nous être produits à Biviers et Roussillon, St Ismier et Gières.
Dans ce spectacle autour des arts au temps de François Ier, vous pourrez entendre des pièces sacrées et profanes illustrant la vie du roi, écouter des textes de la Renaissance en rapport et admirer diverses oeuvres d’art du temps du monarque dans un diaporama.

Nous nous produirons:

  • le vendredi 21 Octobre 2016 à 20h30 en l’église St Léger de Cognac
  • le samedi 22 Octobre 2016 à 20H30 à l’Abbaye aux Dames de Saintes

Entrée libre, participation espérée !
Affiche
Nous sommes dix chanteurs et acteurs dans ce magnifique programme d’une heure et demi avec projection de photos et des textes chantés accompagnés de leur traduction, accessible à tout âge. Quelle meilleure manière de commencer des vacances !

En espérant vous y rencontrer et n’hésitez pas à faire passer le message !

Journées Européennes du Patrimoine 2016

2016/09/10

Les Journées Européennes du Patrimoine auront lieu la semaine prochaine les samedi 17 et dimanche 18 Septembre partout en France. Mais je suis sûr que c’est en Isère que vous préférerez vernir 😉

D’abord en raison du fabuleux patrimoine local, et aussi parce que de nombreuses animations viendront les mettre en valeur. Et j’aurai le plaisir d’y contribuer avec l’ensemble Variations !

Tout d’abord nous animerons une promenade musicale entre Bernin et St Nazaire les Eymes avec trois haltes:

  • Au château de La Veyrie de Bernin est à 14h avec un programme médiéval (Rondeau “Fines Amourettes” d’Adam de La Halle, Saltarello, Stella Splendens du Llibre Vermell de Montserrat)
  • le long d’une maison Renaissance La Beyrou de St Nazaire à 14h45 avec un programme ad-hoc ! (La Guerre de Clément Janequin et le Salvum fac Regem de Jean Mouton)
  • enfin, le long du château de St Nazaire à 15h30 avec un programme baroque (Le motet “Unser leben ist ein Schatten” de Johann Bach et une sonate à 2 flûtes à bec de Georg Philip Telemann)

Le temps de nous transporter et de nous installer et à 18h30 nous donnerons notre programme sur les Arts sous François 1er au château de Roussillon.
Concert de Roussillon

Au cours d’une ballade chronologique d’une heure trente couvrant toute la vie de François Ier, notre ensemble illustrera la vie du « Noble Roy François » en chantant des pièces liées aux événements qui ont émaillé sa vie :

  • des chansons parisiennes illustrant ses amours (Le Bergier et la Bergière de Nicolas Gombert, Vous perdez temps de Claudin de Sermisy),
  • des pièces sacrées illustrant la naissance de ses enfants, comme la mort de ses proches, (le Proch Dolor de Josquin Desprez, l’Exalta Regina Galliae de Jean Mouton)
  • des chansons sur les guerres menées, sa capture à Pavie par Charles Quint, son séjour en Espagne (Scaramella de Josquin Desprez, La Guerre de Clément Janequin, Mas vale trocar de Juan del Encina)
  • les tubes de l’époque (El grillo et Mille Regretz de Josquin Desprez, Doulce mémoire de Pierre Sandrin)

Mais plus qu’un concert, nous souhaitons entraîner le spectateur dans une ballade illustrée par le foisonnement artistique de la Renaissance. Aussi ces pièces musicales seront complétées par des extraits de textes poétiques, humoristiques ou politiques contemporains, de Joachim du Bellay, Clément Marot, François Rabelais ou Michel de Montaigne, ainsi que par une projection de photos d’œuvres d’art des grands peintres et statuaires que le roi appréciait tant comme Léonard de Vinci, Jean Clouet ou Le Primatice.

En outre, une mise en espace sera assurée pour permettre au spectateur de suivre au mieux le déroulement de ce programme, et être entièrement replongé cinq cents ans en arrière.

