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Se faire vacciner par égoïsme et altruisme

2021/07/19

Fort heureusement, il y a finalement peu de personnes ne souhaitant pas se faire vacciner en France. Néanmoins, ceux qui restent ont parfois des arguments qui me semblent difficiles aujourd’hui à comprendre.

Tout d’abord, se faire vacciner, c’est un acte égoïste. Je le suis, et je l’ai fait. Cela permet d’éviter d’être gravement malade. Cela évite au reste de ma famille de se faire du souci pour moi. Les vaccins à ARN procurent une protection à plus de 94% contre les cas graves, y compris les variants connus. Si on ne souhaite pas ce type de vaccin (technologie développée depuis plus de 30 ans malgré tout et trouvant l’un de ses premiers débouchés concrets ici), on peut avoir un vaccin à agent infectieux qui procure une protection de 70%. Ce ne sont plus des suppositions projetées après les phases 3, mais des données qui se vérifient chaque jour d’avantage auprès des populations. “96% des patients positifs et présentant des symptômes n’étaient pas “complètement” vaccinés la semaine du 28 juin au 4 juillet.”

Certes, on peut toujours se dire que l’on sera dans les chanceux si on l’attrape (mais je l’ai été !), mais pour éviter les avanies des variants, j’ai bien préféré avoir une dose de Comirnaty (Pfizer/BioNTech) pour finir ma couverture vaccinale, et si je dois faire une troisième injection par la suite, je le ferai sans souci. En tout état de cause avec 4 millions de décès mondialement sur 190 millions de cas (donc 2% de chances de décéder lorsqu’on est atteint globalement), je passe d’une chance sur cinquante à moins d’une chance sur 1000 de décéder.

A-t-on tout étudié avant de lancer ces vaccins ? Sans doute pas, mais on continue (la phase 3 est toujours encours). A-t-on des risques en se faisant injecter ce vaccin ? Sans doute, comme chaque fois que l’on prend un médicament, un autre vaccin, mais aussi un aliment ou en traversant la rue ! Vivre est dangereux, on peut risquer de mourir ! Et finalement, si ce vaccin me permet de vivre quelques années de plus plutôt que moins, je prends ce risque là. Je me félicite que le monde compte de si brillants chercheurs qui arrivent à développer si rapidement et si sûrement le moyen de nous sauver !

On a déjà fait pour moi par le passé ce choix de la vaccination (enfant avec le DTPolio), ou lorsque j’ai voulu voyager (fièvre jaune). Donc on n’a pas toujoursle choix, même dans une démocratie comme la nôtre. Mais avoir des vaccins, c’est pour moi un grand bénéfice, conduisant à l’éradication de maladies telles que la variole ou la diphtérie. Eh oui, il y a des effets secondaires : une journée patraque pour ma part (contre 3/4 lors du Covid canal historique) et mal au point d’injection pendant 3 jours (un peu comme lors du vaccin contre la grippe que je fais aussi annuellement, étant personne à risque). Rien de bien grave pour moi, même si il y a eu quelques remontées de cas allant jusqu’au décès ce qui est toujours tragique (à comparer aux 120000 morts de la maladie elle-même).

Et je prends ce risque d’autant plus facilement que se faire vacciner c’est aussi de l’altruisme. Pour une fois qu’on peut avoir les deux en même temps, pourquoi se priver !! Je chante dans un ensemble vocal dont la moyenne d’âge est élevée, et je ne veux pas mettre à risque les autres chanteurs. Pas plus que le reste de ma famille bien sûr. Mais du coup, nous pouvons chanter sans masque, à distance raisonnable et retrouver le plaisir total de la pratique musicale, et celui si particulier du chant. Travailler le son, l’articulation, la justesse, l’intensité, tout cela est impossible avec un masque. Donc, nous avons (presque) tous nos 2 doses ou équivalent pour collectivement nous protéger et nous faire plaisir. Egoïsme et altruisme encore mélangés.

Car, le vaccin protège aussi de la propagation. La aussi une fois le schéma vaccinal complètement passé, le taux de contamination chute très fortement, si tant est que l’on ait encore attrapé le virus (~5% de “chance” et dans ce cas là on a une charge virale de 5 à 10% de celle d’une personne non vaccinée). Et donc on peut retrouver le plaisir de chanter ensemble par exemple (en gardant les gestes barrières, le gel, la désinfection et l’ouverture des fenêtres – ce sera plus difficile en hiver lors des répétitions !).

Quand j’entends les manifestants à Grenoble samedi dernier scander liberté, je me dis qu’ils n’ont pas eu comme moi la chance de voyager en chine, car ils auraient une meilleure appréciation relative de ce qu’est un régime dirigé. Et pour moi la liberté de voyager implique de me faire vacciner (Covid19, fièvre jaune, …), la liberté de chanter implique de me faire vacciner, et moi non plus je n’aime pas qu’on entrave ma liberté, mais aussi notre liberté collective. Et c’est là que le bât blesse dans leur raisonnement. Ils ne voient que leur liberté individuelle, pas la liberté du collectif. Or, dans un ensemble vocal, la liberté du collectif est aussi importante que la liberté individuelle et les membres acceptent de faire des sacrifices (supporter les remarques des uns, l’absence de travail des autres, la tenue vestimentaire des troisièmes, la tyrannie du chef, …), pour le plaisir de chanter ensemble et d’y faire œuvre collective. Un ensemble vocal est une mini-société, avec ses règles pour que la vie commune soit possible. Pour nous chanteurs, se priver de cela, est aussi une atteinte à notre liberté.

