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Se faire vacciner par égoïsme et altruisme

2021/07/19

Fort heureusement, il y a finalement peu de personnes ne souhaitant pas se faire vacciner en France. Néanmoins, ceux qui restent ont parfois des arguments qui me semblent difficiles aujourd’hui à comprendre.

Tout d’abord, se faire vacciner, c’est un acte égoïste. Je le suis, et je l’ai fait. Cela permet d’éviter d’être gravement malade. Cela évite au reste de ma famille de se faire du souci pour moi. Les vaccins à ARN procurent une protection à plus de 94% contre les cas graves, y compris les variants connus. Si on ne souhaite pas ce type de vaccin (technologie développée depuis plus de 30 ans malgré tout et trouvant l’un de ses premiers débouchés concrets ici), on peut avoir un vaccin à agent infectieux qui procure une protection de 70%. Ce ne sont plus des suppositions projetées après les phases 3, mais des données qui se vérifient chaque jour d’avantage auprès des populations. “96% des patients positifs et présentant des symptômes n’étaient pas “complètement” vaccinés la semaine du 28 juin au 4 juillet.”

Certes, on peut toujours se dire que l’on sera dans les chanceux si on l’attrape (mais je l’ai été !), mais pour éviter les avanies des variants, j’ai bien préféré avoir une dose de Comirnaty (Pfizer/BioNTech) pour finir ma couverture vaccinale, et si je dois faire une troisième injection par la suite, je le ferai sans souci. En tout état de cause avec 4 millions de décès mondialement sur 190 millions de cas (donc 2% de chances de décéder lorsqu’on est atteint globalement), je passe d’une chance sur cinquante à moins d’une chance sur 1000 de décéder.

A-t-on tout étudié avant de lancer ces vaccins ? Sans doute pas, mais on continue (la phase 3 est toujours encours). A-t-on des risques en se faisant injecter ce vaccin ? Sans doute, comme chaque fois que l’on prend un médicament, un autre vaccin, mais aussi un aliment ou en traversant la rue ! Vivre est dangereux, on peut risquer de mourir ! Et finalement, si ce vaccin me permet de vivre quelques années de plus plutôt que moins, je prends ce risque là. Je me félicite que le monde compte de si brillants chercheurs qui arrivent à développer si rapidement et si sûrement le moyen de nous sauver !

On a déjà fait pour moi par le passé ce choix de la vaccination (enfant avec le DTPolio), ou lorsque j’ai voulu voyager (fièvre jaune). Donc on n’a pas toujoursle choix, même dans une démocratie comme la nôtre. Mais avoir des vaccins, c’est pour moi un grand bénéfice, conduisant à l’éradication de maladies telles que la variole ou la diphtérie. Eh oui, il y a des effets secondaires : une journée patraque pour ma part (contre 3/4 lors du Covid canal historique) et mal au point d’injection pendant 3 jours (un peu comme lors du vaccin contre la grippe que je fais aussi annuellement, étant personne à risque). Rien de bien grave pour moi, même si il y a eu quelques remontées de cas allant jusqu’au décès ce qui est toujours tragique (à comparer aux 120000 morts de la maladie elle-même).

Et je prends ce risque d’autant plus facilement que se faire vacciner c’est aussi de l’altruisme. Pour une fois qu’on peut avoir les deux en même temps, pourquoi se priver !! Je chante dans un ensemble vocal dont la moyenne d’âge est élevée, et je ne veux pas mettre à risque les autres chanteurs. Pas plus que le reste de ma famille bien sûr. Mais du coup, nous pouvons chanter sans masque, à distance raisonnable et retrouver le plaisir total de la pratique musicale, et celui si particulier du chant. Travailler le son, l’articulation, la justesse, l’intensité, tout cela est impossible avec un masque. Donc, nous avons (presque) tous nos 2 doses ou équivalent pour collectivement nous protéger et nous faire plaisir. Egoïsme et altruisme encore mélangés.

