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Lettre ouverte aux représentants de la nation

2015/04/21

Cette lettre se veut un lancement d’alerte auprès de nos représentants démocratiquement élus de tout bord concernant l’examen en cours par le parlement de la “loi sur le renseignement”

Je réagis en tant qu’amateur du logiciel libre et de données ouvertes à titre privé, membre de l’AFUL, comme de l’APRIL, aussi bien que comme professionnel, en tant que citoyen que l’on va priver d’un de ses droits fondamentaux, en tant qu’électeur qui refuse de se reconnaître dans le premier vote effectué et demande instamment à tous nos représentants de se documenter avant de voter juste comme on leur a dit de voter.

Un certain nombre d’articles décrivent très bien les dérives vers lesquelles vont nous entraîner un vote en l’état de cette loi. Celui de Laurent Chemla sur Mediapart par exemple, ou celui de la Quadrature du Net vont donneront assez de matière pour réfléchir, et comprendre l’appauvrissement numérique qui gagne la France avec tous ses services associatifs et professionnels qui vont quitter le pays.

De plus, qui peut vraiment souhaiter vouloir qu’une boite noire en dehors de tout contrôle juridique amasse la plus grande collection de données possible pour la traiter selon le bon vouloir du gouvernement du moment. Comme nous ne savons pas lequel sortira des urnes en 2017, c’est donner un blanc-seing potentiellement à des partis dont on ne souhaite pas qu’ils aient une vue complète sur tout ce que vous échangez.

Va-t-il falloir tout crypter (chiffrer pour les puristes), du simple message de coucou, à ceux échangés autour de la musique renaissance (qui permet de faire des concerts sans droits d’auteur mais cela déplaira à la Sacem qui demandera à un ami un accès aux boites noires pour voir ce que je complote, ce que personne ne pourra contrôler du reste), ceux échangés au sein des conseils d’administration auxquels je contribue (le gouvernement saura ainsi que j’ai voté oui pour que l’AFUL se positionne contre cette loi), ceux que j’envoie à ma banque pour faire une opération, les sites que je consulte et ceux que je ne consulte pas, … On n’a pas besoin d’être terroriste pour vouloir faire respecter un niveau de confidentialité de son activité numérique.

A-t-on envisagé l’impact sur les sociétés ayant des sièges à l’étranger sur leur volonté de communiquer avec leur filiales potentiellement espionnées en France ? A-t-on mesuré l’impact sur les ONG et le travail qu’elles font partout dans le monde, quand elles réaliseront que tout ce qu’elle font (et elles dépendent complètement de l’Internet aujourd’hui pour fonctionner comme les précédentes et les suivantes) est potentiellement espionable ? Et les associations loi de 1901 ? Et les partis politiques, les syndicats, les juges, les avocats, les journalistes ? La CFTC Metallurgie 91 par exemple est hébergée chez Free par exemple. La confidentialité d’adhésion va du coup est sérieusement mise à mal non ? Et ce n’est qu’un des nombreux aspects où la surveillance de masse (puisque faite en coeur de réseau chez les opérateurs de l’Internet systématiquement, elle est donc de masse) aveugle pose problème.

Pourquoi ne pas simplement déjà appliquer la loi telle qu’elle est ? Elle a permis de mettre sur écoute les personnes qui allaient plus tard commettre des attentats (malheureusement pour les victimes, la surveillance légale et contrôlée a été arrêtée trop tôt) sans que cela soit une atteinte à la liberté des 65 autres millions de français ? Les lois actuelles, même si elles ne sont pas parfaites, ont permis à notre société de grandir et croître jusqu’ici. Il suffit de continuer à demander l’autorisation d’un juge pour mettre une personne sur écoute Internet. Au moins, il y aura des traces des raisons pour lesquelles cela est fait.

Messieurs et Mesdames les députés et sénateurs, cette frénésie pour légiférer n’est pas une preuve d’action. Par le simple fait qu’un ministre dise dans l’assemblée que la vie privée n’est pas une liberté vous devriez sérieusement prendre du temps pour examiner le projet, reconsidérer les amendements proposés et agir non en suivant la consigne de groupe, mais votre propre choix car sur un tel texte, on n’est pas de droite ou de gauche, on est pour la liberté individuelle et la vie privée (comme dans la constitution européenne) ou contre. Nous, citoyens, aurons le nom de tous ceux qui n’auront pas eu le courage de voter en leur âme et conscience pour léguer un Internet ouvert et respectueux des libertés de chacun à nos enfants.

En attendant, je vais leur apprendre les principes de bases des clés publiques et privées, et faire quelques essais sur le cryptage (aka chiffrement) systématique de nos communications. Cela contribuera au réchauffement climatique car nos ordinateurs, comme ceux qui tentent d’analyser les contenus, auront beaucoup plus de travail à faire (donc plus de consommation d’énergie pour y arriver).

Et n’oubliez pas que vous êtes des citoyens comme les autres de ce point de vue, et que donc vos informations bancaires, d’impots, d’opinions, … seront elles aussi stockées dans ces merveilleuses boites noires d’où l’on pourra extraire ce que l’on voudra. Finalement, on y gagnera sur l’automatisation de la déclaration de votre patrimoine en ligne qui sera grandement simplifiée, … et nécessairement juste. Mais ce ne sera qu’un petit pas pour la démocratie finalement non ?

Dans l’attente de consulter vos votes prochains sur ce projet de loi, et en espérant que vous éviterez à la France d’être à l’avenir comparée à la Corée du Nord, je vous souhaite une bonne lecture des références mentionnées plus haut pour vous forger une opinion par vous-même.

Tout à voir

2015/01/08

Je pensais que ce billet n’avait pour une fois rien à voir avec ce dont je parle habituellement: l’informatique libre et la musique ancienne. Mais en fait si.

Parler de ce qui s’est passé est impossible. Se taire serait intolérable.