On dit qu’il n’y a pas d’amour mais des preuves d’amour, alors se faire vacciner est une grande preuve d’amour envers ceux avec qui on veut être. Car il y a toujours des risques, et donc on le fait malgré tout par amour. Car finalement, si l’égoïsme ne suffit pas, si on n’est pas convaincu pour soi-même, l’altruisme, la conviction pour préserver les autres peut devenir la plus forte motivation.

Alors pour tous ceux qui se posent encore la question, pensez aux autres et foncez dans le centre de vaccination le plus proche d’où vous êtes. Des milliers de choristes (et plein d’autres personnes évidemment) de part le monde vous remercieront !

In memoriam Jean Belliard

2020/10/13

Comme le laissaient entendre les dernières nouvelles que j’avais eues de lui samedi dernier, l’état de santé de Jean déclinait hélas rapidement ces derniers jours et ce matin j’ai appris qu’il était maintenant réuni avec les maîtres qu’il a chéri tout au long de sa vie, Tomas Luis da Victoria, Josquin Desprez ou Guillaume de Machaut.

Mes premières pensées ont évidemment été pour sa famille qu’il aimait tant, et puis à nous tous qui avons eu la chance de traverser sa vie et d’en partager des instants, le plus souvent en musique. Ce fut vraiment toute sa vie, et j’espère que le monde musical saura lui rendre l’hommage qu’il mérite et l’accompagnera lundi prochain lors de ses obsèques à Etampes. Si vous avez connu et apprécié Jean, envoyez un message décrivant vos souvenirs avec lui à ses proches sur hommageajeanbelliard@gmail.com

Pour ma part, je suis maintenant orphelin une troisième fois, de mon père en musique cette fois. Mais son héritage m’a marqué à vie. Merci Jean, et ma tête résonne du Requiem eternam que vous chantiez pour introduire le Requiem à 6 voix de Victoria que vous nous avez transmis.

Jean Belliard, mon père musical

2020/09/12
Jean Belliard à Chamarande en 2010 lors de la XXIè Académie de Musique Sacrée de la Renaissance en Pays d’Étampes

En ce mois de Juillet 2020, en l’absence d’académie de musique pour la première fois en 30 ans en raison du Covid-19, nous nous étions réunis avec quelques amis ayant chanté avec Jean Belliard dans ces académies pour monter un programme sur 3 jours et le donner en concert. Au programme, Tomas Luis de Victoria et Josquin Desprez que nous avons appris avec lui et dont les compositions nous ont marqué à jamais. Et comme nom: Amicus Meus, le titre d’un repons de Victoria et aussi, la référence à notre maître. Jean avait eu la gentillesse de se déplacer, malgré ses difficultés, pour venir nous voir. Et au milieu de nous, c’est encore lui dont la stature et l’élégance attire l’attention comme toujours, malgré la piètre qualité de cette photo.

L’ensemble Amicus Meus entoure Jean Belliard en juillet 2020 à Vert le Grand (Bruno Cornec, Ségolène Cornec, Béatrice Cornec, Jean Belliard, Lydwine de Hoog-Belliard, Franck Larère, Alejandro Hincapié, Laurence Samson-Hincapié)

C’était juste avant son 85è anniversaire pour lequel chacun de ses amis avait envoyé une photo montrant un 8 et un 5, pour le fêter avec lui malgré la distance.

Béatrice Cornec montre le 8 de la huitième académie et Bruno Cornec montre le 5 de la cinquième académie pour fêter le 85è anniversaire de Jean Belliard

Hélas, j’ai appris hier que Jean Belliard est entré en soins palliatifs. Au delà du choc que cela représente pour moi, et de la tristesse d’imaginer ne plus pouvoir le voir prochainement, j’ai préféré repenser à toute l’importance qu’a eu cet immense chef de chœur et chanteur français sur moi, mais aussi sur la musique, de part le monde.

Jean Belliard à Auxerre en 2010 lors de la XXIè Académie de Musique Sacrée de la Renaissance en Pays d’Étampes

J’ai vu Jean pour la première fois lors d’un concert en 1987. L’ensemble des “Escholiers de Sainte Geneviève des Bois”, dont j’étais un des plus anciens membres, faisait la première partie. Jean dirigeait l’ensemble “Guillaume de Machaut” et interprétait des chansons de Dufay, des lais de Machaut, accompagnait ses instrumentistes de son tambour et dirigeait cet ensemble assis sur sa chaise. Moi à qui on avait toutes ses années appris à chanter debout, ce fut un choc d’entendre une telle voix de quelqu’un d’assis !

Jean Belliard en concert avec son luth à Saint Gault en 2014,
photo (c) Gauthier

Car sa voix, c’était la première chose remarquable chez Jean. On la remarquait pour sa limpidité, ce son cristallin inouï chez un haute contre à la française. Et il était remarquable que cette voix puisse venir de quelqu’un ayant souffert d’un bec de lièvre dans son enfance, et qui aurait pu ne jamais chanter. Il nous avait raconté qu’après son opération pour y remédier, il avait hérité d’un voile de palais très fin, qui donnait cette sonorité si particulière à son chant. Mais je crois aussi qu’il avait ce timbre en lui, et qu’à force de travail il l’avait façonné, profitant de cette déformation pour aboutir à ce résultat incroyable.