Car, le vaccin protège aussi de la propagation. La aussi une fois le schéma vaccinal complètement passé, le taux de contamination chute très fortement, si tant est que l’on ait encore attrapé le virus (~5% de “chance” et dans ce cas là on a une charge virale de 5 à 10% de celle d’une personne non vaccinée). Et donc on peut retrouver le plaisir de chanter ensemble par exemple (en gardant les gestes barrières, le gel, la désinfection et l’ouverture des fenêtres – ce sera plus difficile en hiver lors des répétitions !).

Quand j’entends les manifestants à Grenoble samedi dernier scander liberté, je me dis qu’ils n’ont pas eu comme moi la chance de voyager en chine, car ils auraient une meilleure appréciation relative de ce qu’est un régime dirigé. Et pour moi la liberté de voyager implique de me faire vacciner (Covid19, fièvre jaune, …), la liberté de chanter implique de me faire vacciner, et moi non plus je n’aime pas qu’on entrave ma liberté, mais aussi notre liberté collective. Et c’est là que le bât blesse dans leur raisonnement. Ils ne voient que leur liberté individuelle, pas la liberté du collectif. Or, dans un ensemble vocal, la liberté du collectif est aussi importante que la liberté individuelle et les membres acceptent de faire des sacrifices (supporter les remarques des uns, l’absence de travail des autres, la tenue vestimentaire des troisièmes, la tyrannie du chef, …), pour le plaisir de chanter ensemble et d’y faire œuvre collective. Un ensemble vocal est une mini-société, avec ses règles pour que la vie commune soit possible. Pour nous chanteurs, se priver de cela, est aussi une atteinte à notre liberté.

On dit qu’il n’y a pas d’amour mais des preuves d’amour, alors se faire vacciner est une grande preuve d’amour envers ceux avec qui on veut être. Car il y a toujours des risques, et donc on le fait malgré tout par amour. Car finalement, si l’égoïsme ne suffit pas, si on n’est pas convaincu pour soi-même, l’altruisme, la conviction pour préserver les autres peut devenir la plus forte motivation.

Alors pour tous ceux qui se posent encore la question, pensez aux autres et foncez dans le centre de vaccination le plus proche d’où vous êtes. Des milliers de choristes (et plein d’autres personnes évidemment) de part le monde vous remercieront !

Exceptionnels Correspondances

2019/12/06

J’aurai assisté dans ma vie à pas mal de concerts et un certain nombre de fabuleux (G. Leonhardt, F. Brüggen, J. Savall, V. Dumestre, C. M. Giulini, A. Brendel…). Ce soir était un tel jour. L’Ensemble Correspondances se produisait pour la 5è fois à la MC2 avec de nouveau leur répertoire favori du grand siècle. Cette fois-ci, après Charpentier, deux fois, ou quatre fois, ils présentaient leur nouveau travail sur des motets de Richard de Lalande.

Et bien que ce soit leur première présentation de ce nouveau programme, ils étaient déjà à un niveau de perfection total, et surtout d’intensité d’interpétation, qui m’ont arraché des larmes de joie lorsqu’ils ont attaqué le “Pie Jesu” final du Dies Irae du compositeur. Il faut dire que ce fut préparé par un solo de soprano divin, et un trio de voix graves, où Lucile Richardot était encore une fois à couper le souffle et la seule voix de bas-dessus féminine digne, à mes oreilles, de se placer au dessus de voix d’hommes sans déséquilibrer le fragile alliage que représente cette composition si magique (Campra !!). On était déjà dans les limbes, mais le sublime venait donc à la fin, avec une précision (quelles attaques de consonnes, quelle diction, quelle respiration d’ensemble), un degré de finition dans les closures de phrase, une connivence entre les chanteurs (les regards lumineux, les sourires échangés), tout cela nous amenant sur un “dona eis requiem” qui restera très longtemps dans ma mémoire.

Comme à la fin du Requiem de Verdi par Giulini auquel j’ai eu la chance d’assister à Paris, je suis resté quelques minutes assis à la fin du concert avant de retrouver l’usage de la parole, tant l’intensité de ce que ces interprètes nous avaient donné était fort. Et pourtant, seulement 4 jours de répétition, un autre programme dans l’intervalle, et finalement une première où cela aurait pu être difficile, après des transports compliqués pour venir à Grenoble un jour de grève nationale. Mais non, du coup une fraîcheur incroyable, une attention palpable, mais des musiciens portés par un même esprit dans le but de transcender cette musique. Dois-je dire que je ne considérais pas de Lalande comme un de mes musiciens préférés, mais ce soir, je révise ma position, évidemment, seulement quand c’est l’Ensemble Correspondance qui l’interprète !