Nom de Zeus, n”hesitez pas à venir nombreux faire cette expérience spatio-temporelle ! Et si vous ne pouvez pas le samedi, rattrapez-vous au moins en venant le dimanche !

Concert de Biviers

Nous serons cette fois en l’église de Biviers, pour contribuer à la remise en place à 17h00 de 2 tableaux du 17ème siècle classés monuments historiques et tout juste restaurés dont nous célébrerons le retour dans l’église par ce spectacle qui débutera à 17h30.

Après, vous êtes conviés à un pot de l’amitié. Que demander de plus !!

Pour les malchanceux qui restent en région parisienne, et voudraient prétexter de cela pour se couler douce, pas d’excuse, non plus, allez écouter le choeur de l’académie d’Etampes dans un autre magnifique programme Renaissance à St Sulpice de Favière !

Et comme toujours pour ces concerts, le prix ne doit pas être un obstacle à l’accès à la musique ancienne donc l’entrée en est libre et notre rémunération sera le sourire que vous aurez à la sortie d’avoir découvert ces merveilles !

Une dernière académie ?

2016/07/09

Peut-être pour moi. Je ne sais pas encore. En tout cas, une académie de musique sacrée de la Renaissance de plus. La 27è pour moi. Car je n’en ai pas raté une seule depuis le début. Normal car nous avions souhaité prolonger le travail que nous faisions avec Jean Belliard au sein de l’ensemble vocal Déchant, et ce rendez-vous estival autour du 14 Juillet s’est transformé rapidement pour moi en l’un de ces moments que l’on attend avec impatience toute l’année.

Depuis deux années déjà, notre Maître subit un désagrément de l’âge, qui est dramatique pour un musicien, la perte progressive de son audition. Alors cette année, après avoir tout fait pour continuer à transmettre sa passion au travers de la musique qu’il aime tant, ces polyphonies sacrées de la Renaissance dont il m’aura fait découvrir l’immensité et l’extraordinaire beauté du répertoire, Jean a décidé de passer le flambeau à sa fille Laudine pour animer cette académie. C’est donc une page d’histoire commune que je dois accepter de tourner, non sans mélancolie, mais avec une multitude de souvenirs plein la tête et de moments de musique fabuleuse partagée grâce à son inspiration. Il a aussi arrêté de diriger le Choeur d’Etampes et l’ensemble Abélard où chantait ma fille Ségolène.

J’espère que les nombreuses heures que nous avons passées tous ensembles à tenter de faire résonner la musique et le texte de notre mieux, sans parvenir à atteindre l’idéal qu’il se fixait, continueront longtemps à lui tourner dans la tête et le remplir de musique malgré tout.

Nous pensons à lui, à cette peine qu’il doit ressentir et j’espère qu’il se console aussi en se remémorant toutes les beautés qu’il a su nous faire découvrir, qu’il nous a entraîné à chanter, toutes ces graines de musique qu’il a semées chez des centaines de choristes, et qui aujourd’hui germent partout grâce à lui. Tant et si bien que moi aussi je me suis mis à transmettre (à mon niveau bien sûr) ce que j’avais reçu de sa part au sein de notre ensemble vocal Variations. Ce qui fait que je ne pourrai assurer le concert de Septembre cette année, car nous nous produirons dans le cadre des journées européennes du patrimoine pour notre programme autour de François Ier à Roussillon (le 17 Septembre à 18h30) et à Biviers (le 18 Septembre à 17h30) en Isère.

Je sais tout ce que je lui dois et combien il a durablement influencé ma vie tout simplement. Et pas qu’en musique.

Alors pour honorer ce contrat moral envers lui, nous allons travailler avec la même assiduité que d’habitude, ma femme, ma fille et moi-même pour perpétuer cette réputation d’excellence qu’il a insufflé pendant 26 académies et faire 3 magnifiques concerts à l’Eglise Saint-Martin d’ETAMPES (91) le vendredi 15 juillet à 21 h, à la Cathédrale St.Etienne de SENS (89) le samedi 16 juillet à 20 h et à l’Abbaye de Fleury à St.BENOIT-SUR-LOIRE (45) le dimanche 17 juillet à 16 h qui nous avait déjà accueilli plusieurs fois et est un lieu magnifique.