Jean Belliard à Boissy le sec en 2012, lors de la XXIIIè Académie de Musique Sacrée de la Renaissance en Pays d’Étampes

Si j’ai longtemps chanté auprès de lui, dans ses ensembles vocaux ou ses chœurs, c’est parce que j’étais amoureux de cette voix, jaloux aussi ! Qui n’aurait pas voulu en avoir une aussi belle, aussi touchante, capable grâce à un souffle énorme d’embellir les mélismes grégoriens les plus longs et complexes avec une apparente simplicité qui dit tout de son art. Quant au volume, il a fallu que nous soyons deux dans le superius de la messe de Machaut en 1990 pour qu’on entende notre voix en concert face à la sienne, qu’il assumait seul. Mais cette force n’était jamais un exploit physique pour Jean ; c’était une marque de l’engagement qu’il mettait dans la musique pour illustrer le texte. Et encore une fois d’un long travail solitaire.

L’engagement de Jean Belliard comme chef et chanteur en 2013 à Étampes avec l’ensemble vocal Abélard

Car du travail, Jean n’en était pas avare, lui qui était autodidacte. Il nous a toujours dit que ses maîtres étaient Palestrina, Victoria, Josquin Desprez, Bach ou Poulenc. Le travail avait aussi été un échappatoire, car il n’était pas bien dans sa famille, avec un père militaire qui ne l’avait jamais accepté. Il avait parlé tard, et s’était là aussi développé seul, par la lecture notamment.

Jean Belliard en 2010 préparant son texte d’introduction à la XXIè Académie de Musique Sacrée de la Renaissance à l’église St Basile d’Étampes

Pas étonnant qu’il insiste tant auprès de nous sur les textes que nous chantions: Jean disait avoir été sauvé par la littérature. Et aussi par la musique. Remarqué tôt par César Geoffray qui dirigeait les 2è Choralies A Cœur Joie, il a appris par lui-même la musique, et s’est plongé rapidement dans les répertoires anciens (médiéval, renaissance, baroque) pour en faire une spécialité par l’intimité de sa pratique musicale mais sans exclusive, et devenir le grand professionnel qu’il a été.

Les annotations et couleurs sur le conducteur de Jean Belliard en 2014 à St Cyr sous Dourdan lors de la XXVè Académie de Musique Sacrée de la Renaissance en Pays d’Étampes

Jamais je n’ai vu Jean arriver à une répétition impréparé. Ses partitions regorgent d’indications, chaque entrée est indiquée, les couleurs en faisaient un vrai feu d’artifice, anticipant ce que la musique allait donner. Timpani, qui a publié son Socrate de Satie, fut très étonné du peu de prises nécessaire à l’enregistrement. Et pour cause, tout était anticipé, travaillé, le texte lu et relu pour le dire plus que chanter.

Jean Beliiard en 2014 à Fontenay le Vicomte illustrant les textes chantés de gestes expressifs

Musicalement, Jean n’est pas un héritier, ni un enseignant. Il est un maître. Il a fait partie de la mouvance des années 60 en France du renouveau de la musique ancienne. Historiquement informée ? oui, en partie, car Jean avait beaucoup lu, mais aussi et d’abord basé sur son ressenti, sa propre compréhension des textes et de la musique. La musicologie pour la musicologie n’est pas sa tasse de thé. Il préfère l’émotion et la générer auprès du public.

Et il a cotoyé des musiciens exceptionnels auprès desquels il a appris et échangé pour se développer. Quant à transmettre, il a fait ce qu’il a pu ! Mais nous étions si loin du niveau qu’il aurait fallu avoir pour le satisfaire ! Car Jean, c’est aussi l’exigence. Refaire, jusqu’à trouver la bonne manière. Faire des pleins et des déliés sur chaque note si possible pour rendre plus expressif le texte sous-jacent.  Se consumer en donnant tout ce que l’on peut dans un Jerusalem d’une leçon de Victoria. Rien que parce qu’il le suscite par son regard et sa propre voix.  Je me souviens encore du jour où nous l’avons vu fumer du crane ! Sa concentration était telle dans le froid que la sueur sur son crane s’évaporait. Cela montre son engagement total dans son art.

Jean Belliard à Champeaux en 2012, lors de la XXIIIè Académie de Musique Sacrée de la Renaissance en Pays d’Étampes

Il comparait notre interprétation à un escalier de 15 marches, en nous situant sur la 3è, les meilleurs jours. Je ne suis pas sûr que lui-même se situait bien au-dessus de la 9è dans sa tête (alors qu’il était sur la 14è !). Mais quel plaisir de voir à l’occasion un mouvement de tête approuvant une note, un relief donné, suivant une de ses nuances (qui du reste pouvait changer d’une année à l’autre), rien que pour cela, j’ai fait le voyage d’Etampes pendant des années lorsque j’étais en région parisienne.

Concert de l’ensemble Déchant en 1994 à l’église St Gilles d’Étampes (Béatrice Cornec, Laurence Samson, Lydwine de Hoog-Belliard, Bruno Cornec, Jean Belliard, Philippe Corest, Philippe Legourd)

Et j’y ai convié ma femme, puis mes filles, bien plus tard cette fois-ci en faisant 600 km, tant je pense que nous avions une chance absolument unique de découvrir la musique à ses côtés, comme nulle part ailleurs on nous l’aurait fait découverte.

Concert de l’ensemble vocal Abélard en 2013 à Étampes
(Ségolène Cornec, Lydwine de Hoog-Belliard, Jean Belliard, Philippe Legourd)

C’est sans doute cet amour partagé de la musique qui a conduit Jean a travailler avec des amateurs. Là aussi, quelle chance ! Très peu de professionnels de ce niveau “s’abaissent” à travailler avec des amateurs. Laissez-moi vous dire combien ils ont tort ! Certes, il faut travailler avec des gens de son niveau, mais pour les professionnels, les temps de répétitions (qui coûtent) sont courts, et Jean était parfois frustré du résultat car les autres chanteurs n’avaient pas eu le temps de comprendre ce qu’il voulait. Avec nous, le niveau n’était certes pas là, mais la fidélité y était et le temps long également.