Mais voilà, cet ensemble vit bien, cela se sent, et cette fois le chef n’a pas accompagné, se consacrant complètement aux instrumentistes et au choeur (les solistes étant laissés très libre). Du coup, les mouvements étaient très indicatifs, comme ceux d’un Kleiber, accompagnant toutes les intensions, la diction (exceptionnelle et avec un merveilleux latin gallican cette fois-ci !) étant soulignée (et nous avons bien reçu les ‘p’, les ‘d’ dans la salle, bravo), l’enthousiasme de Sébastien Daucé était communicatif.

Et ces artistes, comme souvent dans le monde de la musique ancienne, restent très accessibles, après le concert, heureux aussi d’échanger avec nous sur ce travail, et de continuer par des explications, le partage autour de la musique.

Soirée mémorable donc, et ce soir, Grenoble avait le niveau de Paris, Londres et Berlin réunies. Du coup, je vous partage le bisou de Lucile Richardot (je l’avais dit dès 2016 qu’elle avait une énorme carrière devant elle !) et où que vous soyez, allez les écouter, c’est juste fabuleux.

La 29ème académie de musique ancienne d’Etampes

2018/07/13

Puisqu’il faut que je me soigne, et comme il n’y avait pas de chimio cette semaine, j’ai pu participer à ma 29ème académie de musique ancienne d’Etampes, créée par Jean Belliard, et maintenant dirigée par sa fille Laudine.

J’ai la chance d’y chanter un magnifique petit solo de ténor haut dans le Beatus Vir de Monteverdi, mais surtout 4 motets Renaissance (Josquin Desprez, Victoria, mes deux favoris, Morley et Palestrina) et j’ai de nouveau commis un diaporama qui semble avoir été bien reçu par les spectateurs de notre concert de ce soir. Je ne remercierai jamais assez Béatrice ma femme et Ségolène ma fille pour l’aide apportée toute cette semaine, pour me permettre de participer dans les meilleures conditions et d’aller jusqu’au bout de mon envie d’augmenter le spectacle par cette projection.

Comment ? Vous ne saviez pas que nous faisions ce concert à l’église St Basile d’Etampes ce 13 juillet ? Venez vite vous rattraper en nous écoutant soit le 14 juillet à la Basilique de Longpont (91) ou encore ce dimanche 15 juillet en la magnifique abbaye de St Benoît sur Loire (45) où nous nous sommes produits de nombreuses fois déjà, et qui attire, par la grâce de son lieu toujours un public de qualité … même un jour de finale 😉

Vous pourrez y assister à un spectacle finalement rare en France, car la musique sacrée ancienne n’est pas tant chantée que cela, surtout par les amateurs, et dans ces conditions, avec un instrumentarium incroyable pour nous soutenir, ce serait dommage de manquer l’occasion annuelle de se replonger dans cette superbe musique des 15ème aux 17ème siècles.

On the right path

2018/06/25

Following the detection of my lymphoma, I’m right now in the middle of the treatment at the hospital and have passed recently a scintigraphy as a control, which doesn’t reveal any pack of cancer cells anymore, showing that the R-CHOP treatment I’m following is efficient.

So we go on, with a chemio every 14 days, up to begining of August where we’ll again make status. Goal being to eliminate remaining cancer cells that would not be seen by that type of exam.

Music is a good medicine for me and after our concert of Saturday, I now hope to participate to my 29th Academy of Early Music in Etampes, now directed by Laudine, the daughter of my master in sacred music Jean Belliard. And as music is also a family affair, I’ll be there with my wife and my first daughter (who will also take care of me !) and so it’ll be both a musical work and a familial pleasure, very beneficial for the cure of the lymphoma.

Evolution favorable

2018/06/24

Suite à la détection de mon lymphome, je suis actuellement au milieu de mon traitement au CHU de Grenoble et ai passé récemment une Scintigraphie de contrôle qui ne révèle plus d’amas cancéreux visibles, montrant que le traitement R-Chop est efficace dans mon cas.