Faire du logiciel libre, c’est promouvoir une forme de liberté. Liberté de contrôler son environnement numérique, de penser le logiciel d’une certaine manière, d’échanger facilement avec d’autres qui ne font pas comme vous car on respecte des chartes d’interopérabilité comme des constitutions.

Faire de la musique ancienne, c’est promouvoir une forme rare et profonde de culture qui montre la continuité par delà les époques, qui promeut par la chanson parisienne de de Janequin par exemple une forme complexe mais subtile si représentative pour moi de l’esprit français, c’est faire partager par l’émotion suscitée l’amour de la différence et du beau.

Aujourd’hui on a tenté de détruire deux des socles fondamentaux de notre démocratie à la française, la liberté et la culture.

Je n’aimais pas vraiment l’humour de Charlie Hebdo. J’ai le droit de le penser. Et alors ! tout le monde se fiche de ce que je pense, du moment qu’eux ont le droit de s’exprimer et de d’échanger autour de leurs idées, comme je peux moi échanger autour des miennes mentionnées plus haut. Comme ne l’a pas dit Voltaire: « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire »

Alors ce soir, moi aussi comme l’immense majorité des démocrates de tous les pays, je suis Charlie.

Finalement, parler est possible. Revenons en à notre devise:

Liberté de la presse et de la pensée
Egalité dans la laïcité et notre capacité de croire en ce que nous voulons,
Fraternité envers les victimes et leurs familles

La fée, les sorcières et le mage

2014/11/02

Fabuleux week-end musical à Paris entre l’Open World Forum et l’OpenStack Summit !

Les Witches

On commence par les Sorcières pour Haloween bien sûr ce vendredi ! Les Witches avaient annoncé leur concert sur Facebook, dans le cadre du festival Marin Marais, et pour une fois, je l’avais vu et comme je pouvais y assister, j’en ai profité pour les voir “en vrai” pour la première fois :-) (j’ai les disques du groupe que je trouve fantastiques).

Eh bien, en vrai c’est … fantastique aussi ! De la jubilation à tous les étages, dans le temple comme à la tribune. Les sorcières jettent des sorts à l’assistance qui bat des pieds et tape des mains en rythme sur les jigs, laments et autres danses d’Angleterre ou des flandres. De l’improvisation à n’en plus finir: comme elles le disent, on ne sait pas sur quel morceau on commence, qui va enchaîner, combien de temps cela va durer, comment on va s’arrêter, ni même parfois quelle tonalité sera utilisée. Mais tout fonctionne par une grande habitude de jeu en équipe (la plupart joue ensemble depuis 30 ans !), une maîtrise totale de son instrument par chaque sorcière (même si elles tentent d’en changer au début de la seconde partie !) et surtout par un plaisir de communier dans ce temple conjointement avec son public. Quel volonté de donner du plaisir, d’inviter le public à participer, en le faisant choisir un enchaînement de pièce ou le premier joueur. Et puis quelle générosité ! Commencé à 20h30 le concert a regroupé 3 parties et s’est terminé après 23h00 sur des bis applaudis longuement par un public conquis.

Les Witches

Les interprètes savent rester accessibles et humbles malgré leur énorme talent. Pour ma part, la dernière fois que j’avais vu Claire Michon jouer de la flûte, c’était au début des années 1980 pour un concert d’I dilettanti et j’ai retrouvé intact sa virtuosité et ses attaques franches et énergiques qui font de cet instrument un pur plaisir quand il est joué comme cela, dans ce répertoire Renaissance où il va si bien (variations sur Daphné de Van Eyck par exemple). D’autres photos sont disponibles sur Picasaweb.

Fontainebleau

Samedi, la journée fut passée à préparer le nouveau programme de l’ensemble Variations que je dirige consacré au règne de François Ier, en visitant le château de Fontainebleau où il a laissé de nombreuses traces, et dont les photos serviront à illustrer notre spectacle. Le soir, de retour sur Paris, il était temps de voir la fée au théâtre des Champs Elysées.

TCE

Là aussi, c’était la première fois que j’avais l’occasion de voir Cecilia Bartoli sur scène. Et là encore, ce fut une rencontre placée sur le principe de la générosité. La première partie du programme consacré à la musique en Russie au XVIIIème siècle et ses influences italiennes était en entrée en matière. L’entrée en scène est un peu trop scénographiée à mon goût (mais il ravira les amateur de traîne !). De même après chaque air, la diva congratule ses partenaires solistes, et on se demande si cette scénographie n’est pas un peu trop forcée. Mais ce serait oublier l’énorme vitalité de la chanteuse italienne. Et sa nature extravertie qui, une fois comprise, fait la différence, comme la veille pour nos sorcières.

Cecilia Bartoli

La seconde partie ne fut qu’une montée en puissance vers le dernier air officiel, véritable pyrotechnie vocale qui terminait en beauté une série d’airs tendres ou virtuoses de la plus belle manière. Quel engagement, quelle justesse d’expression et de notes alors quelles se succèdent à une vitesse qu’il semble impossible à une voix d’enchaîner à cette vitesse et cette dynamique. Quelle incarnation des rôles de la part de La Bartoli, au sommet de son art. Mais ce sont les bis qui ont fait vraiment chaviré la salle. Après avoir chanté à ce niveau au moins 1h30 durant (il y avait aussi des pièces instrumentales par les Barochisti de Diego Fasolis), elle enchaîne sur Steffani à tomber, des Vivaldi de folie, incitant chaque fois le public à en redemander ! Ce qu’il ne se fait pas prier de faire sous les acclamations.