Unie longue et inaltérable fidélité de ses choristes à Jean Belliard (ici à Champeaux en 2012, lors de la XXIIIè Académie de Musique Sacrée de la Renaissance)

Nous ne faisions pas de la musique ensemble pour gagner notre croûte, mais juste parce que nous aimions faire cette musique ensemble, avec lui. Dans amateur, il y a amour. Et pendant 30 ans nous avons partagé cet amour de la musique renaissance en particulier, et forgé une amitié qui va bien au delà de ce qui peut s’établir lors de relations de travail, un amour filial avec notre maître.

Au conservatoire d’Étampes, le jour de la cérémonie de mariage entre Jean Belliard et Lydwine de Hoog en 1993

A tel point que j’ai eu l’immense honneur d’être le témoin de Jean lors de son mariage avec Lydwine en 1993. On sait bien que derrière tout grand homme, il y a une femme encore plus grande (même s’il elle reste discrète) et Lydwine ne fait pas exception à la règle, de plus avec la plus belle voix d’alto femme que je connaisse (avec Lucile Richardot). J’ai pu voir leurs 3 enfants grandir, Laudine, l’ainée reprendre son académie de musique sacrée de la renaissance, qu’il avait créée pour nous, amateurs. Aliénor qui chante maintenant alto, fidèle cheville ouvrière de ces académies entre autres, toutes 2 d’une sûreté d’intonation et d’une justesse héritées doublement de leurs deux parents, et Virgile, dont les relations avec Jean ont parfois été tumultueuses avant de s’apaiser et qui n’a pas suivi la voix de la musique (ceci expliquant sans doute cela).

Cette amitié que Jean m’a témoigné, au-delà du simple retour d’une relation d’un chanteur admiratif envers un maître, j’en ai eu une preuve émouvante le 16 février 2014 lors d’un concert où je dirigeais le Requiem de Campra. Jean m’avait déjà fait le grand honneur de me laisser chanter auprès de lui en ténor la voix de haute contre des années auparavant, à l’occasion de ma découverte de cette musique si prenante. Au vu de l’écriture pour les voix d’hommes que recèle cette composition, j’avais tout de suite compris pourquoi il s’y était attaché. C’était comme écrit pour lui : la délicatesse de l’ornementation du texte, la tessiture aigüe du ténor, les trios somptueux de voix d’hommes. Un grand chef d’œuvre du baroque français que Jean défend si bien.

Jean Belliard en 2014 à l’église St Martin d’Étampes lors de la XXVè Académie de Musique Sacrée de la Renaissance)

Alors à mon tour, j’avais eu envie de le faire découvrir à l’ensemble vocal que j’anime et nous nous produisions avec un petit ensemble instrumental de professionnel au cours de 3 concerts. Et voilà que lors du concert de Voiron, en pleine mise en place, ma femme me dit “Tu as vu qui es là ?”. Jean avait décidé à 79 ans, de prendre sa voiture le matin et de faire d’une traite les 600 km qui séparent Étampes de Voiron en Isère pour venir écouter ce concert et cette musique qu’il adorait. Pour dire la vérité, il y a longtemps que je n’ai plus le trac avant des concerts, en ayant fait beaucoup dans des circonstances très variées. Ce jour-là, pourtant, fut l’un de ceux où je fus le plus nerveux de ma vie d’interprète, me sachant à peine sur la 4è marche (j’espère toujours que l’on progresse avec le temps !). J’y ai donné tout ce que je pouvais faire pour animer l’ensemble vocal, et chanter de mon mieux.

Concert de l’ensemble vocal Variations en 2012 à St Ismier (à l’image Claude Esmenjaud, Philippe Thomas, Gérard Poussin, Bruno Cornec, Ségolène Cornec, Béatrice Cornec)

Ce jour là, je n’ai chanté que pour une personne dans cette église. Et je sais qu’il attendait bien plus du résultat. Je l’ai senti déjà dans ses commentaires d’après répétition, où avec son oreille alors infaillible, il avait tout de suite repéré les failles et m’avait donné quelques conseils. Car on ne faisait pas de la musique avec Jean pour recevoir des compliments. On en faisait pour ressentir des émotions et en partager. J’espère de tout mon cœur qu’il sait combien il en a donné si généreusement à tant de monde, moi sans doute en ayant égoïstement profité plus que beaucoup d’autres.

Jean Belliard prodiguant ses conseils en père musical qu’il est pour moi lors de l’animation de danse renaissance en 2016 à Guigneville

Car sa générosité, cachée comme chez tous les gens pudiques, se manifestait par le coup de pouce qu’il donnait si souvent aux jeunes professionnels. Je me souviens de Karine Deshaye, alors inconnue, chantant avec nous comme soprano solo une messe de Mozart à Étampes, lors d’un concert de Noël, de son soutien envers Raphaële Kennedy, David Fiala, Pierre-Adrien Charpy, Leonid Karev et tant d’autres dont il a su déceler le talent en premier et leur donner une chance de partager la scène avec lui.