On continue donc ce traitement comme d’habitude, à raison d’une chimio tous les 15 jours, jusqu’à début Août où l’on refera un point. Il faut notamment éradiquer ce qui pourrait encore rester et ne pas être visible sur ce type d’examen.

La musique est un bon médicament et aussi mon activité préférée de compensation, et après notre concert d’hier, j’espère bien maintenant pouvoir participer à ma 29è académie de musique ancienne à Etampes en Essonne dirigée maintenant par Laudine Belliard, la fille de mon maître en musique sacrée, Jean Belliard. Car la musique est aussi une affaire de famille et j’y aurai le plaisir d’y être avec ma femme et ma fille ainée (qui s’occuperont de moi comme un coq en pâte, je le sais d’avance !) et ce sera donc un moment à la fois de travail musical, et de plaisir familial, donc bien propice à la régénération et à la suite de la guérison.

Un de mes médicaments ;-)

2018/05/08

Il m’a souvent été dit que l’un des points les plus importants pour pouvoir guérir est d’être positif et de continuer à avoir des activités. Donc j’applique à la lettre les conseils (rassurez-vous, je n’applique que ceux qui me plaisent ;-))

Donc pour ceux que cela intéresse, l’ensemble vocal que j’anime donnera prochainement un concert. C’est un de mes médicaments. Tous les détails sur:
https://ensemblevariations.wordpress.com/2018/05/08/concert-le-2-juin-2018-a-leglise-de-biviers/

La FLOSSCon commence

2018/01/19

… dans 9 heures 😉

Mais il n’est pas encore trop tard pour y participer ce jour ! Comme annoncé hier nous avons pu commencer à organiser une demi-journée de plus autour du libre. Nous avons concocté un premier programme temporaire pour donner des idées à ceux qui voudraient nous proposer aussi leurs idées de sujets.

Si vous voulez présenter sur l’Art libre, le matériel libre, l’impression 3D avec des logiciels libres, Arduino ou Raspberry Pi ou simplement le petit logiciel qui vous simplifie la vie comme je l’ai fait pour la musique ou les photos, soumettez vos idées avant ce soir pour être dans l’agenda !

Et sinon, venez nous retrouver sur place pour échanger, discuter, nous convaincre que FreeBSD c’est mieux, qu’Emacs^H^H^H^H^Hvim c’est autrement plus classe (il ne faudrait pas exagérer non plus ;-))

Vive le libre !

Un septennat d’attente

2017/05/14

Lors de la première à Ambronay en 2010, je ne savais pas qui était Falvetti. Je n’étais pas le seul. J’aurai sans doute dû faire confiance à Leonardo Garcia Alarcon déjà présent dans de nombreux disque de l’Ensemble Elyma de Gabriel Garrido. Et puis j’ai écouté le disque paru en 2011 de ce “Il Diluvo Universale” et ce fut un coup de massue : Comment avait-on pu ignorer une telle oeuvre depuis 1682 !!

Elle a pour elle l’énergie, des lignes mélodiques si facile à mémoriser qu’elles s’imprègnent immédiatement dans l’esprit, des effets prenants, une histoire singulière (celle de Noé). Bref tout pour plaire. Surtout, quand un tel chef se l’approprie, en donne une vision engagée, avec des chanteurs complètement en phase avec son approche. C’était décidé, il fallait aller vérifier en concert que cela était bien réel, et ressentir cette musique en direct, éprouver les émotions dans la salle.

Seulement voilà, bien qu’elle fût souvent redonnée à Ambronay, cela ne collait jamais avec nos contraintes, d’autres concerts ou ceux que nous faisions, et je désespérais de pouvoir le voir le temps passant.

Aussi quand j’ai vu en Mai 2016 que l’oeuvre était de nouveau programmée à Lyon pour Mai 2017, j’ai sauté sur l’occasion, réservé les places et bloqué la date. Et bien cette semaine, après 7 ans d’attente, j’ai enfin pu entendre cette pièce à l’Auditorium Maurice Ravel. Certes, ce n’est pas la meilleure acoustique du monde, mais finalement, étant très bien placé en orchestre, on pouvait capter tous les détails (quels archiluths !) et profiter des inflexions des voix de façon très précise. Une mise en espace était faire pour rendre l’histoire plus présente, simple et de bon goût.