Venez découvrir ce répertoire époustouflant de beauté, enivrez-vous de sons et participez à un hommage bien mérité envers ce grand professionnel qui a toujours considéré l’amateur comme son frère en musique.

Ensemble Correspondance: un Art florissant

2016/06/29

Le 2 Juin a eu lieu un magnifique concert à la MC2. L’ensemble Correspondance, dirigé par Sébastien Daucé, a présenté un programme autour de Marc-Antoine Charpentier et de son voyage initiatique en Italie avec les influences qu’il a reçues à cette occasion.

J’avais déjà apprécié le disque qu’ils avaient consacré à Etienne Mouliné et que j’avais trouvé somptueux dans un programme rare. Cela m’avait donné envie de les voir en concert pour juger de la validité de ce jugement car le disque peut être trompeur, manipulé, arrangé, alors qu’un concert ne le peut pas. J’avais réservé ce concert dès Juin 2015 pour finalement le voir donc il y a quelques jours.

Eh bien autant dire que j’ai été emballé ! Très beau travail de prononciation de l’ensemble, clarté d’élocution, équilibre des voix. Avec la magnifique voix de basse d’Emmanuel Vistorky (qui a eu une pièce solo) et la plus belle voix de l’ensemble en la personne de Lucile Richardot, fantastique tessiture de contre-alto/alto/mezzo, timbrée et qui peut s’aligner en puissance face à n’importe quel haute-contre ou contre-ténor. Un vrai régal alors qu’il est si rare d’entendre ce genre de voix, et que depuis celle de Lydwine de Hoog-Belliard avec qui j’ai si longtemps chanté, je n’en avais pas entendue de pareille. Cette artiste a une très belle carrière devant elle. Evidemment, le cornet à bouquin d’Adrien Mabire qui nous a si souvent soutenu lors de nos académies de Juillet était de la partie avec des ornements endiablés.

Splendide programme aussi avec des raretés comme le motet de Tarditi, le Magnificat de Cavalli, un absolu chef d’oeuvre, et surtout la messe à 4 choeurs de Beretta spatialisée dans la MC2, expérience intéressante pour le spectateur placé au centre du son, même si leur attention était du coup beaucoup mobilisée sur la coordination avec le chef sur scène. En revanche, ils étaient regroupés pour la messe à 4 choeurs de Charpentier sur scène et ont là pu donner tout leur c(h)oeur dans les effets soulignant le sens du texte, ce qui était très bien venu.

Ce programme était leur création et à mon avis déjà une belle réussite que je vous engage fortement à aller entendre quand il passera près de chez vous, et tous les retours de mes relations qui ont été extrêmement élogieux aussi sur ce concert.

J’ai eu l’impression d’avoir assisté à la prestation de nouveaux Arts Florissants, eu égard au programme (tant Moulinié que Marc-Antoine Charpentier étaient au programme des premiers disques et concerts de l’ensemble de William Christie). Sébastien Daucé est aussi un claveciniste-chef amoureux de la musique du grand siècle, comme de l’Italie du 17è siècle. Et à les entendre, on ne peut que leur souhaiter une aussi longue continuation et réussite. Ils en prennent le chemin.

Ils seront du reste de nouveau présents sur la saison à venir avec le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier et des motets de Dumont, donc courrez réserver votre place, car il ne devrait pas y en avoir pour tout le monde cette fois-ci !