Et là vient son air avec trompette, où elle aussi va improviser des réponses à des motifs que la trompette énonce. Alors que jusque là tout est toujours sous contrôle, elle se lâche complètement, reprend avec humour ce qu’elle pense avoir compris de la phrase de la trompette, s’arrête, ironise en français avec le public et finit avec une salle conquise. Elle a là montré qu’elle aussi savait prendre de risques, un réel plaisir à partager et sortir de la trace qu’elle avait faite tout au long du récital (qui était en tout point remarquable, pas de reproche de ma part bien sûr). Mais le supplément d’âme qu’elle a donné dans ces bis m’a fait revisiter ce que j’avais entendu jusque là pour conclure que cette artiste est absolument unique (je le savais déjà) et totalement investie pour la musique et transmettre le plaisir à ses spectateurs/auditeurs, jusqu’à aller au delà de ce qu’elle a prévu.

Alors évidemment, quand elle est re-rentrée sur scène avec sa tenue russe et sa toque blanche, la salle a rugi de plaisir. Au début, j’aurai dit too much. Là j’ai juste pensé bravo ! Plus de 2h00 de chant avec des ribambelles de notes, roulades et ornements, comme de pianissimos éthérés et de notes retenues et sussurées. Un succès absolu, qui confirme les CDs et DVDs (le Vivaldi !) que j’ai regardés depuis sa Cenerentola de Rossini où elle crevait l’écran. Un récital à voir, même si il n’y en aura sûrement pas pour tout le monde. Elle repasse au théâtre des Champs Elysées Vendredi prochain 7 Novembre. Courrez-y !

Aujourd’hui, Dimanche, c’était mon tour de pratiquer. J’ai pu de nouveau chanter avec ma fille dans l’ensemble Abélard dirigé par Jean Belliard pour une répétition de leur nouveau programme de motets de la Renaissance (what else !).

Quel plaisir simple de déchiffrer avec des amis les chefs d’oeuvre de cette période, notamment ceux de Josquin Desprez. Le “Super Flumina Babylonis” de Palestrina est une pièce que je chante depuis plus de 35 ans avec toujours le même plaisir. Surtout en si bonne compagnie.

Un bien beau week-end qui s’est fini par un repas partagé ensemble. De quoi donner de l’énergie pour toute la semaine qui vient. Merci à tous ces artistes qui donnent sans compter pour que nous puissions recevoir.

Rameau rime avec Minko !

2014/10/04

J’ai découvert Jean-Philippe Rameau, dont on fête cette année le 250è anniversaire de la mort, par ses splendides oeuvres pour clavecin, au milieu des années 70 et notamment sous les doigts de Scott Ross chez STIL un peu après. Aussi, lorsque j’ai commencé à m’intéresser à l’opéra, bien plus tard, c’est avec Marc Minkowski et son fabuleux Platée que j’ai fait mes gammes en 1988.

La possibilité de le voir à l’opéra Garnier avec ma femme lors de la deuxième reprise en 1999 nous a laissé un souvenir marquant d’un spectacle total, alliant la perfection de l’expression du texte, à une mise en valeur de l’orchestration du maître dijonnais par les musiciens dirigés par Marc Minkowski, des chanteurs hors norme comme la Folie de Mireille Delunch ou la mise en scène inventive et novatrice, mais parfaitement en phase avec la volonté originelle de l’auteur de Laurent Pelly.

C’est du reste un spectacle dont j’ai acheté le DVD dès sa sortie en 2002 et qui a tout de suite passionné mes enfants, sensibilisés à la musique savante mais pas particulièrement fans d’opéra pour autant. Pourtant cette vision les a tout de suite attiré et conquis. Quelle meilleure preuve de la qualité de ce spectacle ? Eh bien peut-être le fait qu’ils étaient tous volontaires pour aller le voir sur scène au Palais Garnier lors de la reprise de 2009 et qu’ils en sont sortis emballés de l’avoir vu “en vrai”.

De mon côté, je l’avais revu en arrivant sur Grenoble en version concert (plaisant, mais bien loin du plaisir procuré par la mise en scène !). Sinon j’ai bien sûr chéri les autres Rameau que Marc Minkowski a enregistrés (Hippolyte Et Aricie, Dardanus), sans daidaigner les Indes Galantes, Zoroastre ou Castor et Pollux de William Christie ou les Boréades de John Eliot Gardiner.

Justement ces Boréades un peu maudites, non représentées du vivant du compositeur, recrées en 1982 par John Eliot Gardiner justement (avec un livret n’ayant pas été fourni avec les CDs, pour des problèmes d’accord sur les droits possédés par la maison … STIL) étaient reprises ce soir par Marc Minkowski à la MC2 de Grenoble mais en version de concert.

Même si le maître des Musiciens du Louvre Grenoble nous dit y trouver son compte dans une interview, et même si le mettre en scène est sans doute délicat, il reste que la scène manque et que l’on sent bien que certains chanteurs ce soir se seraient volontiers adonné à plus de jeu de scène. Mais l’auditorium, magnifique acoustique, est un peu petit pour le permettre facilement. Ce sera le seul bémol de cette soirée somptueuse.

Car vraiment, ce soir, Rameau rimait avec Minko !! Entourés de jeunes chanteurs, la maestro a fait feu de tout bois certes comme souvent, mais avec ce plus qui le rend irremplaçable dans Rameau. Sa manière de mettre en valeur les bassons (4 ce soir, tout comme les traverso), son instrument de prédilection et capital dans la musique de l’auteur des Boréades, est unique. Mention spéciale aussi auxdits traverso qui ont évoqué les vents de Borée avec tantôt fureur, virtuosité et tendresse. Feu de tout bois disais-je ;-)

Mais là où j’ai été le plus conquis, c’est par la troupe de chanteurs rassemblée. Peu de noms connus, mis à part Julie Fuchs. Mais ils ne le resteront pas longtemps, cela c’est sûr ! Quelles voix jeunes, timbrées, quel engagement et surtout quelle diction ! Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris un tel plaisir à écouter du français être déclamé et chanté comme ce soir. Mon coup de coeur est certainement pour Manuel Núñez-Camelino (Calisis) qu’il faudra vite voir sur scène, car on sentait chez lui cette envie de jouer, en plus de son timbre qui passe en toute circonstance avec puissance quand il le faut et un fruité de haute contre à la française rare. A suivre assurément. Son “frère” en scène Jean-Gabriel Saint-Martin (Borilée) n’est pas en reste et lui donne la meilleure des répliques possible, jouant lui aussi de son timbre riche. Un couple passant de la séduction à la noire vengeance avec aisance, d’une intelligibilité exemplaire et d’un engagement total. Vraiment Bravo.