La prise de rôle de Roberta Mammeli en Rad a été somptueuse. Le trio avec Magali Arnault Stanczak et Emmanuelle de Negri fait mouche et chavirer la salle. Il faudra le bisser. Du reste le chef nous a gratifié de 4 bis, ce qui n’était que justice (pour nous !) au vu du succès obtenu, que l’on peut vraiment qualifier de triomphe. Les vois de femmes dominent complètement pour moi la distribution. Le Noé de Fernando Guimaraes est noble, mais manque un peu de conviction, ou de puissance pour s’affirmer d’avantage. La Mort de Fabian Schofrin est bien grimée, mais son chant n’est ni agréable (ce que l’on peut comprendre pour un tel personnage) ni prenant. On regrette un Dominique Visse qui serait parfait dans ce genre d’emploi.

Mais vétille ! Les percussions de Keyvan Chemirani apportent un plus indéniable à la musique, sans la trahir, et rendent les danses virevoltante. Bravo au chef pour cette résurrection et surtout de continuer à faire tourner cette production pour que de nombreux autres spectateurs puissent la voir.

Si seulement les organisateurs de la MC2 pouvaient s’inspirer de leurs voisins et convier ce spectacle dans l’auditorium, ce serait une vrai perfection sonore combinée ! A bon entendeur …

Une victoire méritée

2017/05/08

Cela faisait des années qu’il en rêvait: faire partager sa passion à tous ses fans pour un grand oeuvre. Mais cela fut compliqué, il fallait réunir beaucoup de soutiens, dans toute l’Europe si possible, avoir les financements nécessaires (par ces temps de disette budgétaire, c’est délicat), avoir le bon plateau, avec les rôles titres qui pourront s’imposer et faire chavirer et les meilleurs autour de lui pour porter le programme, dont des jeunes pour la mise en scène. Que de persévérance il lui a fallu pour réussir ! Que de travail en amont, comme l’a confirmée la réunion publique à laquelle nous avons pu assister avant le grand moment. Il faut dire qu’on attendait cela depuis si longtemps. En fait depuis l’ancien régime, rien de tel ne s’était produit.

Mais ce samedi, j’ai pu vérifier que tout était vraiment en place et serait parfait pour le jour ultime, ce dimanche.

Alors oui, le grand moment que tous attendaient était enfin là: Jordi Savall nous ramenait Alcione de Marin Marais en France, en la proposant à l’Opéra Comique, séance retransmise aussi sur Mezzo, enregistrée également, ce qui devrait nous assurer non seulement un disque mais surtout un DVD. Et c’est mérité, car depuis 1706, date de sa création et 1771, date de dernière représentation, on ne l’avait pas vue sur scène. Et c’était dommage tant elle représente un pendant à l’Atys de Lully. Depuis qu’il avait découvert Marin Marais en France au début des années 70, Jordi Savall avait, à de nombreuses reprises, tenté d’en redonner le plus bel opéra, après avoir si bien servi les livres de pièces de viole. Mais il lui a fallu attendre 2017 pour y arriver finalement.

Et quel plateau: un Marc Mauillon en Pelée absolument radieux, d’un timbre sonore sans agressivité, touchant dans ses regrets, dosant pianos à merveille et d’une présence remarquable sur scène. Je suis fan ! Mais fan aussi de Cyril Auvity à qui la noblesse de Ceix va très bien, son timbre de haute contre à la française soulignant aussi bien ses effrois que son amour. Lui aussi très bon acteur sur scène nous touche dans ses émois. L’Alcione de Léa Desandre m’est d’abord apparue plus en retrait. Très “potiche” jusqu’à l’acte IV, assez raide dans son jeu (peut-être est-ce voulu par la mise, et même écrit), elle change complètement après l’entracte et mobilise la scène ensuite jusqu’à la fin avec un chant de plus en plus impliqué, des sons filés magnifiques (enfin une soprano dont le vibrato ne supplée pas le besoin de puissance) et un engagement enfin crédible qui rend sa douleur poignante. Certes, encore un peu de raideur dans le jeu, mais l’écoute est si belle, que cela passe au second plan. Les seconds rôles sont fort bons eux aussi, notamment avec une mention spéciale pour Sebastian Monti en Apollon/sommeil avec là aussi un timbre très séduisant. Il jouera vraisemblablement bientôt les premiers rôles à son tour. Avec pour tous un plus fabuleux: une diction exemplaire ! Bravo.