Jean Belliard avec Alain Recordier, Jean-Charles Legrand, Adrien Mabire et Serge Delmas en 2010 à Marolles en Hurepoix
Adrien Mabire et Jean-Charles Legrand en 2013 à Étampes
Agathe Boudet et Laurence Samson sont devenues professionnelles depuis 1994
Leonid Karev en 2003 à Milly la Forêt
De futurs professionnels chantant dans l’ensemble vocal Déchant sous la direction de Jean Belliard en 1991 (Raphaële Kennedy, David Fiala, Jean-Luc Redureau, Laurence Samson)

Et évidemment, quoiqu’amateur, Jean m’a aussi donné cette chance pour un concert professionnel (le seul de ma vie, qu’il m’a payé, comme pour les autres interprètes, alors que c’est moi qui aurait payé pour le faire !). Un inoubliable programme pour moi avec des pièces de Pérotin et la messe de Machaut, programme que ma femme connait aussi bien que moi, tant j’ai travaillé d’arrache pied pour essayer d’être au niveau !

Jean Belliard, généreux dans la vie comme en musique à Champeaux en 2012, lors de la XXIIIè Académie de Musique Sacrée de la Renaissance

Cette générosité, c’était aussi consacrer du temps à gérer la musique et les musiciens, au travers de son poste de direction de Conservatoire, à Étampes, sa ville de résidence, et à Romainville par la suite. Outre la gestion, Jean y assurait la promotion de la musique en donnant des conférences autour des grands chefs-d’œuvre de l’histoire de la musique pour que tous puissent en profiter (eh oui, Jean-François Zygel ne l’a pas inventé !). Il permettait là aussi à de nombreux musiciens de s’y produire, tout comme il l’a fait dans les petits concerts de nos académies, aussi bien des jeunes, comme évoqué plus haut, que ses anciens compagnons de route comme Serge Delmas, fidèle entre les fidèles, ou Julien Skowron avec qui il avait fondé l’ensemble Guillaume de Machaut.

Julien Skowron en 2009, à Chalou-Moulineux, lors de la XXè Académie de Musique Sacrée de la Renaissance en Pays d’Étampes
Serge Delmas à Authon la Plaine en 2017, lors de la XXVIIIè Académie de Musique Sacrée

Et les amateurs ! un Grand chœur à Etampes, constitué de 80 choristes, l’ensemble vocal Déchant que j’intégrais dès 1988, l’académie de musique sacrée de la renaissance en 1990, l’ensemble vocal Abélard, auquel ma fille ainée a participé adulte, elle qui avait découvert l’académie à 7 ans.

Jean Belliard dirigie les académiciens, dont Ségolène Cornec pour sa première, en 2001, lors de la XIIè Académie de Musique Sacrée de la Renaissance

Jean a aussi de l’humour, qu’il utilise parfois pour mieux se faire comprendre, comme l’histoire du joueur de tuba qui reçoit un CD de Carmen de Bizet pour son départ en retraite et s’exclame en l’écoutant: “Mais je n’avais aucune idée que pendant que je faisais pom-pom, pom-pom (Jean mime le tubiste) vous jouiez l’air du toréador (qu’il chante) !” Cela nous rappelait immédiatement, qu’en polyphonie renaissance, il faut écouter les autres voix pour bien chanter. Et il acceptait aussi de soutenir les concours humoristiques organisés chaque année par les “jeunes” de l’académie. En 2009, (l’année de la mort de Mickael Jackson), nous avons même réussi à lui faire déchiffrer un inédit renaissance: le Kyrie de la messe de Mickael. En fait, une version lente de Billie Jean avec les paroles du Kyrie, ce qui va finalement très bien, et n’est jamais que le principe de la messe parodique adaptée à un tube du XXè siècle !

Jean Belliard déchiffrant le manuscript inédit de la messe de Mickael en 2009 à l’église St Basile d’Étampes

Tout cela, humour compris, avec une grande déférence. Ainsi, même si je l’appelle par son prénom, je n’ai jamais pu le tutoyer, malgré notre proximité ; ma manière de dénoter l’immense respect qu’il m’inspire.

Que de musique partagée, et que de découvertes, pièces majeures, comme bijoux moins connus. Des dizaines de concerts qui ont impressionné des milliers d’auditeurs au long de cette trentaine d’années. Que de lieux prestigieux, ou plus simples ont bénéficié de cette manne. De St Merri à Paris à la cathédrale de Chartres, en passant par St Benoît sur Loire, la Ste Chapelle, l’église de Bernin proche de chez nous ou celle de Notre-Dame de l’Ouÿe (que nous y avions eu froid !!), Jean aime ces architectures à chaque fois différentes, disposant d’une acoustique propre, mais qui toutes ont eu le privilège de faire sonner sa voix et de la porter à un public chaque fois conquis.

Concert de clôture de la XXIIIè académie à la cathédrale de Chartres en 2012

Alors doit-il s’agir uniquement d’un panégyrique uniforme ? Jean n’a-t-il pas quelque défaut qu’on pourrait lui reprocher ? Je suis sûr que ses proches ont eu des moments plus difficiles, car son caractère était fort, avec des opinions marquées. Je pouvais trouver des sujets de désaccord avec lui, mais la discussion qui en résultait était pour moi toujours féconde, source de réflexions et d’approfondissement des sujets.

Jean Belliard inquiet d’une absence de piano lors d’un passage

Était-il un chef hors pair ? Sûrement pas ! En tout cas, pas un technicien de la baguette qui pourrait diriger une symphonie de Mahler. Mais un passeur d’envie de chanter, cela oui ! Il battait parfois à contretemps, emporté par son rythme propre (car il chantait en même temps), et j’avoue éprouver beaucoup de sympathie pour cela, car … je fais de même ! Mon ensemble me le reproche, et ils ont sans doute raison. j’ai hélas hérité de plus de ses défauts que de ses qualités musicales ! Mais cela n’est pas ce qui nous intéresse, ni ce que nous recherchons. Comme Jean le dit, il nous faut en animant passer le sens du texte, le goût de la musique, et gérer une coordination, bien plus que de battre (vilain mot du reste) la musique. Elle pourrait nous faire un procès pour mal-traitance.