Mais le reste de la distribution est à l’avenant avec toujours cette attention au texte qui le rend facile à suivre, même en ne jetant qu’un oeil au surtitrage, surtout pour suivre les formules XVIIIè, bien différentes des nôtres au XXIè siècle. Julie Fuchs donc est une Alphise de toute beauté également, véhémente dans l’évocation de l’orage et caressante quand elle chante l’amour d’Abaris, articulation superlative toujours, ce qui est rare chez une soprano. Samuel Boden est Abaris et son timbre en a la noblesse. Concentré sur son chant (et quel chant), il rentre moins dans le jeu et ne regarde pas assez à mon goût Alphise, même à ses côtés. Mais c’est une version de concert, et de toute façon, encore une fois, difficile de produire du jeu dans ce contexte. S’il semble moins puissant potentiellement que Manuel dans la même tessiture de haute contre à la française, il est aussi plus rond, semble plus marqué par le sort qui s’acharne sur lui et émeut parfaitement dans ses plaintes si prenantes.

Et les seconds rôles sont à l’avenant. Ils viennent semble-t-il en majorité de l’académie européenne d’Aix en Provence et on ne peut que la féliciter de nous confier des artistes d’un tel niveau et aussi d’un tel potentiel.

Nous sommes sortis ravis de la soirée, et moi espérant que les annonces de reprise de Platée ou que la promesse des Indes Galantes par Marc Minkowski arrivera bientôt car j’ai hâte de le retrouver si bien entouré dans ces chefs d’oeuvres absolus de l’histoire de la musique, qui n’ont rien à envier aux grands opéras classiques ou romantiques, fort leur notoriété.

Merci pour ce moment ;-)

In memoriam Frans Brüggen

2014/09/21

Dans l’article que j’avais écrit pour la disparition de Gustav Leonhardt, je disais justement:

“Ce maître artiste a dédié sa vie à la musique, jusqu’à en faire le sacrifice en se produisant jusqu’à la fin. Il m’a fait aimer le clavecin plus que mon propre instrument (la flûte à bec qu’un Frans Brüggen a si bien illustré avec son accompagnement). Il a contribué à graver une intégrale des cantates de Bach qui a fait date et reste, par sa diffusion sur France Musique par Jacques Merlet, une de mes nombreuses initiations à la musique, de celles qui vous marquent pour la vie.” [Jacques Merlet qu est aussi décédé tout récemment et qui fut un passeur fantastique aussi à sa manière]

Alors parlons de Frans Brüggen, disparu récemment lui aussi, à l’heure où notre éducation nationale ne souhaite plus utiliser la flûte à bec comme instrument d’initiation à la musique, pour préférer la voix. Dommage car si peu semblent le regretter, moi c’est par elle que je suis venu à la musique, grâce à un professeur de collège fabuleux, Guy Miaille, éllève d’Henri Carol, et bien sûr au pape de l’instrument, Frans Brüggen.

Ce petit tuyau percé, déjà utilisé par les bergers dans l’antiquité, et sans doute le premier instrument de musique fabriqué dans des temps encore plus reculés, est un vrai instrument qui peut charmer comme peu d’autres peuvent le faire quand il est joué comme le maître hollandais le faisait.

Si l’on écoute partition à la main la Folia de Corelli, on se rend compte de l’ingéniosité de l’ornementation que le maître savait déployer, et renouveler car les autres enregistrements de la même pièce en comportent d’autres, même si celles-ci restent mes préférées tant elle semblent faire partie de la pièce originale.

Son travail de coup de langue (double et triple) lui permettait d’avoir une très grande vélocité, que ses doigts agiles pouvaient suivre (à mon grand dam quand j’essayais de jouer par dessus lui !). Il a vraiment réintroduit l’usage de l’instrument, défriché le répertoire, français également avec Hotteterre, et évidemment allemand avec Telemann – quelles sonates du Getreuer Musik Meister ou encore le double concerto pour flûte ) bec et traverso avec Frans Vester et bien sûr Bach, tant dans la partita BWV 1013, pièce que j’ai passé des heures à travailler pour tenter de faire aussi bien que lui – on peut rêver non ! – ou les brandbourgeois par exemple. Quant à son Opus 10 de Vivaldi avec les prémices de l’orchestre du XVIIIè siècle, il reste pour moi un disque inégalable de fruité, d’énergie et timbres.

Autant que mon professeur Guy Miaille, Frans Brüggen a été un maître qui m’a enseigné l’amour de cet instrument, m’a donné la volonté de travailler pour tenter d’obtenir cette pureté de son qui me fait toujours rêver et cette agilité qui permet de franchir les obstacles techniques pour se concentrer sur la musicalité, le sens et la beauté de la phrase. Un maître qui ne se lassait jamais de me remontrer la bonne manière de faire, il me suffisait de me lever et d’aller replacer le diamant de la platine au début de la face du disque 33 tours pour en profiter de nouveau !!

Entre lui et David Munrow pour les instruments périphériques (cromorne, hautbois du poictou, cornamuse) j’ai eu les meilleurs maîtres en complément et cela m’a permis de découvrir un immense répertoire d’une grande beauté qui continue de m’accompagner. Pourvu que Teldec ressorte certains des disques du virtuose néerlandais qui n’ont pas été réédités ainsi que ceux qui l’étaient déjà, et propose une grande intégrale et montre ainsi à tous les enfants martyrisés par des cours de flûte mal assumés, combien cet instrument est musique, combien il peut susciter d’émotion et amener à la découverte de compositeurs (Marcello, Barsanti, Sammartini) et d’oeuvres (Sonates de Haendel, Fantaisies de Telemann, La pavanne Lachrimae de Van Eyck, La cantate BWV 106 de Bach “Actus Tragicus”) au combien prenantes.