Quand on pense que sur la saison 2016-2017 à venir, la MC2 a dû diminuer sa programmation de 20 spectacles, c’est fort dommage. Il est important de soutenir le spectacle vivant, car même si j’adore le disque et en possède beaucoup, rien ne remplace l’émotion du concert ! Alors pour soutenir leur action, j’ai posté ce petit mot au président de la république, pour qu’en France on continue (et amplifie) le soutien au spectacle vivant et à la culture, en particulier la musique savante:

“Outre le plaisir direct qu’elle procure à ceux qui y assistent, sous toutes ses manifestations, la culture est une puissance économique majeure pour la France, surtout combinée à la richesse de notre patrimoine.

Il faut lui permettre de se développer pour enrichir notre pays de théâtre, de musique (et surtout de musique savante de *toutes* les époques et lieux), de danse, de peinture, d’architecture et favoriser les lieux de culture aussi lieu de consommation, de nuitées, de repas, de transport, faisant fonctionner notre économie locale, qui plus est non-délocalisable.

Le peu donné ici amènera beaucoup là et les générations futures vous en seront gré !”

Et en ces temps de disette budgétaire, que la MC2 soutienne encore plus la musique ancienne: Nous avons plus de dix siècles de musique à faire connaître. A quand la Messe de Machaut par Diabolus in Musica, un panel de danses celtes par les Witches, les splendides spectacles de Vincent Dumestre et son Poème Harmonique, les antiennes médiévales par Discantus, des danseries italiennes par Doulce Mémoire, des madrigaux de Monteverdi par le Concerto Italiano ou n’importe quoi par Jordi Savall, car tout ce qu’il touche est juste magique….

Ces ensembles sont excellents, demandent bien moins de budget que pour des créations contemporaines, et aporteront beaucoup de plaisir et de découvertes au public grenoblois. la MC2, à vous de jouer !

Spectacle François Ier à l’église de St Ismier ce Samedi 9 Janvier à 20h30

2016/01/09

Si le coeur vous en dit, si vous avez un peu de temps aussi en ce début d’année, venez écouter l’ensemble Variations lors du concert organisé en l’église de St Ismier.

Et n’hésitez pas à faire passer le message !

Dans ce spectacle autour des arts au temps de François Ier, vous pourrez entendre des pièces sacrées et profanes illustrant la vie du roi, écouter des textes de la Renaissance en rapport et admirer diverses oeuvres d’art du temps du monarque:

Eglise St Philibert de St Ismier – Samedi 9 Janvier 2016 à 20h30
Entrée libre

Nous sommes dix chanteurs et acteurs dans ce magnifique programme d’une heure 15 avec projection de photos et des textes chantés, accessible à tout âge. Quelle meilleure manière de commencer 2016 !

En espérant vous y rencontrer !

Spectacle François Ier à l’espace Bertet Musique ce Dimanche 18 Octobre

2015/10/11

Si le coeur vous en dit, si vous avez un peu de temps aussi, venez écouter l’ensemble Variations lors du concert organisé chez Bertet Musique à Gière.
Et n’hésitez pas à faire passer le message !

Dans ce spectacle autour des arts au temps de François Ier, vous pourrez d’entendre des pièces sacrées et profanes illustrant la vie du roi, écouter des textes de la Renaissance en rapport et admirer diverses oeuvres d’art du temps du monarque:

Espace Bertet – Dimanche 18 Octobre à 17h30 – Entrée libre

Nous sommes dix chanteurs et acteurs dans ce magnifique programme avec projection de photos et des textes chantés.

En espérant vous y rencontrer !

La fée, les sorcières et le mage

2014/11/02

Fabuleux week-end musical à Paris entre l’Open World Forum et l’OpenStack Summit !

Les Witches

On commence par les Sorcières pour Haloween bien sûr ce vendredi ! Les Witches avaient annoncé leur concert sur Facebook, dans le cadre du festival Marin Marais, et pour une fois, je l’avais vu et comme je pouvais y assister, j’en ai profité pour les voir “en vrai” pour la première fois 🙂 (j’ai les disques du groupe que je trouve fantastiques).