Jean Belliard dirige une répétition de la XIIIè académie de musique sacrée de la renaissence en pays d’Étampes en 2002

Car nous ne chantons pas la petit Quinquin comme il aime à le répéter, mais une messe, un motet, une cantate, avec un texte dont le sens profond doit être transmis. Aujourd’hui quand je vois en DVD des concerts de Kleiber, Harnoncourt ou Giulini, ce qui est important, c’est leur regard dans la manière dont ils communiquent leur envie de musique aux membres de leur orchestre. Jean est de cette trempe là. Un passeur d’envie. L’envie de faire revivre un répertoire trop oublié, montrer comment une musique d’il y a 500 ans nous touche, comme elle touchait l’homme de la renaissance.

Jean Belliard, chemise trempée disant long sur son engagement, à la fin d’un concert de la XVIè académie en 2005

Jean n’a pas seulement influencé ma compréhension de la musique. Il a influencé toute ma vie. Il nous a donné d’immenses moments de joie partagée, de cette forme de joie intérieure qui comble, et n’éclate pas, mais remplit pour toute une vie. Il m’a aussi transmis son engagement : à mon niveau (entre la 3è et la 4è marche) et à ma manière, je me dois de poursuivre l’œuvre qu’il a édifiée et continuer à transmettre, moi aussi, cet amour de ce répertoire ancien au plus grand nombre de personnes, soit en l’interprétant, soit en l’écoutant. Ce sera ma petite pierre , apportée en haut de la très haute tour de 14 marches qu’il a édifiée. Avec humilité et un grand respect pour ce grand œuvre accompli. Et un grand merci pour nous avoir permis de partager tout cela.

Jean Belliard se concentrant avant un concert de la XIVè académie de musique sacrée en Pays d’Étampes en 2003 à St Benoît sur Loire

Alors que mon père est décédé en septembre dernier, et était mon inspiration entre autre dans le domaine de l’ingénierie, Jean est mon père musical, par qui j’ai grandi et me suis enrichi. Mes prières l’accompagnent dans ses moments difficiles et je transmets à Lydwine et ses enfants toute mon affection et mon soutien.

Et pour aider Jean dans ses derniers moments, ré-écoutons le Requiem de Victoria que nous avons chanté 4 fois ensemble au long des années.

Jean Belliard en 2013 à l’église St Marin d’Étampes lors de la XXIVè Académie de Musique Sacrée de la Renaissance en Pays d’Étampes

Exceptionnels Correspondances

2019/12/06

J’aurai assisté dans ma vie à pas mal de concerts et un certain nombre de fabuleux (G. Leonhardt, F. Brüggen, J. Savall, V. Dumestre, C. M. Giulini, A. Brendel…). Ce soir était un tel jour. L’Ensemble Correspondances se produisait pour la 5è fois à la MC2 avec de nouveau leur répertoire favori du grand siècle. Cette fois-ci, après Charpentier, deux fois, ou quatre fois, ils présentaient leur nouveau travail sur des motets de Richard de Lalande.

Et bien que ce soit leur première présentation de ce nouveau programme, ils étaient déjà à un niveau de perfection total, et surtout d’intensité d’interpétation, qui m’ont arraché des larmes de joie lorsqu’ils ont attaqué le “Pie Jesu” final du Dies Irae du compositeur. Il faut dire que ce fut préparé par un solo de soprano divin, et un trio de voix graves, où Lucile Richardot était encore une fois à couper le souffle et la seule voix de bas-dessus féminine digne, à mes oreilles, de se placer au dessus de voix d’hommes sans déséquilibrer le fragile alliage que représente cette composition si magique (Campra !!). On était déjà dans les limbes, mais le sublime venait donc à la fin, avec une précision (quelles attaques de consonnes, quelle diction, quelle respiration d’ensemble), un degré de finition dans les closures de phrase, une connivence entre les chanteurs (les regards lumineux, les sourires échangés), tout cela nous amenant sur un “dona eis requiem” qui restera très longtemps dans ma mémoire.

Comme à la fin du Requiem de Verdi par Giulini auquel j’ai eu la chance d’assister à Paris, je suis resté quelques minutes assis à la fin du concert avant de retrouver l’usage de la parole, tant l’intensité de ce que ces interprètes nous avaient donné était fort. Et pourtant, seulement 4 jours de répétition, un autre programme dans l’intervalle, et finalement une première où cela aurait pu être difficile, après des transports compliqués pour venir à Grenoble un jour de grève nationale. Mais non, du coup une fraîcheur incroyable, une attention palpable, mais des musiciens portés par un même esprit dans le but de transcender cette musique. Dois-je dire que je ne considérais pas de Lalande comme un de mes musiciens préférés, mais ce soir, je révise ma position, évidemment, seulement quand c’est l’Ensemble Correspondance qui l’interprète !

Mais voilà, cet ensemble vit bien, cela se sent, et cette fois le chef n’a pas accompagné, se consacrant complètement aux instrumentistes et au choeur (les solistes étant laissés très libre). Du coup, les mouvements étaient très indicatifs, comme ceux d’un Kleiber, accompagnant toutes les intensions, la diction (exceptionnelle et avec un merveilleux latin gallican cette fois-ci !) étant soulignée (et nous avons bien reçu les ‘p’, les ‘d’ dans la salle, bravo), l’enthousiasme de Sébastien Daucé était communicatif.

Et ces artistes, comme souvent dans le monde de la musique ancienne, restent très accessibles, après le concert, heureux aussi d’échanger avec nous sur ce travail, et de continuer par des explications, le partage autour de la musique.