Même si il avait choisi de poursuivre son attachement à la musique par la direction d’orchestre par la suite (quelles suites de Rameau il laisse au disque) Frans Brüggen reste pour moi le modèle absolu de cet instrument mal aimé pour de mauvaises raisons qu’est la flûte à bec, dont il joue maintenant dans les sphères célestes. Un grand merci me vient aux lèvres en pensant à ce fabuleux leg discographique qu’il nous a donné. Aujourd’hui les flûtistes que vous entendez jouer ont souvent été de ses élèves, ou les élèves de ses élèves. Après deux siècles d’interruption, la lignée des flûtistes à bec est de nouveau bien vivante, grâce à lui.

Découvrez la musique sacrée de la Renaissance…

2014/08/31

… dans les meilleures conditions possibles:

Affiche concert

  • Le concert proposé est gratuit mais de grande valeur.
  • Les oeuvres données sont des chefs d’oeuvre absolus de la musique sacrée de la Renaissance. La profondeur du Requiem de Victoria n’a rien à envier à celui de Mozart, Verdi, Fauré, quoique dans une approche esthétique différente bien entendu.
  • Le lieu, l’église de St Sulpice de Favière, petite soeur en Essonne de la Sainte Chapelle de Paris, ne pourra que contribuer à renforcer l’atmosphère orante suggérée par la musique.
  • La direction d’un musicien généreux et inspiré, Jean Belliard, qui saura vous faire passer les frissons que cette musique ne peut manquer de générer chez l’auditeur, au travers des âges.
  • Enfin la possibilité unique (pour le moment) de me voir chanter avec mes deux filles, mais hélas sans ma femme qui ne sera pas du voyage cette fois.

Venez nombreux et faites passer l’info !

3 Concerts pour finir la semaine de mon autre travail

2014/07/11

Comme chaque année depuis 24 ans, cette semaine était consacrée à chanter le répertoire à la fois le plus émouvant et le plus savant de la musique vocale occidentale : la polyphonie sacrée de la renaissance. Au programme cette année, de nouveau le Requiem de Victoria, que j’ai déjà eu le plaisir de chanter avec Jean Belliard quatre fois lors de ces 24 ans de plaisir musical partagé. Ce chef d’oeuvre absolu de la musique à 6 voix enchasse le grégorien de la messe des morts au sein d’une polyphonie d’une sensibilité expressive absolument magnifique. Il faut notamment connaitre le motet Versa est in luctum bouleversant de déchirement (les fa# à la voix de ténor). Et il est simple pour vous de le découvrir ! Venez écouter ce samedi 12 juillet à l’église St Martin d’Etampes (91) ou à la cathédrale de Chartres (28) ce dimanche 13 juillet, la 25ème académie de musique sacrée de la Renaissance d’Etampes inspirée par cet artiste hors norme qu’est Jean Belliard qui a encore revisité l’oeuvre pour vous procurer la meilleure interprétation du texte liturgique.

Evènement à ne pas manquer !

Fourth OpenStack Meetup for Rhône Alpes

2014/06/04

The fourth meetup for the OpenStack regional group will be organized again by HP at the HP/Intel Solution Center the 1st of July 2014.

We should have presentations about a new deployment tool by Mirantis, HP Helion by HP and Icehouse features and Juno roadmap.

Refer to http://www.meetup.com/OpenStack-Rhone-Alpes/ (in french) for more details and registration for those of you around.

Join us at HP: 5, avenue Raymond Chanas, Eybens, France
Access B10 HP

Comme la musique adoucit les moeurs…

2014/01/27

…Si le coeur vous en dit, si vous avez un peu de temps aussi, venez écouter l’ensemble Variations (Dir: Bruno Cornec) accompagné par le Jardin Musical (Dir: Christine Antoine) dans ce concert de musique sacrée autour du Requiem d’André Campra, qui nous l’espérons vous touchera par sa beauté et l’espoir qu’il porte. Après celui de Victoria, et avant celui de Mozart, c’est un grand chef d’oeuvre du siècle de Louis XIV que vous pourrez ainsi apprécier.

Tous les détails sont sur l’affiche:
Concert Variations

Les douze chanteurs et les six instrumentistes chanteront en complément de programme le Reniement de St Pierre de Marc-Antoine Charpentier, petit Oratorio de la passion et le programme sera agrémenté de pièces instrumentales du même compositeur, le tout sur dans un style historiquement informé.

Nous avons voulu garder un prix modique (12 EUR plein, 6 EUR réduit) pour nous permettre de rémunérer les instrumentistes professionnels qui nous accompagnent et vous permettre malgré tout de découvrir ou de venir réécouter ce magnifique répertoire de musique française baroque.

En espérant vous y rencontrer…

Gouvernance informatique: Il est temps d’y intégrer l’Open Source

2014/01/24

Dans le cadre de mes activités pour le Conseil des technologistes d’HP France, j’ai écrit un article pour le Webzine IT experts sur la l’intégration de Open Source et la gouvernance informatique disponible sur http://www.it-expertise.com/gouvernance-informatique-il-faut-integrer-lopen-source/. Un grand merci à Aurélie Magniez pour m’avoir aidé à faire cette publication.

Ci-dessous, une version légèrement modifiée qui tient compte de retours et rétablit certaines formules auxquelles je tiens, quoique moins journalistiquement correctes et certains liens (jugés trop nombreux par le Webzine, mais je tiens à citer mes sources, et Tim Berners-Lee ne les a pas inventés pour que l’on ne s’en serve pas non ? :-))

Bonne lecture !