Eh bien, en vrai c’est … fantastique aussi ! De la jubilation à tous les étages, dans le temple comme à la tribune. Les sorcières jettent des sorts à l’assistance qui bat des pieds et tape des mains en rythme sur les jigs, laments et autres danses d’Angleterre ou des flandres. De l’improvisation à n’en plus finir: comme elles le disent, on ne sait pas sur quel morceau on commence, qui va enchaîner, combien de temps cela va durer, comment on va s’arrêter, ni même parfois quelle tonalité sera utilisée. Mais tout fonctionne par une grande habitude de jeu en équipe (la plupart joue ensemble depuis 30 ans !), une maîtrise totale de son instrument par chaque sorcière (même si elles tentent d’en changer au début de la seconde partie !) et surtout par un plaisir de communier dans ce temple conjointement avec son public. Quel volonté de donner du plaisir, d’inviter le public à participer, en le faisant choisir un enchaînement de pièce ou le premier joueur. Et puis quelle générosité ! Commencé à 20h30 le concert a regroupé 3 parties et s’est terminé après 23h00 sur des bis applaudis longuement par un public conquis.

Les Witches

Les interprètes savent rester accessibles et humbles malgré leur énorme talent. Pour ma part, la dernière fois que j’avais vu Claire Michon jouer de la flûte, c’était au début des années 1980 pour un concert d’I dilettanti et j’ai retrouvé intact sa virtuosité et ses attaques franches et énergiques qui font de cet instrument un pur plaisir quand il est joué comme cela, dans ce répertoire Renaissance où il va si bien (variations sur Daphné de Van Eyck par exemple). D’autres photos sont disponibles sur Picasaweb.

Fontainebleau

Samedi, la journée fut passée à préparer le nouveau programme de l’ensemble Variations que je dirige consacré au règne de François Ier, en visitant le château de Fontainebleau où il a laissé de nombreuses traces, et dont les photos serviront à illustrer notre spectacle. Le soir, de retour sur Paris, il était temps de voir la fée au théâtre des Champs Elysées.

TCE

Là aussi, c’était la première fois que j’avais l’occasion de voir Cecilia Bartoli sur scène. Et là encore, ce fut une rencontre placée sur le principe de la générosité. La première partie du programme consacré à la musique en Russie au XVIIIème siècle et ses influences italiennes était en entrée en matière. L’entrée en scène est un peu trop scénographiée à mon goût (mais il ravira les amateur de traîne !). De même après chaque air, la diva congratule ses partenaires solistes, et on se demande si cette scénographie n’est pas un peu trop forcée. Mais ce serait oublier l’énorme vitalité de la chanteuse italienne. Et sa nature extravertie qui, une fois comprise, fait la différence, comme la veille pour nos sorcières.

Cecilia Bartoli

La seconde partie ne fut qu’une montée en puissance vers le dernier air officiel, véritable pyrotechnie vocale qui terminait en beauté une série d’airs tendres ou virtuoses de la plus belle manière. Quel engagement, quelle justesse d’expression et de notes alors quelles se succèdent à une vitesse qu’il semble impossible à une voix d’enchaîner à cette vitesse et cette dynamique. Quelle incarnation des rôles de la part de La Bartoli, au sommet de son art. Mais ce sont les bis qui ont fait vraiment chaviré la salle. Après avoir chanté à ce niveau au moins 1h30 durant (il y avait aussi des pièces instrumentales par les Barochisti de Diego Fasolis), elle enchaîne sur Steffani à tomber, des Vivaldi de folie, incitant chaque fois le public à en redemander ! Ce qu’il ne se fait pas prier de faire sous les acclamations.

Et là vient son air avec trompette, où elle aussi va improviser des réponses à des motifs que la trompette énonce. Alors que jusque là tout est toujours sous contrôle, elle se lâche complètement, reprend avec humour ce qu’elle pense avoir compris de la phrase de la trompette, s’arrête, ironise en français avec le public et finit avec une salle conquise. Elle a là montré qu’elle aussi savait prendre de risques, un réel plaisir à partager et sortir de la trace qu’elle avait faite tout au long du récital (qui était en tout point remarquable, pas de reproche de ma part bien sûr). Mais le supplément d’âme qu’elle a donné dans ces bis m’a fait revisiter ce que j’avais entendu jusque là pour conclure que cette artiste est absolument unique (je le savais déjà) et totalement investie pour la musique et transmettre le plaisir à ses spectateurs/auditeurs, jusqu’à aller au delà de ce qu’elle a prévu.