Soirée mémorable donc, et ce soir, Grenoble avait le niveau de Paris, Londres et Berlin réunies. Du coup, je vous partage le bisou de Lucile Richardot (je l’avais dit dès 2016 qu’elle avait une énorme carrière devant elle !) et où que vous soyez, allez les écouter, c’est juste fabuleux.

La 29ème académie de musique ancienne d’Etampes

2018/07/13

Puisqu’il faut que je me soigne, et comme il n’y avait pas de chimio cette semaine, j’ai pu participer à ma 29ème académie de musique ancienne d’Etampes, créée par Jean Belliard, et maintenant dirigée par sa fille Laudine.

J’ai la chance d’y chanter un magnifique petit solo de ténor haut dans le Beatus Vir de Monteverdi, mais surtout 4 motets Renaissance (Josquin Desprez, Victoria, mes deux favoris, Morley et Palestrina) et j’ai de nouveau commis un diaporama qui semble avoir été bien reçu par les spectateurs de notre concert de ce soir. Je ne remercierai jamais assez Béatrice ma femme et Ségolène ma fille pour l’aide apportée toute cette semaine, pour me permettre de participer dans les meilleures conditions et d’aller jusqu’au bout de mon envie d’augmenter le spectacle par cette projection.

Comment ? Vous ne saviez pas que nous faisions ce concert à l’église St Basile d’Etampes ce 13 juillet ? Venez vite vous rattraper en nous écoutant soit le 14 juillet à la Basilique de Longpont (91) ou encore ce dimanche 15 juillet en la magnifique abbaye de St Benoît sur Loire (45) où nous nous sommes produits de nombreuses fois déjà, et qui attire, par la grâce de son lieu toujours un public de qualité … même un jour de finale 😉

Vous pourrez y assister à un spectacle finalement rare en France, car la musique sacrée ancienne n’est pas tant chantée que cela, surtout par les amateurs, et dans ces conditions, avec un instrumentarium incroyable pour nous soutenir, ce serait dommage de manquer l’occasion annuelle de se replonger dans cette superbe musique des 15ème aux 17ème siècles.

Journées Européennes du Patrimoine 2016

2016/09/10

Les Journées Européennes du Patrimoine auront lieu la semaine prochaine les samedi 17 et dimanche 18 Septembre partout en France. Mais je suis sûr que c’est en Isère que vous préférerez vernir 😉

D’abord en raison du fabuleux patrimoine local, et aussi parce que de nombreuses animations viendront les mettre en valeur. Et j’aurai le plaisir d’y contribuer avec l’ensemble Variations !

Tout d’abord nous animerons une promenade musicale entre Bernin et St Nazaire les Eymes avec trois haltes:

  • Au château de La Veyrie de Bernin est à 14h avec un programme médiéval (Rondeau “Fines Amourettes” d’Adam de La Halle, Saltarello, Stella Splendens du Llibre Vermell de Montserrat)
  • le long d’une maison Renaissance La Beyrou de St Nazaire à 14h45 avec un programme ad-hoc ! (La Guerre de Clément Janequin et le Salvum fac Regem de Jean Mouton)
  • enfin, le long du château de St Nazaire à 15h30 avec un programme baroque (Le motet “Unser leben ist ein Schatten” de Johann Bach et une sonate à 2 flûtes à bec de Georg Philip Telemann)

Le temps de nous transporter et de nous installer et à 18h30 nous donnerons notre programme sur les Arts sous François 1er au château de Roussillon.
Concert de Roussillon

Au cours d’une ballade chronologique d’une heure trente couvrant toute la vie de François Ier, notre ensemble illustrera la vie du « Noble Roy François » en chantant des pièces liées aux événements qui ont émaillé sa vie :

  • des chansons parisiennes illustrant ses amours (Le Bergier et la Bergière de Nicolas Gombert, Vous perdez temps de Claudin de Sermisy),
  • des pièces sacrées illustrant la naissance de ses enfants, comme la mort de ses proches, (le Proch Dolor de Josquin Desprez, l’Exalta Regina Galliae de Jean Mouton)
  • des chansons sur les guerres menées, sa capture à Pavie par Charles Quint, son séjour en Espagne (Scaramella de Josquin Desprez, La Guerre de Clément Janequin, Mas vale trocar de Juan del Encina)
  • les tubes de l’époque (El grillo et Mille Regretz de Josquin Desprez, Doulce mémoire de Pierre Sandrin)

Mais plus qu’un concert, nous souhaitons entraîner le spectateur dans une ballade illustrée par le foisonnement artistique de la Renaissance. Aussi ces pièces musicales seront complétées par des extraits de textes poétiques, humoristiques ou politiques contemporains, de Joachim du Bellay, Clément Marot, François Rabelais ou Michel de Montaigne, ainsi que par une projection de photos d’œuvres d’art des grands peintres et statuaires que le roi appréciait tant comme Léonard de Vinci, Jean Clouet ou Le Primatice.

En outre, une mise en espace sera assurée pour permettre au spectateur de suivre au mieux le déroulement de ce programme, et être entièrement replongé cinq cents ans en arrière.

Nom de Zeus, n”hesitez pas à venir nombreux faire cette expérience spatio-temporelle ! Et si vous ne pouvez pas le samedi, rattrapez-vous au moins en venant le dimanche !

Concert de Biviers

Nous serons cette fois en l’église de Biviers, pour contribuer à la remise en place à 17h00 de 2 tableaux du 17ème siècle classés monuments historiques et tout juste restaurés dont nous célébrerons le retour dans l’église par ce spectacle qui débutera à 17h30.