Aujourd’hui en 2013, toutes les entités, publiques comme privées, en France, comme partout dans le monde, utilisent massivement des Logiciels Free, Libres et Open Source (abrégé en FLOSS (1)). Quelques exemples de cet état de fait sont fournis par la Linux Foundation, comme les 600 000 télévisions intelligentes vendues quotidiennement fonctionnant sous Linux ou les 1,3 millions de téléphones Andoïd activés chaque jour. Le dernier rapport de top500.org, présentant les super-calculateurs mondiaux, indique une utilisation de Linux à 96,4%. Des sociétés ayant aujourd’hui un impact quotidien sur notre environnement numérique telles que FaceBook ou Twitter ont non seulement bâti leur infrastructure sur une grande variété de FLOSS, mais ont aussi publié de grandes quantités de code et des projets complets sous licence libre. Ceci concerne aussi des acteurs plus classiques du monde de l’informatique comme HP ou IBM.

Ceci peut sembler normal, car on évolue là dans le monde du numérique, mais le phénomène touche tous les secteurs comme le montre une récente étude de l’INSEE, qui reporte que 43% des entreprises françaises d’au moins 10 personnes utilisent des suites bureautique FLOSS ou encore que 15% des sociétés de construction utilisent un système d’exploitation FLOSS par exemple. Cette large adoption se trouve corroborée par le développement de la filière FLOSS en France, comme rapporté par le CNLL, représentant en 2013 2,5 milliard d’Euros et 30 000 emplois.

Enfin, le secteur public n’est pas en reste avec la publication en septembre 2012 de la circulaire du premier ministre qui reconnait la longue pratique de l’administration des FLOSS, et incite celle-ci, à tous les niveaux, à un “bon usage du logiciel libre”, ce qui se vérifie dans certains ministères comme celui de l’intérieur ou de l’économie. Le ministère de l’éducation nationale a ainsi déployé 23 000 serveurs EOLE sous Linux et utilise de nombreux projets FLOSS pour la gestion multi-fonctions (réseau, sécurité, partage) des établissements scolaires.

Services impliqués dans la gouvernance FLOSS

Dans ce contexte d’utilisation généralisée, se posent certaines questions quant à la gouvernance particulière à mettre en place ou l’adaptation de celle existante pour accroître l’usage, la distribution, la contribution au FLOSS, tant pour les fournisseurs que pour les utilisateurs de ces technologies. En effet, les FLOSS ont des spécificités tant techniques qu’organisationnelles (rapport à la communauté, méthodologie de développement, licence utilisée) qui ont un impact sur la façon de les gérer dans une entité. La Gouvernance Open Source, aujourd’hui, doit donc être partie intégrante d’une Gouvernance Informatique.

Contrairement à ce qu’une rapide analyse pourrait laisser penser, ce n’est pas uniquement le service informatique qui est concerné par l’utilisation des FLOSS. Celle-ci touche la totalité de l’entité et le modèle de gouvernance doit donc être adapté en conséquence. En effet, le service des achats se voit souvent court-circuité par l’utilisation de composants logiciels téléchargés et non achetés en suivant les procédures qu’il met en place, le service du personnel ne dispose pas de contrats de travail statuant sur les contributions des employés à des projets FLOSS (ne parlons pas des stagiaires ou co-traitants), le service juridique doit apprendre à distinguer la licence Apache de la GPLv2, ou v3, le service de propriété intellectuelle considérer si telle modification faite à un projet FLOSS peut ou doit être reversée au projet, et dans quel contexte, voire le PDG évaluer, lors d’une scission de sa société en différentes entitées juridiques, l’impact représenté sur la redistribution de logiciels faite à cette occasion et le respect des licences utilisées. Ce ne sont que quelques exemples des questions auxquelles les entités doivent répondre dans le cadre d’une Gouvernance Informatique intégrant les FLOSS.

Ceci n’est pas un débat oiseux: il y a eu maintenant trop d’exemples allant jusqu’au procès et sur des problématiques de non-respect des licences FLOSS pour que les entreprises et services publics ignorent le problème. Les conséquences tant financières que sur leur image de marque peuvent être très importantes et causer des dommages beaucoup plus graves que ne le représente la mise en conformité (qui consiste le plus souvent en la seule publications des codes sources modifiés).

Il ne s’agit pas ici d’énoncer des éléments qui tendraient à restreindre l’utilisation des FLOSS dans une entité. Au contraire, les bénéfices de leur utilisation sont aujourd’hui trop évidents, la baisse des coûts induite par la mutualisation, les gains technologiques d’avoir des souches logicielles si versatiles et éprouvées doivent juste s’accompagner des mesures de gestion nécessaires pour en retirer tous les bénéfices annoncés. L’analyse des risques fait partie des choix quotidiens exercés au sein d’une entité et de même que pour une démarche qualité, l’impulsion doit venir du sommet de la hiérarchie de l’entité. Celle-ci doit soutenir la création des instances nécessaires à l’établissement d’une gouvernance FLOSS en leur donnant le pouvoir requis et l’interaction avec les différents services de l’entité.

Composants d’une gouvernance FLOSS

Tout d’abord, il s’agira de développer la compréhension de l’écosystème libre au sein de l’entité pour en appréhender les spécificités.

La première d’entre elles est la licence gouvernant les FLOSS. Comme pour toute utilisation d’un logiciel, ou d’un service, un utilisateur se voit décrit ses droits et ses devoirs au sein de ce document. Ceux-ci diffèrent selon que la licence est permissive (type Apache v2 par exemple), qui permet une utilisation (y compris pour des développement non-FLOSS) et une redistribution avec peu de contraintes (mentions légales et paternité par exemple). Elle permet ainsi à des sociétés de vendre des versions propriétaires d’Andoïd distribué sous Licence Apache v2 embarquées dans leurs téléphones portables. C’est ce qui permet de considérer cette licence comme “libre”. En regard on donnera également l’exemple des licences de gauche d’auteur (copyleft en anglais, type GPL v2 par exemple), qui permettent une utilisation tant que le logiciel distribué s’accompagne des sources (éventuellement modifiées) servant à le fabriquer. Elle permet à des projets comme le noyau Linux d’être développé par des milliers de développeurs tout en restant toujours accessible dans toutes ses variantes par la mise à disposition de son code source, dû à cette contrainte. C’est ce qui permet de considérer cette licence comme “libre”. Simplement les libertés sont vues ici sous l’angle du projet (qui le reste ad vitam aeternam) plutôt que sous celui de l’utilisateur comme dans l’autre cas. C’est la raison pour laquelle toutes ces licences sont considérées comme Open Source par l’OSI.