Alors évidemment, quand elle est re-rentrée sur scène avec sa tenue russe et sa toque blanche, la salle a rugi de plaisir. Au début, j’aurai dit too much. Là j’ai juste pensé bravo ! Plus de 2h00 de chant avec des ribambelles de notes, roulades et ornements, comme de pianissimos éthérés et de notes retenues et sussurées. Un succès absolu, qui confirme les CDs et DVDs (le Vivaldi !) que j’ai regardés depuis sa Cenerentola de Rossini où elle crevait l’écran. Un récital à voir, même si il n’y en aura sûrement pas pour tout le monde. Elle repasse au théâtre des Champs Elysées Vendredi prochain 7 Novembre. Courrez-y !

Aujourd’hui, Dimanche, c’était mon tour de pratiquer. J’ai pu de nouveau chanter avec ma fille dans l’ensemble Abélard dirigé par Jean Belliard pour une répétition de leur nouveau programme de motets de la Renaissance (what else !).

Quel plaisir simple de déchiffrer avec des amis les chefs d’oeuvre de cette période, notamment ceux de Josquin Desprez. Le “Super Flumina Babylonis” de Palestrina est une pièce que je chante depuis plus de 35 ans avec toujours le même plaisir. Surtout en si bonne compagnie.

Un bien beau week-end qui s’est fini par un repas partagé ensemble. De quoi donner de l’énergie pour toute la semaine qui vient. Merci à tous ces artistes qui donnent sans compter pour que nous puissions recevoir.

Rameau rime avec Minko !

2014/10/04

J’ai découvert Jean-Philippe Rameau, dont on fête cette année le 250è anniversaire de la mort, par ses splendides oeuvres pour clavecin, au milieu des années 70 et notamment sous les doigts de Scott Ross chez STIL un peu après. Aussi, lorsque j’ai commencé à m’intéresser à l’opéra, bien plus tard, c’est avec Marc Minkowski et son fabuleux Platée que j’ai fait mes gammes en 1988.

La possibilité de le voir à l’opéra Garnier avec ma femme lors de la deuxième reprise en 1999 nous a laissé un souvenir marquant d’un spectacle total, alliant la perfection de l’expression du texte, à une mise en valeur de l’orchestration du maître dijonnais par les musiciens dirigés par Marc Minkowski, des chanteurs hors norme comme la Folie de Mireille Delunch ou la mise en scène inventive et novatrice, mais parfaitement en phase avec la volonté originelle de l’auteur de Laurent Pelly.

C’est du reste un spectacle dont j’ai acheté le DVD dès sa sortie en 2002 et qui a tout de suite passionné mes enfants, sensibilisés à la musique savante mais pas particulièrement fans d’opéra pour autant. Pourtant cette vision les a tout de suite attiré et conquis. Quelle meilleure preuve de la qualité de ce spectacle ? Eh bien peut-être le fait qu’ils étaient tous volontaires pour aller le voir sur scène au Palais Garnier lors de la reprise de 2009 et qu’ils en sont sortis emballés de l’avoir vu “en vrai”.

De mon côté, je l’avais revu en arrivant sur Grenoble en version concert (plaisant, mais bien loin du plaisir procuré par la mise en scène !). Sinon j’ai bien sûr chéri les autres Rameau que Marc Minkowski a enregistrés (Hippolyte Et Aricie, Dardanus), sans daidaigner les Indes Galantes, Zoroastre ou Castor et Pollux de William Christie ou les Boréades de John Eliot Gardiner.