Après, vous êtes conviés à un pot de l’amitié. Que demander de plus !!

Pour les malchanceux qui restent en région parisienne, et voudraient prétexter de cela pour se couler douce, pas d’excuse, non plus, allez écouter le choeur de l’académie d’Etampes dans un autre magnifique programme Renaissance à St Sulpice de Favière !

Et comme toujours pour ces concerts, le prix ne doit pas être un obstacle à l’accès à la musique ancienne donc l’entrée en est libre et notre rémunération sera le sourire que vous aurez à la sortie d’avoir découvert ces merveilles !

Ensemble Correspondance: un Art florissant

2016/06/29

Le 2 Juin a eu lieu un magnifique concert à la MC2. L’ensemble Correspondance, dirigé par Sébastien Daucé, a présenté un programme autour de Marc-Antoine Charpentier et de son voyage initiatique en Italie avec les influences qu’il a reçues à cette occasion.

J’avais déjà apprécié le disque qu’ils avaient consacré à Etienne Mouliné et que j’avais trouvé somptueux dans un programme rare. Cela m’avait donné envie de les voir en concert pour juger de la validité de ce jugement car le disque peut être trompeur, manipulé, arrangé, alors qu’un concert ne le peut pas. J’avais réservé ce concert dès Juin 2015 pour finalement le voir donc il y a quelques jours.

Eh bien autant dire que j’ai été emballé ! Très beau travail de prononciation de l’ensemble, clarté d’élocution, équilibre des voix. Avec la magnifique voix de basse d’Emmanuel Vistorky (qui a eu une pièce solo) et la plus belle voix de l’ensemble en la personne de Lucile Richardot, fantastique tessiture de contre-alto/alto/mezzo, timbrée et qui peut s’aligner en puissance face à n’importe quel haute-contre ou contre-ténor. Un vrai régal alors qu’il est si rare d’entendre ce genre de voix, et que depuis celle de Lydwine de Hoog-Belliard avec qui j’ai si longtemps chanté, je n’en avais pas entendue de pareille. Cette artiste a une très belle carrière devant elle. Evidemment, le cornet à bouquin d’Adrien Mabire qui nous a si souvent soutenu lors de nos académies de Juillet était de la partie avec des ornements endiablés.

Splendide programme aussi avec des raretés comme le motet de Tarditi, le Magnificat de Cavalli, un absolu chef d’oeuvre, et surtout la messe à 4 choeurs de Beretta spatialisée dans la MC2, expérience intéressante pour le spectateur placé au centre du son, même si leur attention était du coup beaucoup mobilisée sur la coordination avec le chef sur scène. En revanche, ils étaient regroupés pour la messe à 4 choeurs de Charpentier sur scène et ont là pu donner tout leur c(h)oeur dans les effets soulignant le sens du texte, ce qui était très bien venu.

Ce programme était leur création et à mon avis déjà une belle réussite que je vous engage fortement à aller entendre quand il passera près de chez vous, et tous les retours de mes relations qui ont été extrêmement élogieux aussi sur ce concert.

J’ai eu l’impression d’avoir assisté à la prestation de nouveaux Arts Florissants, eu égard au programme (tant Moulinié que Marc-Antoine Charpentier étaient au programme des premiers disques et concerts de l’ensemble de William Christie). Sébastien Daucé est aussi un claveciniste-chef amoureux de la musique du grand siècle, comme de l’Italie du 17è siècle. Et à les entendre, on ne peut que leur souhaiter une aussi longue continuation et réussite. Ils en prennent le chemin.

Ils seront du reste de nouveau présents sur la saison à venir avec le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier et des motets de Dumont, donc courrez réserver votre place, car il ne devrait pas y en avoir pour tout le monde cette fois-ci !

Quand on pense que sur la saison 2016-2017 à venir, la MC2 a dû diminuer sa programmation de 20 spectacles, c’est fort dommage. Il est important de soutenir le spectacle vivant, car même si j’adore le disque et en possède beaucoup, rien ne remplace l’émotion du concert ! Alors pour soutenir leur action, j’ai posté ce petit mot au président de la république, pour qu’en France on continue (et amplifie) le soutien au spectacle vivant et à la culture, en particulier la musique savante:

“Outre le plaisir direct qu’elle procure à ceux qui y assistent, sous toutes ses manifestations, la culture est une puissance économique majeure pour la France, surtout combinée à la richesse de notre patrimoine.

Il faut lui permettre de se développer pour enrichir notre pays de théâtre, de musique (et surtout de musique savante de *toutes* les époques et lieux), de danse, de peinture, d’architecture et favoriser les lieux de culture aussi lieu de consommation, de nuitées, de repas, de transport, faisant fonctionner notre économie locale, qui plus est non-délocalisable.

Le peu donné ici amènera beaucoup là et les générations futures vous en seront gré !”

Et en ces temps de disette budgétaire, que la MC2 soutienne encore plus la musique ancienne: Nous avons plus de dix siècles de musique à faire connaître. A quand la Messe de Machaut par Diabolus in Musica, un panel de danses celtes par les Witches, les splendides spectacles de Vincent Dumestre et son Poème Harmonique, les antiennes médiévales par Discantus, des danseries italiennes par Doulce Mémoire, des madrigaux de Monteverdi par le Concerto Italiano ou n’importe quoi par Jordi Savall, car tout ce qu’il touche est juste magique….

Ces ensembles sont excellents, demandent bien moins de budget que pour des créations contemporaines, et aporteront beaucoup de plaisir et de découvertes au public grenoblois. la MC2, à vous de jouer !