Une entité doit donc choisir les briques FLOSS qu’elle souhaite utiliser en fonction de l’usage prévu pour respecter les droits et devoirs d’usage codifiés dans les licences (ni plus ni moins qu’avec une offre non-FLOSS), sachant que, dans la plupart des cas, l’élément déclenchant l’application de la licence est la distribution du logiciel. Ainsi une société peut parfaitement utiliser un logiciel sous licence GPL v2, y faire des modifications et ne pas les publier, tant que l’usage reste interne à sa structure juridique (cas fréquent en mode utilisation de logiciel dans un département informatique). En revanche, si elle l’incorpore à un produit qu’elle commercialise, elle devra juste se mettre en conformité avec la licence et fournir en parallèle du produit un acccès aux dites sources.

Ceci n’est finalement pas si compliqué, eu égard aux gains énormes qu’elle peut en retirer en bénéficiant d’une brique logicielle éprouvée qu’elle n’a ni à développer, ni à maintenir. Dans tous les cas, il est important que son service juridique ait une compréhension des droits et devoirs des licences utilisées pour apporter le conseil requis, comme lors de la signature de contrats avec tout fournisseur.

On le voit, la formation du service juridique est à la base de la mise en place de toute gouvernance. D’autre part, il faut organiser au sein de l’entité la mise en relation entre ce service juridique et les équipes de développement. Non seulement pour qu’elles apprennent à se connaître, mais aussi pour qu’elles échangent sur leurs besoins réciproques et qu’elles comprennent comment chacune cherche à protéger l’entité pour laquelle elle oeuvre. Les uns le faisant eu égard au respect des règles de droit, ce qui comprend l’explication envers les développeurs des licences libres, les autres eu égard au mode d’utilisation des composants techniques spécifiques des équipes de développement.

Personnellement, en tant qu’ingénieur de formation, il m’a été très bénéfique de discuter avec divers avocats spécialistes des licences libres, pour mieux comprendre leur volonté de protéger l’entreprise pour laquelle ils travaillent et comment ils devaient le faire dans ce contexte. Et réciproquement, je sais que les informations techniques et exemples parfois complexes d’agrégats de composants logiciels les aident en retour à mieux tenir compte des cas particuliers qui peuvent se faire jour. La communication sur ce sujet doit dépasser dans l’entité les structures classiques et fonctionner comme une communauté.

Du reste, la seconde spécificité du logiciel libre est le fait qu’il est développé par une communauté de personnes partageant un intérêt pour ce logiciel. Il en existe de toute taille (d’un développeur assurant tout, jusqu’à plusieurs centaines de personnes comme les larges fondations comme Apache ou OpenStack). Etudier une communauté avant d’utiliser le composant libre qu’elle produit est une bonne pratique pour avoir des informations sur sa vitalité, son organisation, sa feuille de route, en plus des caractéristiques purement techniques du composant. Certains sites comme Ohloh peuvent aider à se forger une opinion dans ce domaine, pour les projets suivis. De même qu’il peut être alors pertinent de se poser la question des modes de contributions en retour. Cela peut consister en des correctifs, du code apportant de nouvelles fonctions, de la documentation, des traductions, une animation de communauté, de l’achat de prestation intellectuelle auprès de professionnels oeuvrant sur le composant ou un soutien financier à l’organisation d’un événement permettant le rassemblement physique de la communauté. Certaines entreprises, comme la Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes témoignent de leurs contributions en retour envers un projet tel que LibreOffice.

Comme précédemment, chacun de ces aspects pourra faire l’objet d’une étude dans le volet Open Source de la Gouvernance Informatique. On notera que la gestion de la proprété intellectuelle sera à considérer tout particulièrement pour les contributions sous forme de code, et en liaison avec la licence utilisée. Mais cet aspect peut aussi avoir un impact sur les contrats de travail des employés, des co-traitants, des stagiaires, afin de déterminer sous quelles conditions leurs contributions sont autorisées.

Encore une fois, il s’agit d’inciter les entités utilisatrices de logiciels libres à ne pas se contenter d’être de simples utilisatrices de FLOSS, mais à être actrices de l’écosystème et à contribuer à leur tour à l’améliorer en s’intégrant dans les communautés. Le dynamisme actuel autour des FLOSS est le fait du soutien très actif de nombreux utilisateurs. Pour ne citer qu’un exemple, on regardera la synergie créée autour du projet GENIVI par ses 120+ membres, dont de nombreuses sociétés hors secteur informatique.

Enfin la dernière spécifcité du logiciel libre est la méthodologie de développement utilisée par la communauté. Quoiqu’elles soient toutes attachées à l’accès au code, elles varient énormément d’un projet à l’autre, en fonction de sa taille, de son style de gouvernance, des outils utilisés et de son historique. Mais il est important pour une entité qui souhaite interagir avec une communauté d’en comprendre la culture. Si le noyau Linux a une méthodologie organisée autour d’un “dictateur bénévole” (Linus Torvalds) qui prend les ultimes décisions et de ses lieutenants, nommés, en qui il a toute confiance pour prendre les décisions concernant une branche de développement, d’autres projets comme OpenStack cherchent à adopter le mode le plus “méridémocratique” en procédant à l’élection des représentants techniques des branches du projet par les développeurs, et à celle des représentants au conseil d’administration par la totalité des membres de la fondation, quels que soient leurs rôles. Le processus d’intégration continue d’OpenStack implique des étapes précises pour y ajouter un patch par exemple. Cela nécessite d’abord une application sur l’arbre courant sans erreur, avant de devoir recevoir deux votes positifs puis de satisfaire le passage de l’ensemble des tests automatiques prévus. Et ceci s’applique aussi bien aux représentants techniques des branches du projet qui proposent des centaines de patches par an, ou au contributeur occasionnel faisant une modification mineure de documentation. En revanche, celui qui souhaite soumettre une modification sur le noyau Linux devra passer par des listes de diffusion où les échanges peuvent parfois se révéler vifs, et s’adapter aux desiderata potentiellement différents des mainteneurs de branches.