La mise en scène est très centrée sur l’art circassien. Cela passe très bien pour les matelots ou la scène des enfers (effets de groupes rampants superbes), moins à mon goût à d’autres passages où cela surcharge trop la vision et nuit à l’appréciation de la musique (pourtant somptueuse de bout en bout, évidemment, la maestro Savall dirige parmi les meilleurs musiciens de la planète baroque avec un Manfredo Kraemer impérial au premier violon dans ses tenues droites et si justes, ou le traverso poétique de Marc Hantaï, sans oublier mes préférées, les flûtes à bec de Sébastien Marq ou Pierre Hamon, tous habitués du maître catalan).

J’aurai aimé que la balance entre art du cirque et vraie danse soit un peu plus favorable à la seconde, notamment quand on voit la si belle danse d’inspiration baroque effectuée par l’ensemble lors de la célèbre chaconne finale. A noter la participation active des choristes à toute l’action, y compris circassienne, qui donne une grande dynamique au spectacle.

Louise Moaty a finalement plutôt bien réussi cette mise en scène, moderne et symbolique, mais pas artificiellement décalée, un peu trop animée parfois, mais sachant aussi être très poétique, comme la superbe utilisation des drapés pour la scène du temple et de la tempête, sans doute la plus mémorable du spectacle.

Le maestro nous a confirmé que le spectacle tournerait encore, après les dates prévues sur Versailles, Caen ou Barcelone, jusqu’en 2019 ! C’est une très bonne nouvelle qui devrait vous permettre d’aller le voir, si vous n’étiez pas à Paris ce week-end pour pouvoir voter bien sûr.

Et à propos de ceci, il est à noter que ce quinquennat se profile sous les meilleurs auspices du point de vue de la musique savante, avec une utilisation de la neuvième symphonie de Beethoven dès le premier jour. “Pourvou qu’ça doure !” devait dire à son fils à peine plus vieux une mère pleine d’espoir. Et nous aujourd’hui de renchérir, tant pour le soutien à la musique de notre nouveau président, que pour le plaisir toujours renouvelé d’assister au travail époustouflant que réalise Jordi Savall depuis près de 50 ans, notamment pour la défense du répertoire baroque français. La France s’honorerait de lui attribuer le titre de commandeur de la légion d’honneur (puisqu’il l’est déjà pour les Arts et les Lettres, et comme vous pourrez maintenant le vérifier dans Wikipedia qui n’était pas à jour !). Le 14 Juillet est proche 🙂

Spectacle François Ier en Saintonge

2016/10/19

Si le coeur vous en dit, si vous avez un peu de temps aussi en ce week-end de départ en vacances pour certains, venez écouter l’ensemble Variations exceptionnellement en Saintonge, après nous être produits à Biviers et Roussillon, St Ismier et Gières.
Dans ce spectacle autour des arts au temps de François Ier, vous pourrez entendre des pièces sacrées et profanes illustrant la vie du roi, écouter des textes de la Renaissance en rapport et admirer diverses oeuvres d’art du temps du monarque dans un diaporama.

Nous nous produirons:

  • le vendredi 21 Octobre 2016 à 20h30 en l’église St Léger de Cognac
  • le samedi 22 Octobre 2016 à 20H30 à l’Abbaye aux Dames de Saintes

Entrée libre, participation espérée !
Affiche
Nous sommes dix chanteurs et acteurs dans ce magnifique programme d’une heure et demi avec projection de photos et des textes chantés accompagnés de leur traduction, accessible à tout âge. Quelle meilleure manière de commencer des vacances !

En espérant vous y rencontrer et n’hésitez pas à faire passer le message !