Justement ces Boréades un peu maudites, non représentées du vivant du compositeur, recrées en 1982 par John Eliot Gardiner justement (avec un livret n’ayant pas été fourni avec les CDs, pour des problèmes d’accord sur les droits possédés par la maison … STIL) étaient reprises ce soir par Marc Minkowski à la MC2 de Grenoble mais en version de concert.

Même si le maître des Musiciens du Louvre Grenoble nous dit y trouver son compte dans une interview, et même si le mettre en scène est sans doute délicat, il reste que la scène manque et que l’on sent bien que certains chanteurs ce soir se seraient volontiers adonné à plus de jeu de scène. Mais l’auditorium, magnifique acoustique, est un peu petit pour le permettre facilement. Ce sera le seul bémol de cette soirée somptueuse.

Car vraiment, ce soir, Rameau rimait avec Minko !! Entourés de jeunes chanteurs, la maestro a fait feu de tout bois certes comme souvent, mais avec ce plus qui le rend irremplaçable dans Rameau. Sa manière de mettre en valeur les bassons (4 ce soir, tout comme les traverso), son instrument de prédilection et capital dans la musique de l’auteur des Boréades, est unique. Mention spéciale aussi auxdits traverso qui ont évoqué les vents de Borée avec tantôt fureur, virtuosité et tendresse. Feu de tout bois disais-je 😉

Mais là où j’ai été le plus conquis, c’est par la troupe de chanteurs rassemblée. Peu de noms connus, mis à part Julie Fuchs. Mais ils ne le resteront pas longtemps, cela c’est sûr ! Quelles voix jeunes, timbrées, quel engagement et surtout quelle diction ! Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris un tel plaisir à écouter du français être déclamé et chanté comme ce soir. Mon coup de coeur est certainement pour Manuel Núñez-Camelino (Calisis) qu’il faudra vite voir sur scène, car on sentait chez lui cette envie de jouer, en plus de son timbre qui passe en toute circonstance avec puissance quand il le faut et un fruité de haute contre à la française rare. A suivre assurément. Son “frère” en scène Jean-Gabriel Saint-Martin (Borilée) n’est pas en reste et lui donne la meilleure des répliques possible, jouant lui aussi de son timbre riche. Un couple passant de la séduction à la noire vengeance avec aisance, d’une intelligibilité exemplaire et d’un engagement total. Vraiment Bravo.

Mais le reste de la distribution est à l’avenant avec toujours cette attention au texte qui le rend facile à suivre, même en ne jetant qu’un oeil au surtitrage, surtout pour suivre les formules XVIIIè, bien différentes des nôtres au XXIè siècle. Julie Fuchs donc est une Alphise de toute beauté également, véhémente dans l’évocation de l’orage et caressante quand elle chante l’amour d’Abaris, articulation superlative toujours, ce qui est rare chez une soprano. Samuel Boden est Abaris et son timbre en a la noblesse. Concentré sur son chant (et quel chant), il rentre moins dans le jeu et ne regarde pas assez à mon goût Alphise, même à ses côtés. Mais c’est une version de concert, et de toute façon, encore une fois, difficile de produire du jeu dans ce contexte. S’il semble moins puissant potentiellement que Manuel dans la même tessiture de haute contre à la française, il est aussi plus rond, semble plus marqué par le sort qui s’acharne sur lui et émeut parfaitement dans ses plaintes si prenantes.

Et les seconds rôles sont à l’avenant. Ils viennent semble-t-il en majorité de l’académie européenne d’Aix en Provence et on ne peut que la féliciter de nous confier des artistes d’un tel niveau et aussi d’un tel potentiel.

Nous sommes sortis ravis de la soirée, et moi espérant que les annonces de reprise de Platée ou que la promesse des Indes Galantes par Marc Minkowski arrivera bientôt car j’ai hâte de le retrouver si bien entouré dans ces chefs d’oeuvres absolus de l’histoire de la musique, qui n’ont rien à envier aux grands opéras classiques ou romantiques, fort leur notoriété.

Merci pour ce moment 😉