Bonnes pratiques de gouvernance FLOSS

Face à tous ces aspects de ce monde foisonnant, certaines bonnes pratiques simples peuvent permettre aux entreprises de faire les bons choix et de s’assurer une utilisation optimale des FLOSS en en tirant le meilleur profit sans mettre à risque leur bonne réputation par des actions mal vues des communautés.

Une première bonne pratique peut consister à créer un comité Open Source. Par exemple, pour un grand groupe, il peut être utile pour la direction générale de nommer des représentants des différents services (achats, ressources humaines, informatique, technique, juridique, propriété intellectuelle) pour définir la politique à mettre en place. Ce comité devra se réunir régulièrement, tant dans la phase de définition de la partie Open Source de la Gouvernance Informatique, qu’ultérieurement pour la réviser sur la base des retours des utilisateurs et l’évolution de projets. Il devra également avoir les moyens associés à ses missions. Un groupe de travail du Syntec Numérique a développé, pour les aider dans cette activité, des contrats types pour leurs fournisseurs, leur demandant de préciser avec leur livraison logicielle, l’inventaire exhaustif des licences utilisées. Une présentation sur les contrats faite au sein de ce groupe pourra être aussi consultée avec profit. La FSF France propose aussi des avenants de contrats de travail type pour les employés contribuant à des projets libres, et l’AFUL des modèles économiques et financement de projets FLOSS ou de communautés. Il sera ensuite facile de donner des missions et des pouvoirs plus étendus à ce groupe de personnes quand l’utilisation des FLOSS augmente. Dans le cadre d’une PME, un correspondant FLOSS sera sans doute suffisant (comme il peut y avoir un correspondant sécurité ou CNIL), tâche qui pourra même être sous-traitée à des sociétés specialisées dans le domaine.

Une fois le comité/correspondant nommé et la politique FLOSS établie, il faudra prévoir des cycles de formations. D’une part pour le service juridique pour le cas où il manquerait de compétences sur le domaine spécifique des licences libres. La société Alterway propose par exemple une formation par un juriste pour des juristes. D’autre part, en interne, auprès de l’ensemble du personnel pour expliquer cette nouvelle politique FLOSS.

En parallèle, il est important d’avoir une vision précise de l’utilisation actuelle des FLOSS dans son entité. Notamment pour vérifier que leur utilisation est conforme aux licences sous lesquelles ils sont utilisés. Les non-conformités sont plus souvent dûes à la méconnaissance qu’à une réelle volonté d’enfreindre les licences. Cette tâche peut paraître fastidieuse de prime abord, mais elle est à mon sens fondamentale pour se prémunir, en particulier si votre activité vous amène à redistribuer du logiciel à vos clients. Heureusement des outils existent pour automatiser ce travail d’inventaire et faciliter l’analyse des licences utilisées. Le premier à recommander est libre: FOSSology a été développé par HP pour son utilisation interne, puis rendu libre en 2007 sous licence GPLv2. Il collecte dans une base de données toutes les meta-données associées aux logiciels analyés (il peut traiter des distributions Linux entières sans problème) et permet l’analyse des licences réellement trouvées dans le code depuis une interface Web. De nombreuses entités outre HP comme Alcatel-Lucent, l’INRIA ou OW2 l’utilisent, y compris pour certains, en couplage avec leurs forges de développement. Mais son accès libre et sa facilité de mise en oeuvre ne le réserve pas qu’aux grands groupes et il devrait être systématiquement utilisé comme complément naturel d’un gestionnaire de source, ou d’outillage d’intégration continue. En complément, des outils non-FLOSS peuvent également aider à ce travail d’inventaire en donnant accès à des bases préétablies de composants connus et déjà inventoriés et fournissent de nombreuses autres fonctions. La société française Antelink, émanation de l’INRIA, a développé une grande expertise dans ce domaine et a couplé son outillage avec FOSSology. D’autres acteurs tels que Blackduck et Palamida ont également un outillage complémentaire à considérer.

On pourra de plus prévoir ultérieurement un mode de déclaration des usages de FLOSS, voire, si les requêtes sont nombreuses et régulières, créer un comité de revue spécifique en charge de les évaluer et de les approuver.

Enfin certains documents de référence tel que le Guide Open Source du Syntec Numérique, les fondamentaux de la Gouvernance des logiciels libres, la vision des grandes entreprises sur la gouvernance et maturité de l’Open Source et le site de référence FOSSBazaar pourront permettre un approfondissement des sujets évoqués et donner des bonnes pratiques additionnelles quant à la mise en oeuvre d’une gouvernance Open Source.

Et pour ceux qui souhaiteraient être accompagnés dans la démarche, des sociétés telles que Smile, Alterway, Linagora, Atos, Inno3 ou HP disposent de prestations d’aide à la mise en oeuvre d’une gouvernance Open Source. Mais que vous le fassiez seuls ou accompagnés, il est temps et j’espère que cet article vous aura donné quelques clefs pour intégrer l’Open Source dans votre politique de Gouvernance Informatique.

(1): Dans tout ce document, on utilise le terme de FLOSS comme terme générique recouvrant aussi bien la notion de « logiciel libre », « Free Software » qu’« Open Source », tout en sachant que des nuances existent.


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